
L’Association des Praticiens Vétérinaires du Sénégal (APVS) a exprimé, dans un communiqué rendu public ce week-end, sa profonde inquiétude face à une tentative de remise en cause de la loi n°2008-07 du 24 janvier 2008, qui encadre l’exercice de la profession vétérinaire dans le pays.
Des regroupements de para-professionnels, notamment certains ingénieurs des travaux d’élevage (ITE) et agents techniques d’élevage (ATE), militent pour une révision de cette législation afin d’obtenir l’autorisation d’exécuter des actes médicaux et chirurgicaux sur les animaux, et de manipuler des médicaments vétérinaires. Des revendications que l’APVS juge « dangereuses » et « sans fondement scientifique ni juridique ».
« Ces revendications ne reposent sur aucune base académique. Elles visent à faire accomplir à des agents non qualifiés des actes qui nécessitent des années de formation en médecine, chirurgie et pharmacie vétérinaire », dénonce l’association.
Selon les vétérinaires praticiens, une telle évolution ouvrirait la voie à une déréglementation du secteur, avec des conséquences potentiellement graves pour la santé du cheptel, la sécurité alimentaire, et la santé publique. « La profession vétérinaire est une profession médicale. Comme dans la médecine humaine, les actes doivent être encadrés, les compétences certifiées, les responsabilités clairement établies », rappelle le communiqué.
Les vétérinaires pointent également du doigt l’inaction des autorités de tutelle, notamment la Direction des Services Vétérinaires (DSV), qu’ils accusent de fermer les yeux sur des dérives croissantes, notamment en milieu rural, où certains para-professionnels se substitueraient déjà aux vétérinaires diplômés.
La loi de 2008 organise de manière précise l’exercice des professions liées à la santé animale au Sénégal. Elle distingue clairement les rôles des docteurs vétérinaires, formés pour exercer l’ensemble des actes médicaux, pharmaceutiques et chirurgicaux, de ceux des ingénieurs et agents techniques d’élevage, dont le rôle reste essentiellement zootechnique et d’appui aux programmes.
Pour l’APVS, toute confusion ou glissement de compétences est inacceptable : « Certains ITE et ATE, que l’on appelle à tort “vétérinaires”, ont été formés par des docteurs vétérinaires. Ils doivent comprendre que leur rôle est complémentaire, et non concurrentiel. »
L’association appelle ces derniers à ne pas se tromper de combat. Elle estime que la modernisation du secteur de l’élevage, indispensable à l’atteinte des objectifs de souveraineté alimentaire, repose sur la collaboration entre professionnels qualifiés et sur le respect des cadres juridiques et éthiques établis.
Loin d’opposer les métiers du secteur, l’APVS lance un appel au dialogue, mais aussi à la vigilance. « L’élevage sénégalais a besoin de toutes les compétences, mais il a surtout besoin de rigueur, de professionnalisme et de respect mutuel », conclut-elle, exhortant les autorités à faire respecter la loi et à éviter toute tentative de dérégulation motivée par des intérêts particuliers.
