
C’est un discours offensif, sans détour, que le Premier ministre Ousmane Sonko a livré ce vendredi 1er août 2025, à l’occasion de la présentation du Plan de redressement économique et social “Jubbanti Koom”. Devant un parterre de responsables gouvernementaux, de partenaires techniques et financiers, il a dénoncé avec une rare virulence le rôle du Fonds Monétaire International (FMI) dans la dégradation économique du Sénégal. “Nous ne pouvons pas, 65 ans plus tard, continuer à attendre le salut de l’extérieur. L’Afrique doit évoluer et le Sénégal doit évoluer”, a-t-il martelé, assumant une rupture stratégique avec les modèles d’assistance conditionnelle.

Un plan tourné vers le peuple, pas vers les bailleurs
Selon Ousmane Sonko, “ce que nous présentons aujourd’hui n’attend rien de personne, sinon du peuple sénégalais lui-même.” Il a salué la mobilisation des fonctionnaires sénégalais qui ont conçu ce plan “dans une logique de souveraineté assumée”, en dehors des injonctions extérieures. Il a d’ailleurs obtenu l’aval du Président de la République pour former une équipe intergouvernementale dédiée, pilotée depuis la Primature.
Ce plan, intitulé Jubbanti Koom (Redresser le pays), repose sur trois piliers :
- la mobilisation des ressources internes,
- la réforme de la gouvernance,
- une politique sociale audacieuse centrée sur la santé, l’éducation et la dignité sociale.

Une charge frontale contre le FMI
Sans ambages, le chef du gouvernement a pointé la responsabilité du FMI dans la crise économique actuelle : “Vous ne pouvez pas faire des contrôles chaque année sans voir une chose aussi grosse… On a l’impression qu’il y a un objectif d’asphyxier l’économie sénégalaise.”
Il a également dénoncé les retards de financement de l’institution, qualifiés d’“injustifiés”, et a relativisé l’importance budgétaire de son programme :
“La seule taxation des jeux de hasard nous donne des ressources supérieures au programme du Fonds.” Plus qu’un rejet financier, Sonko dénonce une forme de dépendance masquée, où l’assistance internationale devient un outil de pression plutôt qu’un levier de développement.

“Jubbanti Koom” : affirmer la souveraineté économique
Le Premier ministre affirme que l’accord avec le FMI, souvent recherché pour sa valeur de “tampon de crédibilité” auprès des marchés, ne saurait guider les choix stratégiques du Sénégal : “Le programme du Fonds, ce n’est pas ça qui nous fait vivre. C’est juste pour rassurer les investisseurs.” Le message est clair : le Sénégal veut sortir de la logique d’asservissement économique et miser sur ses propres capacités.

Un virage politique assumé
Par ses propos, Ousmane Sonko assume une rupture historique avec la complaisance envers les bailleurs internationaux.
Il appelle à un nouveau rapport de force, dans lequel le Sénégal dialogue sur un pied d’égalité, tout en réaffirmant ses priorités nationales : la santé, l’éducation et la souveraineté économique. “Si nous croyons en nous, nous pouvons le faire.”
Un appel fort à l’autodétermination, qui marque une nouvelle ère dans la gouvernance économique du pays.
