À la veille de la tournée économique annoncée du Président de la République dans la région de Kédougou, les 7 et 8 février, les populations du département de Saraya affichent autant d’attentes que d’inquiétudes. Sur l’itinéraire qui conduira le Chef de l’État vers Moussala, les habitants espèrent que leurs doléances, souvent répétées mais rarement satisfaites, seront enfin entendues. Car Saraya, département stratégique et minier, fait face à des défis multidimensionnels qui freinent son développement.

Depuis son inauguration, le centre de santé de Saraya peine à remplir sa mission.
Le plateau technique reste insuffisant, l’absence de bloc opératoire limite fortement les soins, et le manque de personnel compromet la prise en charge des patients. Pour de nombreux habitants, l’infrastructure ressemble davantage à un poste de santé surdimensionné qu’à un véritable centre départemental capable de répondre aux besoins d’une population croissante.
L’enclavement constitue l’un des obstacles les plus décriés. Le département ne dispose pas de routes praticables, et trois axes vitaux restent particulièrement dégradés :
- Saraya – Saïensoutou
- Bembou – Bransan
- Saraya – Guémédjé
Ces voies impraticables compliquent les déplacements, freinent l’économie locale, et isolent encore davantage les zones frontalières.

Télécommunications, électricité et eau : les besoins essentiels non satisfaits
Dans plusieurs communes, notamment à Missirah Sirimana, la couverture réseau demeure faible voire inexistante le long de la frontière. Les habitants dénoncent une marginalisation numérique qui limite l’accès à l’information et aux services.
Le taux d’accès à l’électricité reste l’un des plus faibles du pays, laissant une grande partie du département dans l’obscurité. Quant à l’approvisionnement en eau potable, il demeure une préoccupation majeure : aucune des six communes ne bénéficie d’une solution durable. Les pénuries fréquentes compliquent aussi bien le quotidien des ménages que l’activité économique.
Malgré la présence d’importantes sociétés minières, Saraya ne dispose d’aucun centre de formation professionnelle. Les jeunes manquent d’accompagnement, de perspectives et d’opportunités pour tirer profit de l’économie locale. Cette absence de qualification accentue la dépendance à des emplois précaires ou à l’émigration interne.
Les femmes du département dénoncent l’absence de mécanismes de financement adaptés.
Malgré leur rôle essentiel dans l’économie locale, elles peinent à accéder au crédit et aux programmes d’autonomisation.
L’orpaillage, activité économique majeure, est quant à lui « au bout du souffle ». Faute de couloirs d’exploitation clairement délimités et d’un accompagnement structuré, les orpailleurs évoluent dans la précarité et l’incertitude.
Les infrastructures publiques tardent à sortir de terre.
Même les services déconcentrés — préfecture, CDPES, services agricoles, élevage, eaux et forêts, hygiène ou urbanisme — manquent de locaux adéquats pour fonctionner normalement.
Cette situation ralentit l’action de l’État et entretient le sentiment d’abandon chez les populations.
Malgré leur présence massive, plusieurs fils du département estiment que l’impact des sociétés minières reste en deçà des attentes locales. Les investissements sociaux sont jugés limités, tandis que les retombées économiques directes pour les communautés restent faibles.
Face à ces défis multiples, les populations de Saraya espèrent que la visite présidentielle marquera un tournant.
Elles attendent des engagements concrets, une accélération des investissements publics et une meilleure prise en compte des réalités locales.
En dépit des difficultés, l’espoir demeure : celui de voir Saraya sortir de l’ombre et bénéficier enfin de son immense potentiel.
Fily cissokho

