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Nioro du Rip : Ibrahima Thiam dénonce « l’exclusion numérique »des agriculteurs ruraux !

Président du syndicat des agriculteurs, éleveurs et maraîchers, Ibrahima Thiam tire la sonnette d’alarme sur les effets pervers de la digitalisation de la distribution des intrants agricoles. Pour lui, cette réforme, censée moderniser l’agriculture sénégalaise, aggrave les inégalités et plonge les zones rurales dans la précarité.

Dans un contexte où l’agriculture sénégalaise peine à retrouver sa stabilité, les voix des producteurs s’élèvent de plus en plus pour dénoncer les politiques publiques jugées déconnectées des réalités du terrain. À Nioro du Rip, Ibrahima Thiam, président du syndicat des agriculteurs, éleveurs et maraîchers, fustige la gestion actuelle de la digitalisation des intrants agricoles, notamment les engrais subventionnés.

« L’objectif était de lutter contre la fraude, d’assurer la transparence et de simplifier les procédures. Mais dans nos villages sans réseau, cette digitalisation devient une barrière, pas une solution », déplore-t-il.

Il pointe notamment l’absence de couverture téléphonique dans plusieurs localités rurales, rendant les plateformes numériques de distribution inaccessibles. À cela s’ajoute l’analphabétisme numérique de nombreux producteurs, en particulier des femmes et des personnes âgées, qui peinent à comprendre et à utiliser les outils mis à leur disposition.

« Même avec du réseau, ils ne savent pas comment naviguer dans les applications. Et rien n’a été prévu pour les accompagner. Résultat : des pertes de temps, des frais supplémentaires, et parfois l’abandon pur et simple du processus », dénonce-t-il avec amertume.

Promesses trahies, monde rural abandonné

Ibrahima Thiam va plus loin et accuse les nouvelles autorités de rupture avec leurs engagements de campagne. À peine 15 mois après leur arrivée au pouvoir, il estime que la désillusion est déjà palpable dans le monde rural.

« Les promesses de transparence, de justice sociale et de développement sont restées lettres mortes. Le fossé entre les discours et la réalité s’élargit chaque jour », martèle-t-il.

Le syndicaliste dénonce également la centralisation des décisions, les nominations politiques sans compétence technique, une communication gouvernementale contradictoire et un manque de consultation des acteurs à la base.

« Il y a beaucoup d’amateurisme. Les agriculteurs ne sont pas écoutés. Et ce sont les plus pauvres, les plus éloignés, qui en paient le prix », souligne-t-il.

Des propositions concrètes pour une réforme inclusive

Face à ce constat, le syndicat propose une alternative plus inclusive : une distribution hybride, combinant outils numériques et modalités physiques, avec un accompagnement humain renforcé. Il recommande également la mise en place de centres mobiles itinérants dans les zones non connectées, ainsi que des formations adaptées pour familiariser les producteurs aux technologies numériques.

« Une technologie n’est efficace que si elle parle la langue de ceux qu’elle est censée aider », conclut Ibrahima Thiam, appelant à une réforme urgente et concertée.

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