La deuxième rencontre des structures nationales de gestion des frontières s’est tenue à Cotonou, au Bénin, du 19 au 22 août 2025. Elle a servi de cadre de planification conjointe et d’échanges d’expériences entre acteurs régionaux et nationaux. Cette réunion marque une étape clé pour garantir une gestion concertée et efficace des espaces frontaliers en Afrique de l’Ouest, tout en posant les bases d’un cadre durable de gouvernance.

Un programme continental pour transformer les frontières
Afin d’apporter des réponses politiques, pacifiques et durables aux tensions transfrontalières, et de transformer les frontières en véritables passerelles d’intégration et de sécurité, la Commission de l’Union Africaine a lancé le Programme Frontière de l’Union Africaine (PFUA). Étaient présents à Cotonou les représentants des structures nationales de gestion des frontières des 15 pays de la CEDEAO (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Cap-Vert, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone et Togo), ainsi que des organisations régionales et des partenaires techniques et financiers (UA, CEDEAO, UEMOA, BAD, Mano River, ALG, GIZ, PNUD, UE, Banque mondiale, etc.). Selon Mamadou Fade, Secrétaire permanent du Réseau du bassin du fleuve Sénégal, cette rencontre a permis de réfléchir sur les problématiques de gouvernance frontalière et sur les modalités d’animation continue des échanges entre praticiens nationaux et régionaux.

Des défis partagés et des mécanismes renforcés
Parmi les principaux défis discutés figurent la démarcation des frontières, la planification et le financement local de la gouvernance, ainsi que la mise à jour des plans d’action bilatéraux et multilatéraux selon un mécanisme de suivi-évaluation. Les participants ont également renouvelé les instances de la Plateforme d’Échange et de Coordination sur la Gestion des Espaces Frontaliers en Afrique de l’Ouest (PECOGEF), créée en 2015, et l’ont dotée d’une feuille de route triennale (2025-2027). Cette plateforme vise à renforcer la concertation et le dialogue structuré sur les enjeux de gouvernance, de sécurité et de développement des zones frontalières.
Pour une gouvernance frontalière inclusive
Adopté à Addis-Abeba le 7 juin 2007, le PFUA a été renforcé par l’adoption en 2020 de la Stratégie continentale de gouvernance des frontières. Celle-ci promeut une approche inclusive impliquant les communautés économiques régionales et les États membres. Pour Mamadou Fade, « la présence effective de l’État dans les zones frontalières doit se matérialiser par la disponibilité des services publics, l’accès aux infrastructures de base, la paix et la sécurité ».
Intégration et coopération transfrontalière
En Afrique de l’Ouest, l’idée d’une meilleure gouvernance des frontières comme vecteur d’intégration socio-économique remonte aux années 1970, avec pour ambition de réduire le poids des frontières sur les communautés. La CEDEAO, l’UEMOA et l’ALG ont depuis multiplié les initiatives de coopération transfrontalière. Parmi elles, l’Union transfrontalière des collectivités territoriales de l’espace Sikasso-Korhogo-Bobo-Dioulasso (UTCTE-SKBo) joue un rôle clé dans l’animation territoriale. L’évaluation du Programme de coopération transfrontalière locale (PCTL), clôturé en 2020, a souligné la nécessité de renforcer l’institutionnalisation de cette coopération et de mieux outiller les collectivités pour coordonner les projets. Ces efforts visent à stabiliser les zones frontalières, à réduire leur fragilité et à fixer les jeunes grâce à des perspectives d’emploi et de développement.

Un cap affirmé
En définitive, la deuxième rencontre des commissions nationales des frontières à Cotonou a permis de consolider un partenariat régional en matière de gouvernance frontalière, indispensable pour faire des espaces frontaliers non pas des lignes de division, mais de véritables leviers d’intégration, de sécurité et de développement durable.
Propos recueillis par Pape Demba Sidibé
