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Dakar – Viol et pédophilie : le juge Makha Barry alerte sur les failles du système judiciaire

Malgré l’existence d’un cadre juridique jugé « excellent », les affaires de viol et de pédophilie au Sénégal peinent encore à aboutir à des condamnations. C’est le constat dressé par le juge d’instruction Makha Barry, en service au 2ᵉ cabinet du tribunal de grande instance hors classe de Dakar.

Saluant la loi de 2020 criminalisant ces infractions, le magistrat souligne toutefois ses limites en matière d’effectivité. « Son taux de condamnation n’est que de 28,8 % par rapport au stock d’affaires en instruction », a-t-il indiqué, rappelant que l’efficacité d’une loi se mesure avant tout à sa capacité à produire des décisions judiciaires.

Selon lui, cette situation ne relève pas d’un manque de compétence des acteurs judiciaires, mais plutôt de défaillances structurelles. Les affaires de viol, explique-t-il, ne peuvent être traitées comme des dossiers pénaux classiques, dans la mesure où elles mobilisent des dimensions psychologiques, médico-légales et sociales complexes.

Le magistrat pointe notamment les insuffisances dès la phase d’enquête préliminaire. Il évoque un accueil souvent inadapté des victimes, ainsi que des conditions d’audition peu propices à la fiabilité des témoignages. « La première audition est déterminante », insiste-t-il, alertant sur les effets négatifs de la multiplication d’interrogatoires mal conduits, en particulier chez les enfants.

Il dénonce également l’usage de questions suggestives pouvant orienter les réponses, et préconise une approche fondée sur des questions ouvertes, respectueuses de la parole des victimes. Dans cette perspective, il rappelle que certains comportements, comme l’absence de résistance physique, peuvent s’expliquer par des mécanismes neurobiologiques tels que la sidération, et ne sauraient être interprétés comme un consentement.

S’agissant des mineurs, Makha Barry plaide pour des dispositifs d’audition spécialisés, inspirés de standards internationaux comme le protocole « Nichd », reposant sur une approche non directive. Il cite également l’exemple des unités d’accueil pédiatriques en Europe, permettant une audition unique, sécurisée et enregistrée, afin de préserver l’intégrité du récit de l’enfant.

Le juge attire par ailleurs l’attention sur la fragilité des preuves matérielles, souvent compromises faute de célérité. Il rappelle l’importance des prélèvements biologiques dans un délai de 72 heures, notamment en cas de suspicion de soumission chimique, ainsi que la nécessité d’exploiter davantage les preuves numériques, telles que les échanges téléphoniques.

Au stade judiciaire, les lacunes de l’enquête initiale conduisent fréquemment à des acquittements. Pour y remédier, le magistrat appelle à une véritable « ingénierie probatoire », fondée sur un faisceau d’indices intégrant les notions de contrainte, de menace ou de dépendance.

Enfin, il insiste sur l’importance d’une approche centrée sur l’absence de consentement plutôt que sur la résistance de la victime, conformément aux standards internationaux. Il formule plusieurs recommandations, parmi lesquelles la standardisation des protocoles d’audition, la spécialisation des intervenants, la systématisation des expertises psychologiques et une meilleure gestion des preuves dès les premières étapes de la procédure.

Le juge met également en garde contre le recours abusif à la détention provisoire comme outil de gestion des dossiers fragiles, soulignant qu’elle peut conduire à des privations de liberté prolongées, souvent suivies d’acquittements.

À travers cette analyse, Makha Barry appelle à une réforme en profondeur des pratiques, afin de renforcer l’efficacité de la réponse judiciaire face à ces infractions particulièrement sensibles.

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