3e édition du Mois national de l’alphabétisation: « Le téléphone doit devenir un cahier, un livre, un outil », plaide Guirassy

La troisième édition du Mois national de l’alphabétisation s’est achevée ce mardi à Kaolack, sur un appel à renforcer les moyens des acteurs et à transformer les apprentissages en opportunités économiques. À cette occasion, les facilitateurs et les apprenants ont plaidé pour un accompagnement accru de l’État en faveur de leurs activités génératrices de revenus (AGR), afin de renforcer leur autonomie financière. Le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, a pour sa part annoncé la prochaine présentation en Conseil des ministres du document de politique nationale d’alphabétisation.

Kaolack a abrité, ce mardi, la cérémonie de clôture de la troisième édition du Mois national de l’alphabétisation. Cette rencontre a permis de faire le bilan des actions menées dans la région et de mettre en lumière les efforts des acteurs engagés dans la promotion de l’éducation non formelle, de l’inclusion sociale et de l’autonomisation économique des populations.

Placée sous le thème « L’alphabétisation, levier d’entrepreneuriat et d’employabilité pour une inclusion sociale et économique durable », cette édition a mis l’accent sur la nécessité de faire de l’alphabétisation un véritable outil d’insertion professionnelle et de développement local.

Les facilitateurs et les apprenants interpellent l’État

Au-delà des acquis enregistrés en matière d’apprentissage de la lecture et de l’écriture, les facilitateurs et les apprenants ont profité de cette cérémonie pour exprimer leurs préoccupations. Ils ont notamment sollicité un accompagnement de l’État pour développer leurs activités génératrices de revenus.

Leur ambition est de pouvoir consolider les compétences acquises, développer des initiatives économiques viables et parvenir à une plus grande autonomie financière. Le soutien aux activités de maraîchage, de transformation des produits locaux et de saponification figure parmi les pistes permettant de valoriser les apprentissages.

Pour ces acteurs, l’alphabétisation ne doit pas se limiter à l’acquisition de connaissances fondamentales. Elle doit également ouvrir la voie à des possibilités concrètes d’amélioration des conditions de vie, particulièrement pour les personnes qui cherchent à développer une activité économique.

Cette demande d’accompagnement pose ainsi la question des moyens nécessaires pour assurer la continuité des programmes et garantir aux bénéficiaires des perspectives durables après les sessions d’apprentissage.

Une politique nationale bientôt présentée en Conseil des ministres

Présidant cette cérémonie, le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, a annoncé que le document de politique nationale d’alphabétisation, validé techniquement avec l’ensemble des acteurs concernés, sera prochainement présenté en Conseil des ministres.

Le ministre a insisté sur la nécessité de mieux articuler l’alphabétisation, la formation professionnelle et l’insertion économique. Pour lui, les apprentissages doivent déboucher sur des résultats concrets dans la vie quotidienne et professionnelle des bénéficiaires.

« Une alphabétisation qui ne débouche sur rien est une porte ouverte sur un mur », a-t-il déclaré, soulignant ainsi l’importance de lier les compétences acquises aux besoins réels des populations.

Moustapha Mamba Guirassy a également mis en avant le potentiel du numérique dans le développement de nouvelles approches pédagogiques. « Le téléphone qui est déjà dans chaque main doit pouvoir devenir un cahier, un livre, un outil », a-t-il soutenu, estimant que les technologies numériques peuvent contribuer à élargir l’accès à l’apprentissage.

Concernant les langues nationales, il a indiqué que, sur les 25 langues répertoriées, 22 sont actuellement codifiées. Il a également rappelé que le modèle harmonisé d’enseignement bilingue est déployé dans 1 951 écoles.

Des financements mobilisés dans la région de Kaolack

Dans la région de Kaolack, les responsables ont présenté plusieurs actions destinées à renforcer les programmes d’alphabétisation pour la période 2025-2026.

Les données communiquées font état d’une prédominance du wolof, qui représenterait 95 % des habitudes linguistiques concernées, suivi du sérère avec 3 %, le reste étant réparti entre les autres langues.

Sur le plan financier, une enveloppe de 25,1 millions de FCFA est annoncée pour la prise en charge des facilitateurs. Un montant de 7,68 millions de FCFA est également prévu pour les superviseurs et les opérateurs. À ces ressources s’ajoutent des financements de 5 millions et de 3 millions de FCFA, notamment destinés au soutien des activités génératrices de revenus.

Les programmes prévoient par ailleurs la mobilisation de facilitateurs et de superviseurs pour assurer l’encadrement des apprenants, ainsi que le développement de formations qualifiantes adaptées aux réalités locales.

Des démonstrations de fabrication de produits locaux ont également permis d’illustrer les possibilités de valorisation des compétences acquises grâce à l’alphabétisation.

Des acteurs mieux accompagnés pour une politique durable

Le ministre de l’Éducation nationale a, en outre, insisté sur l’importance de renforcer les capacités et d’améliorer les conditions de travail des acteurs du secteur.

« Il n’y aura pas de politique durable sans des acteurs formés, accompagnés, rémunérés et reconnus », a-t-il affirmé.

Il a appelé les collectivités territoriales, les entreprises, les communautés et les familles à s’impliquer davantage dans la promotion de l’alphabétisation. Selon lui, cet engagement collectif constitue un levier pour consolider les acquis et favoriser une meilleure inclusion sociale et économique.

La cérémonie, qui s’est déroulée en présence de l’adjoint au gouverneur de Kaolack chargé du développement, Mamadou Habib Kamara, de l’inspecteur d’académie Samba Diakhaté et de plusieurs acteurs du système éducatif, a ainsi mis en évidence un enjeu majeur : faire de l’alphabétisation un instrument d’émancipation individuelle et collective.

À Kaolack, les attentes exprimées par les facilitateurs et les apprenants rappellent que la réussite de cette politique dépendra aussi de sa capacité à soutenir les initiatives économiques des bénéficiaires. Car, au-delà de la lecture et de l’écriture, l’objectif est de permettre aux populations de mieux participer à la vie sociale, de développer leurs activités et de construire leur autonomie.

Comme l’a résumé Moustapha Mamba Guirassy : « Ce mois s’achève, le travail commence. »

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