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Tenkoto face à l’or des Chinois : un village debout pour ses terres !

Sous un soleil de plomb, Tenkoto s’étire au milieu des collines rocheuses de la commune de Sabodala, département de Saraya. L’air brûlant porte un parfum de terre sèche… et de colère. Depuis plusieurs jours, les habitants sont vent debout contre l’arrivée d’une entreprise chinoise venue exploiter l’or en semi-mécanisé sur leurs terres.

« On ne nous a pas consultés », tranche Yéra Danfakkha, président de l’Association des jeunes, assis devant un cercle d’hommes et de femmes rassemblés dans la maison du chef de village, Bambo Cissokho. Sa voix résonne : « Nous ne sommes pas contre le développement. Mais nous devons être inclus dans les décisions. Ce sont nos champs, notre eau, notre avenir. » Les applaudissements et murmures d’approbation confirment que le village parle d’une seule voix.

Hier matin, le village s’était levé comme un seul homme pour une marche pacifique. Banderoles brandies, slogans scandés, ronronnement des motos en tête de cortège, les habitants avaient bloqué la route menant aux chantiers miniers, exigeant l’arrêt du projet. Rapidement, les forces de sécurité sont intervenues, dispersant la foule. Les manifestants sont rentrés chez eux, le pas lourd mais la détermination intacte. Le soir aussi, un point de presse improvisé rassembla les leaders communautaires pour maintenir la mobilisation.

Là, Danfakkha, parlant au nom de la jeunesse, a exprimé sa colère : « La population de Tenkoto vit d’agriculture et d’orpaillage artisanal depuis des décennies. C’est notre seule source de revenu. La plupart de nos terres ont été données à de grandes entreprises minières qui n’emploient même pas nos jeunes. Et le peu qui nous reste, des entreprises chinoises semi-mécanisées se le voient attribuer, sans que nous soyons consultés. Un matin, on se réveille et on voit des équipes prêtes à s’installer. N’est-ce pas normal que la population soit impliquée dans ces décisions ? Nous avons des droits. Nous avons même proposé à l’entrepreneur de venir parler avec nous, mais il a répondu qu’il n’était pas obligé, en tant qu’entreprise semi-mécanisée… »

Le chef de village, Bambo Cissokho, affirme son soutien à la jeunesse, « force vive du village ». Il se dit ouvert à tout investissement, à condition que la population soit incluse et que la collaboration soit saine et transparente. Même les femmes les plus âgées étaient venues manifester leur soutien. Joint par téléphone, une mère qui préfère garder l’anonymat laisse éclater sa colère : « Depuis que ces entreprises minières se sont installées ici, nos terres ne nous appartiennent plus. On ne peut pas dissocier l’histoire de Tenkoto de celle de l’orpaillage, c’est une activité principale ici. Maintenant nous n’avons plus où aller travailler, on dirait que les Chinois ont besoin de l’or plus que nous. Nous soutenons nos enfants et nous sommes prêtes à tout. »

Ici, l’or n’est pas une découverte. Depuis des générations, les habitants creusent artisanalement, souvent en complément des cultures vivrières. Mais au début des années 2004, une ruée vers l’or sans précédent a bouleversé l’équilibre : investisseurs étrangers, migrants, machines industrielles… Les terres agricoles se réduisent, les sources d’eau se tarissent, l’air se charge de poussière et de pollution.

En 2020, la production nationale d’or atteignait 387,7 milliards de FCFA (environ 590 millions d’euros). Mais 90 % de cette richesse quitte le pays. Pour Tenkoto, il reste peu de bénéfices, mais beaucoup de pertes : terres arables, environnement dégradé, moyens de subsistance menacés.

L’arrivée d’une nouvelle société chinoise est vécue comme une menace de trop. Les habitants dénoncent non seulement un manque de transparence, mais aussi une dépossession organisée de leurs terres ancestrales. « Ils exploitent nos richesses, mais nous, qu’est-ce qu’on gagne ? », s’interrogent-ils.

Au-delà de Tenkoto, c’est toute la question de la gouvernance minière qui se pose au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. Entre promesses de développement et réalités d’expropriation, les communautés rurales peinent à faire entendre leur voix.

Mais ici, la détermination ne faiblit pas. Réunions communautaires, mobilisation des jeunes, relais aux ONG… Le village s’organise. « Nous ne vendrons pas notre avenir pour quelques grammes de métal jaune », martèle encore Yéra Danfakkha.

Sous le crépuscule doré, les voix des femmes s’élèvent, puissantes et vibrantes, comme un écho venu du fond des âges. Ce soir, Tenkoto ne fait pas résonner le métal contre la pierre à la recherche de l’or. Ce soir, c’est dans les profondeurs de sa mémoire qu’il creuse, dans la richesse de ses souvenirs et la force de sa dignité. Chaque parole chantée est une promesse, chaque regard un serment : celui de ne pas voir ses terres, héritées de ses ancêtres, disparaître dans les mains avides d’étrangers venus les dépouiller..




Par Mady Camara

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