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Rentrée 2025-2026: Entre urgence des Annonces et Incohérence stratégique, pour une Véritable Refondation Éducative (par Lababa Faye)

Le communiqué issu du Conseil interministériel sur la rentrée scolaire 2025-2026 affiche une  forte volonté d’agir vite et de marquer une rupture. Cependant, au-delà de l’effervescence des annonces, se pose une question fondamentale: celle de la cohérence, de la hiérarchisation et surtout de la vision globale de notre politique éducative.

L’école sénégalaise ne peut plus être gouvernée par l’urgence ni par la symbolique. Elle a besoin d’une direction claire, d’une stratégie structurée et d’un pilotage rigoureux basée sur les données (Data-Driven Policy).

1. L’Excellence ne se Décrète pas, elle se Construit sur les Fondations

L’annonce du déploiement des Lycées Nationaux de Qualité et d’Excellence (LYNAQE) est séduisante dans le discours. Mais comment viser l’excellence quand des milliers d’écoles publiques sont encore prisonnières d’abris provisoires, de classes surchargées et de conditions d’enseignement et d’apprentissage indignes ?

L’excellence ne saurait être le privilège de quelques établissements vitrines. Elle doit être le fruit d’un investissement massif dans les infrastructures de base, la formation continue des enseignants et la revalorisation de la profession. Avant de bâtir les lycées du prestige, il faut reconstruire les écoles de la République. La Data Science appliquée à la géolocalisation et à l’analyse des besoins (Data Mapping) peut et doit identifier avec précision les zones les plus vulnérables. Ainsi nos investissements serviront la justice éducative avant le prestige.

2. Réformer ou Rafistoler les Curricula ? La Logique Systémique Manquante

L’« adaptation des curricula » annoncée pour certaines disciplines – éducation civique, langues nationales, arabe et intelligence artificielle – suscite une interrogation légitime. Pourquoi ce traitement sectoriel ? Comment introduire l’Intelligence Artificielle sans un socle statistique et mathématique solide dans tout le cursus ?

Notre système éducatif, hérité d’un modèle colonial et devenu anachronique, ne peut être simplement réhabilité par des ajustements. Ce qu’il faut, c’est une refonte curriculaire globale, une révision en profondeur des finalités de l’école, de ses contenus, de ses approches pédagogiques et de son évaluation. Introduire l’IA ou renforcer les langues nationales sans une cohérence systémique revient à poser des rustines sur un navire qui prend l’eau. Seule une approche systémique permet une intégration pédagogique réelle et durable.

3. L’Institut pour la Qualité : Une Redondance Administrative ?

La création d’un nouvel Institut national pour la qualité scolaire interpelle. Le Sénégal dispose déjà d’une structure dédiée à la recherche et à l’évaluation éducative : l’INEADE (Institut National d’Études et d’Action pour le Développement de l’Éducation).

Selon ses textes fondateurs, l’INEADE a pour mission d’« impulser, d’animer et de coordonner toutes les actions nécessaires au développement de l’éducation »  y compris le développement des manuels et supports didactiques  et la diffusion des résultats.. Ses missions couvrent déjà le pilotage de la qualité.

Pourquoi multiplier les institutions quand il suffirait de renforcer les capacités techniques et de pilotage par les données celles qui existent ? En période de tension budgétaire, la rationalisation devrait primer sur la dispersion des ressources. Le véritable défi n’est pas la création, mais la performance et la coordination. Il faut faire mieux avec ce que nous avons, plutôt que faire plus avec moins.

4. La Petite Enfance: L’Angle Mort Stratégique Inquiétant

Le taux brut de préscolarisation au Sénégal demeure dramatiquement faible, s’établissant à seulement 18,2% en 2022. Or, toutes les études internationales le prouvent: les inégalités scolaires se construisent dès les premières années de vie.

La politique éducative ne peut prétendre à la qualité si elle néglige la petite enfance. C’est à ce niveau que se jouent la réussite future de l’élève, sa socialisation et sa capacité d’apprentissage. Ignorer ce maillon, c’est condamner le système à corriger en aval ce qu’il n’a pas su bâtir en amont. L’analyse des données régionales révèle d’ailleurs de fortes disparités (taux allant de 2,9% à Matam à 38,7% à Ziguinchor en 2019), soulignant l’impératif d’une politique préscolaire ciblée et massive pour garantir l’équité dès le berceau.

Pour une Refondation Lucide, Inclusive et Basée sur les Données

L’éducation n’a pas besoin d’un empilement de mesures, mais d’une vision structurée, d’une philosophie claire et d’une volonté politique forte s’appuyant sur l’analyse factuelle.

Le Sénégal doit désormais choisir entre le rafistolage des urgences et la refondation des fondements. Refonder, c’est oser revisiter le modèle, rétablir la cohérence entre finalités et moyens, et replacer l’élève et l’enseignant au cœur du dispositif, avec des outils d’aide à la décision pertinents.

Il est temps de substituer à la logique de l’annonce celle de la construction, à la dispersion institutionnelle celle de l’efficacité, et à la politique de prestige celle de la justice éducative. Car la Nation ne se bâtit pas sur des slogans, mais sur une école solide, équitable et visionnaire.

Par , professeur de mathématiques  et Data Science. Membre du moncap

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