
Rosso, 31 octobre 2025 – La Division Nationale de Lutte contre le Trafic de Migrants et Pratiques Assimilées (DNLT), relevant de la Direction de la Police aux Frontières, a procédé à la présentation de deux individus devant le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Saint-Louis. Les mis en cause sont poursuivis pour association de malfaiteurs, faux et usage de faux dans des documents administratifs, faux en écritures privées et obtention indue de documents administratifs sénégalais.
Un avis de recherche vieux de trois ans
L’affaire trouve son origine dans un avis de recherche lancé en 2022 par l’antenne régionale de la DNLT à Rosso. Le 27 octobre dernier, les agents du Commissariat spécial de Rosso, postés au point de passage frontalier de Diama, ont intercepté le principal suspect, un ressortissant étranger recherché pour détention présumée d’un faux certificat de nationalité sénégalaise.
Lors de son audition, le mis en cause a reconnu avoir utilisé une fausse identité, obtenue grâce à un acte d’état civil falsifié daté de 1999. Il a affirmé avoir versé la somme de 150 000 FCFA à un tiers pour se procurer ce document. Une vérification effectuée au centre d’état civil de Mbacké a confirmé que l’extrait de naissance en question était totalement fictif.
Un vaste réseau de falsification démantelé
Les investigations ont conduit les enquêteurs jusqu’à Kaolack, où un second individu, décrit comme un « affairiste » bien connu dans le milieu, a été interpellé. Ce dernier proposait, moyennant rémunération, des services de facilitation pour l’obtention de divers documents administratifs : certificats de naissance, de mariage, d’héritage ou encore cartes nationales d’identité sénégalaises.
Interrogé, il a reconnu avoir perçu 150 000 FCFA du ressortissant étranger et avoir servi d’intermédiaire avec un agent d’état civil de Mbacké. L’exploitation de son téléphone portable a révélé de nombreux documents douteux et des communications avec des agents d’état civil de plusieurs localités, notamment Kaolack, Toubacouta et Podor.

Une véritable “fabrique” de faux papiers
La perquisition menée lors de son arrestation a permis de découvrir dans son cartable une impressionnante quantité de documents vierges ou falsifiés, parmi lesquels :
- 70 autorisations parentales vierges,
- plusieurs certificats de naissance, de divorce et de mariage cachetés et signés,
- des jugements d’inscription de naissance au nom du Tribunal d’Instance de Kaolack,
- des certificats de nationalité,
- des diplômes et attestations de réussite au BFEM portant de faux cachets,
- ainsi que des certificats médicaux de l’« Hôpital Ibrahima Niasse » de Kaolack.
Le suspect a prétendu avoir obtenu ces documents auprès de particuliers ou achetés aux abords du centre d’état civil principal de Kaolack, des explications jugées peu crédibles par les enquêteurs.
Une enquête toujours en cours
Les deux individus ont été déférés devant le Procureur de la République pour les faits qui leur sont reprochés. Les autorités judiciaires et policières poursuivent les investigations afin d’identifier d’éventuelles complicités au sein des services d’état civil impliqués dans cette vaste entreprise de falsification.
Cette opération illustre la détermination des forces de sécurité à lutter contre le trafic de documents administratifs et la fraude identitaire, des phénomènes qui alimentent les réseaux de migration irrégulière et de criminalité transfrontalière.
