Dakar, avril 2026 – Deux ans après l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye, le secteur de l’éducation sénégalais oscille entre réformes engagées et difficultés structurelles persistantes. L’analyse du bilan met en évidence un décalage entre les ambitions affichées par les autorités et les réalités vécues sur le terrain.

Un accès à l’éducation encore inégal
Malgré les efforts consentis pour promouvoir l’éducation non formelle et intégrer davantage les daaras dans le système éducatif, les indicateurs restent préoccupants. Selon les données disponibles, près de 1,5 million d’enfants sont toujours hors des structures éducatives. Le taux de préscolarisation demeure faible, autour de 25,2 %, tandis que le taux de scolarisation à l’élémentaire affiche une baisse progressive, passant de 85,9 % en 2020 à 82,2 % en 2024. Cette situation met en lumière des inégalités persistantes entre zones rurales, souvent sous-équipées, et zones urbaines confrontées à la surcharge des classes.
Qualité de l’enseignement : des réformes à consolider
Sur le plan qualitatif, certaines mesures ont été saluées, notamment la création des lycées nationaux d’excellence et la suppression du concours d’entrée en sixième. Toutefois, ces initiatives peinent encore à produire des résultats significatifs. Les performances scolaires restent globalement faibles, et l’école publique continue de faire face à des défis majeurs : insuffisance d’enseignants, lenteur dans la résorption des abris provisoires et conditions d’apprentissage souvent difficiles.
Gouvernance : un dialogue social sous tension
Si les autorités ont affiché une volonté d’ouverture à travers la signature d’un pacte de stabilité, le climat social demeure tendu. Les syndicats dénoncent un manque d’implication réelle dans les décisions, tandis que les grèves récurrentes perturbent le calendrier scolaire. Par ailleurs, l’absence de données actualisées — le dernier Rapport national sur la situation de l’éducation datant de 2024 — complique l’évaluation précise des politiques publiques.
2026 : le risque d’une nouvelle crise scolaire
L’année scolaire en cours s’annonce particulièrement délicate. Le bras de fer entre le gouvernement, engagé dans des mesures de ponctions salariales, et les syndicats d’enseignants, déterminés à défendre leur droit de grève, suscite de vives inquiétudes. Plusieurs observateurs redoutent une répétition des crises passées, notamment année blanche de 1988 au Sénégal et année invalide de 1994 au Sénégal, qui avaient profondément marqué le système éducatif sénégalais.
Appel à un compromis urgent
Face à cette situation, la COSYDEP appelle à une mobilisation générale pour éviter une rupture du système.
L’organisation préconise :
- Pour le gouvernement : la suspension des ponctions salariales et l’application des accords existants
- Pour les syndicats : la suspension des grèves et l’acceptation d’un plan de rattrapage des cours
- Pour l’ensemble des acteurs : un engagement sincère en faveur de l’apaisement
Vers une refondation du système éducatif
Au-delà de la gestion de crise, les spécialistes s’accordent sur la nécessité d’une réforme en profondeur du système éducatif sénégalais. Celle-ci devrait reposer sur :
- Une approche globale et inclusive
- Un dialogue permanent avec les acteurs du secteur
- Une actualisation du cadre juridique, notamment la loi d’orientation et la protection des enfants face aux nouveaux risques
Un tournant décisif pour l’école sénégalaise
Le bilan de ces deux années montre que, malgré une volonté politique affichée, les résultats tardent à se concrétiser. L’année 2026 apparaît ainsi comme un moment charnière. Entre risques de blocage et opportunités de réforme, l’avenir de l’école sénégalaise dépendra de la capacité des acteurs à privilégier le dialogue et l’intérêt supérieur des élèves. Car au-delà des divergences, c’est toute une génération qui se joue aujourd’hui.
