
Dans une déclaration au ton grave et solennel, l’ancien magistrat Ibrahima Hamidou Dème a vivement critiqué le Premier ministre Ousmane Sonko, qu’il accuse de dérives autoritaires et de menaces répétées contre les fondements démocratiques du Sénégal.
S’inspirant du célèbre discours de Cicéron à Catilina, M. Dème interpelle directement le leader de Pastef : « Alors oui, j’ose te poser, comme Cicéron à Catilina, cette question : Jusqu’à quand abuseras-tu de notre patience ? Jusqu’à quand continueras-tu à parler au nom du peuple pour mieux l’abuser ? Jusqu’à quand croiras-tu que ta volonté fait loi, que ta parole fait vérité, que ta personne est au-dessus de toute critique ? »
L’ancien juge réagit à une récente déclaration d’Ousmane Sonko, qui a affirmé que « si [lui] était président de la République, certaines personnes ne parleraient plus ». Pour M. Dème, ces propos ne sont pas anodins.
« Hier encore, tu as franchi le Rubicon en proférant ces paroles. Et ce ne sont pas des déclarations isolées. Elles s’inscrivent dans une longue série de menaces et d’attaques contre l’opposition, la presse, la société civile, les institutions. En somme, contre la liberté et la démocratie. »
Il ajoute : « Chaque mot que tu prononces, chaque promesse que tu formules, chaque menace que tu profères révèle ce que tu es vraiment : un dictateur en puissance, dissimulant de moins en moins son projet de gouvernance totalitaire. »
Pour Ibrahima Hamidou Dème, le Sénégal ne saurait céder à une logique de censure ou d’intimidation. Il réaffirme son attachement aux principes républicains :
« Tu dis vouloir ‘effacer’ les voix discordantes. Mais tu dois savoir que nous avons choisi la République. Et la République n’a pas vocation à faire taire. Elle protège la liberté d’expression. Elle garantit la coexistence des opinions, même les plus critiques. Elle encadre cette liberté et, en cas d’abus, en confie la sanction à l’autorité judiciaire. Tu dis que certains ne parleraient plus. Mais qui t’a donné ce pouvoir ? »
L’ancien magistrat met en garde contre les dangers du silence imposé : « Le silence que tu veux imposer à d’autres est celui que redoutent tous les peuples qui ont vu naître des tyrannies sous des promesses de rupture. »
Pour finir, M. Dème rappelle que le pouvoir ne confère pas le droit de faire taire et que la démocratie n’est pas une faveur octroyée par un prince : « Le Sénégal n’est pas une propriété privée. Le pouvoir ne donne pas le droit d’effacer qui l’on veut. Nous resterons debout. Nous parlerons. Et nous rappellerons, chaque fois que nécessaire, que la liberté est un droit constitutionnel, non une concession d’un homme au pouvoir. »
