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Pour un Concours Général au service de tous les talents : plaidoyer pour une réforme constructive et inclusive ! ( par Samba GUISSE)

Depuis sa création par le Président Léopold Sédar Senghor, le Concours Général constitue l’une des plus hautes expressions de la reconnaissance du mérite scolaire au Sénégal. Il consacre, chaque année, l’excellence académique de nos lycéens, dans un esprit de rigueur, de justice et de prestige républicain.

Mais à l’heure où notre système éducatif fait face à de nouveaux défis (inclusion sociale, égalité des chances, transition numérique, mobilité des talents), une question s’impose : comment préserver cette institution emblématique tout en l’adaptant à l’époque ? Réformer le Concours Général ne signifie en rien trahir son esprit fondateur. Bien au contraire, c’est prolonger l’idéal républicain qu’il incarne, en élargissant les conditions de son accessibilité et en renforçant son impact. L’excellence ne doit plus être un privilège réservé à une élite concentrée, mais un horizon ouvert à tous les jeunes sénégalais, où qu’ils se trouvent, pour peu qu’on leur en donne les moyens.

L’édition 2025 du Concours Général, prévue au Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose, rendra hommage à l’ancien ministre André SONKO, défenseur infatigable d’une école sénégalaise juste, inclusive et rigoureuse. Ses mots («L’école républicaine n’a de sens que si elle donne à chaque enfant, quelles que soient ses origines, les mêmes chances d’accéder à l’excellence») résonnent aujourd’hui avec une force particulière.

Il existe certes des établissements conçus pour accueillir les élèves les plus prometteurs, à l’instar du Prytanée Militaire, du Lycée Mariama Bâ, du Lycée d’Excellence de Diourbel ou encore des Lynaqs. Ces établissements ont un rôle moteur à jouer, mais elles ne doivent pas être les uniques vitrines de l’excellence. Car une autre excellence existe, moins visible mais tout aussi méritoire : celle qui se construit au quotidien dans des établissements modestes, portée par le dévouement d’enseignants engagés et l’abnégation d’élèves combatifs. Le cas du Lycée Limamou Laye de Pikine en est l’illustration frappante. Permettre à ces établissements d’émerger, les reconnaître et les accompagner dans leur ascension, c’est renouveler notre regard sur le mérite. Cela passe par la création de passerelles, par l’élargissement du cercle de la reconnaissance, et par l’usage du numérique et de l’intelligence artificielle pour identifier les talents partout où ils se trouvent.

Dans cette perspective, plusieurs pistes méritent réflexion :

  • Organiser deux Concours Généraux distincts, l’un pour les établissements labellisés, l’autre pour ceux en progression. Cette proposition n’a pas pour but de diviser ni de hiérarchiser les établissements, mais au contraire d’encourager une dynamique d’élargissement de l’excellence. Elle permettrait de mieux reconnaître les performances exceptionnelles issues de contextes moins favorisés, sans amoindrir le prestige du Concours Général. Chaque concours garderait le même niveau d’exigence, de solennité et de reconnaissance institutionnelle. Il s’agit de distinguer les contextes pour mieux valoriser les efforts fournis dans chacun d’eux, et non de créer une excellence «à deux vitesses». Bien au contraire, cette réforme serait un pas vers une excellence plus inclusive, où l’effort et la progression sont aussi célébrés que le résultat.
  • Créer un label «Lycée d’excellence» attribué sur la base de critères transparents.  Actuellement, plusieurs établissements bénéficient d’une reconnaissance implicite d’excellence, souvent fondée sur l’historique de leurs performances. Il serait opportun d’instaurer un label national officiel, délivré par une commission indépendante, sur la base d’un référentiel clair intégrant :
  • Les performances académiques sur trois années consécutives ;
  • La stabilité et la qualification du corps professoral ;
  • Le climat scolaire et l’engagement des élèves ;
  • L’innovation pédagogique et l’usage du numérique ;
  • Les conditions matérielles (infrastructure, équipements, etc.) ;
  • La capacité de l’établissement à accompagner tous les profils d’élèves. Ce label, révisable tous les 3 à 5 ans, inciterait les établissements à s’inscrire dans une démarche de qualité continue. Il serait aussi un instrument d’équité : tout établissement, quel que soit son ancrage territorial, pourrait aspirer à cette reconnaissance, à condition de remplir les critères requis.
  • Valoriser l’usage de l’intelligence artificielle pour détecter, suivre et encadrer les talents. L’intelligence artificielle (IA) offre des perspectives inédites pour renforcer l’équité et l’efficacité du système éducatif. Elle pourrait être mobilisée à trois niveaux :
  • Détection des talents : en analysant les données scolaires (notes, participation, évolution, etc.), l’IA peut contribuer à identifier précocement des élèves au potentiel remarquable, même dans des contextes défavorisés.
  • Suivi personnalisé : des algorithmes d’apprentissage adaptatif pourraient être utilisés pour proposer des parcours d’accompagnement différenciés, tenant compte des forces et des besoins de chaque élève.
  • Encadrement des lauréats : à travers des plateformes numériques intelligentes, les anciens primés pourraient être mis en réseau, bénéficier de mentorat ciblé, et rester suivis dans leurs parcours académiques et professionnels, grâce à des tableaux de bord dynamiques. L’objectif n’est pas de remplacer l’humain, mais de doter notre système d’outils intelligents pour mieux accompagner, valoriser et suivre les talents là où ils se trouvent.

Mais cette réforme ne serait complète sans une attention particulière portée aux anciens lauréats. Trop souvent, après la cérémonie, leur parcours s’efface des radars. Le Sénégal ne dispose pas encore d’un mécanisme structuré pour suivre, valoriser et mobiliser ces talents, alors qu’ils constituent un formidable vivier pour la nation.

Il est donc urgent de mettre en place :

– Un Observatoire national du suivi des talents éducatifs ;

– Un réseau actif des anciens lauréats du Concours Général ;

– Une bourse d’excellence durable, assortie d’un engagement à contribuer au développement national.

Enfin, concernant la désignation du «meilleur élève national», il serait pertinent d’introduire une approche plus équilibrée, combinant performance académique, contexte scolaire et engagement personnel. A cet effet, une pondération pourrait être appliquée aux différents critères d’évaluation. Le nombre de prix obtenus au Concours Général constituerait l’indicateur principal de performance disciplinaire, avec un poids relatif plus élevé. Il serait complété par la moyenne obtenue dans les disciplines primées, pour affiner l’analyse qualitative. Les résultats globaux au baccalauréat serviraient à valider la cohérence du parcours académique de l’élève. A cela s’ajouteraient des critères contextuels tels que les conditions matérielles et pédagogiques de l’établissement d’origine, la progression individuelle sur les deux dernières années, ainsi que l’engagement extrascolaire (clubs, concours, activités citoyennes). Cette pondération équilibrée permettrait de mieux refléter la diversité des profils, d’encourager les efforts dans des environnements contraints, et de promouvoir une vision plurielle et équitable de l’excellence.

Ainsi, réformer le Concours Général ne revient pas à en faire le procès, mais à le réinventer pour mieux répondre à son ambition initiale : être le reflet fidèle d’un système éducatif juste, méritocratique et tourné vers l’avenir.

En tant qu’enseignant à la retraite, ayant vécu les différentes strates de ce système, ma démarche est guidée par un esprit constructif, une volonté de contribution et une foi inébranlable en la jeunesse sénégalaise.

Plus qu’un événement annuel, le Concours Général peut devenir un véritable levier de transformation éducative, à condition que nous osions collectivement le réinterroger avec lucidité, bienveillance et ambition.

Réformer, ce n’est pas renier : c’est grandir. Le Concours Général de demain sera celui qui révèle tous les talents, là où ils naissent, là où ils brillent.

Samba GUISSE,
Professeur de Sciences Physiques à la retraite

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