
À quelques semaines du débat d’orientation budgétaire (DOB) annoncé par le Président de la République, la question de la sincérité des finances publiques refait surface. Le président du mouvement AGIR – Les Leaders, Thierno Bocoum, appelle à l’adoption urgente d’une Loi de Finances Rectificative (LFR) pour corriger une Loi de Finances Initiale (LFI 2025) qu’il juge fondée sur des bases biaisées.
La LFI 2025, adoptée en décembre dernier, repose sur des données économiques de l’année 2023. Or, ces données sont désormais officiellement reconnues comme falsifiées. Dès septembre 2024, le Premier ministre avait dénoncé une manipulation systématique des chiffres budgétaires hérités de l’ancien régime. Une accusation confirmée en février 2025 par la Cour des comptes, qui a révélé une dette publique de 18 558,91 milliards FCFA, soit 99,67 % du PIB, bien au-delà des estimations initiales.
Pourtant, le Rapport économique, social et financier (RESF) annexé à la LFI n’a pas intégré ces révélations, ni procédé à une révision des chiffres de référence. Une situation qui, selon Thierno Bocoum, contrevient au principe de sincérité budgétaire inscrit dans la Loi Organique relative aux Lois de Finances (LOLF).
L’article 47 de la LOLF est pourtant clair : une LFR est obligatoire si les équilibres budgétaires initiaux sont bouleversés. « Toutes les conditions sont réunies », soutient Bocoum : falsification avérée, explosion de l’encours de la dette, et incohérences dans les engagements financiers.
Malgré cela, le gouvernement n’a toujours pas déposé de LFR à l’Assemblée nationale. Une simple note de cadrage a été évoquée lors du Conseil des ministres début juin, sans annonce concrète à ce jour.
Thierno Bocoum met en garde : tenir un DOB sans rectification préalable reviendrait à projeter l’avenir économique du pays sur une base fictive. « La réforme annoncée ne peut se construire sur une illusion comptable », affirme-t-il. Il y voit un risque de perte de crédibilité internationale, de défiance du secteur privé et de rupture du contrat démocratique avec les citoyens.
Cette alerte s’inscrit dans un climat plus général de manquements à la transparence budgétaire. Parmi les points d’ombre soulevés :
• L’absence de publication de plusieurs rapports trimestriels d’exécution budgétaire ;
• L’opacité sur l’utilisation des 150 milliards FCFA récupérés lors de renégociations de contrats publics ;
• Le manque d’information sur les flux pétroliers et gaziers, notamment autour du champ de Sangomar.
Pour AGIR – Les Leaders, l’introduction d’une Loi de Finances Rectificative avant le 30 juin est une condition sine qua non pour garantir la crédibilité du DOB et restaurer la confiance des partenaires techniques, des investisseurs, et surtout du peuple sénégalais.
« Le temps de la vérité budgétaire est venu. Il ne peut y avoir de réforme sérieuse sans vérité comptable », conclut Thierno Bocoum
