Dans le département de Saraya, à l’extrême sud-est du Sénégal, l’orpaillage s’est imposé au fil des années comme un puissant moteur de transformation socio-économique. Longtemps enclavée, cette zone a vu émerger une dynamique nouvelle portée par l’exploitation artisanale de l’or, offrant des opportunités de revenus à des milliers de jeunes et contribuant à l’essor du commerce local, du transport et des services.

Pour de nombreuses familles, l’orpaillage constitue aujourd’hui une source essentielle de subsistance. Il a permis d’améliorer les conditions de vie, de soutenir l’économie informelle et de freiner, dans une certaine mesure, l’exode rural. Dans des localités comme Kharakhéna, cette activité représente parfois la seule alternative économique viable.

Cependant, cette manne économique s’accompagne d’une réalité de plus en plus préoccupante. En l’absence de couloirs officiels d’exploitation attribués par l’État depuis plusieurs années, l’orpaillage se pratique désormais de manière anarchique, sans encadrement ni respect des normes de sécurité. Cette situation favorise la multiplication des accidents, notamment les éboulements, devenus fréquents et souvent mortels.

Lors de la célébration de la fête de l’indépendance, le préfet du département, Babacar Niang, a dressé un constat alarmant : pas moins de 54 décès liés à des éboulements ont été enregistrés en 2025. Pour le seul premier trimestre de l’année 2026, une vingtaine de morts ont déjà été dénombrés. Des chiffres qui illustrent la dangerosité extrême d’une activité exercée dans la clandestinité et sans mesures de sécurité adéquates.
Sur le terrain, les orpailleurs, eux, continuent de braver les risques. À Kharakhéna, Idrissa Diarra, un exploitant artisanal, assume cette réalité : « Dans tous les métiers, il y a des accidents. Ici, notre survie dépend de l’or. Même si le danger est là, nous n’avons pas d’autre choix que de continuer. » Un témoignage révélateur de la précarité économique qui pousse de nombreux jeunes à s’exposer quotidiennement au danger.

Du côté des organisations d’orpailleurs, le plaidoyer est clair. Mamoudou Danfakha, président départemental des orpailleurs, estime que la mise à disposition de couloirs d’exploitation permettrait de réduire significativement les accidents. « Aujourd’hui, les orpailleurs travaillent dans la précipitation et la peur, pour éviter les opérations de démantèlement. Sans encadrement, il n’y a ni sécurité ni organisation », déplore-t-il.
Selon lui, le secteur a pourtant amorcé une dynamique de formalisation, avec la création de groupements d’intérêt économique (GIE) et le recensement des acteurs, nationaux comme étrangers. Mais cette volonté reste freinée par l’absence de reconnaissance officielle et de cadre d’exploitation légal.

Au-delà des pertes en vies humaines, l’orpaillage clandestin entraîne également des conséquences environnementales majeures : déforestation, dégradation des sols, pollution des cours d’eau. Une situation qui interpelle à la fois les autorités administratives, les collectivités territoriales, les leaders communautaires et les organisations de la société civile.
Face à ces enjeux, la régulation du secteur apparaît comme une nécessité urgente. L’octroi de couloirs sécurisés, l’encadrement technique des exploitants et le renforcement des mesures de contrôle pourraient permettre de concilier exploitation aurifère, sécurité des travailleurs et préservation de l’environnement.

Dans un contexte où l’orpaillage demeure un pilier de l’économie locale, l’État est ainsi appelé à jouer un rôle central pour transformer cette activité à haut risque en un véritable levier de développement durable pour le département de Saraya.
Fily Cissokho
