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Saraya : à Karakhéna, la ruée vers l’or artisanal échappe au contrôle.

Dans le département de Saraya, le site aurifère de Karakhéna fait face à une affluence massive de mineurs artisanaux opérant en dehors du cadre légal. Sur ce périmètre pourtant interdit à l’exploitation, les agents de sécurité, communément appelés « tomboulma », tirent la sonnette d’alarme face à une situation devenue difficilement maîtrisable.

Selon Idrissa Ba, chef des tomboulma, la pression sur le site s’est fortement accentuée ces derniers mois. « Les mineurs descendent au-delà des profondeurs autorisées et creusent des galeries latérales pour pénétrer dans des zones interdites. C’est ce qui explique les nombreux éboulements mortels enregistrés », confie-t-il. Il insiste sur le fait que Karakhéna se distingue des autres sites, pourtant dotés de couloirs officiels d’exploitation artisanale.

‎Face à cette affluence, les règles établies peinent à être respectées. « Nous sommes confrontés à un grand nombre d’étrangers qui refusent toute discipline. Ils sont nombreux et parfois violents, ce qui complique notre travail », ajoute Idrissa Ba, évoquant des agressions répétées contre les agents de sécurité. « Il arrive qu’ils viennent en groupe, s’introduisent dans des zones interdites et s’en prennent directement aux gardes. Dans ces cas, nous n’avons d’autre choix que d’alerter la gendarmerie. »

Le phénomène s’est amplifié après la suspension des activités d’orpaillage dans un rayon de 500 mètres autour du fleuve Falémé. « Cette mesure était nécessaire, mais elle a déplacé le problème vers Karakhéna », estime le responsable local, qui pointe également les limites des moyens d’intervention des agents sur le terrain.

‎De son côté, le chef du village, Ibrahima Keita, déplore les conséquences humaines de cette exploitation anarchique. « Les éboulements sont fréquents et font des victimes. Certains mineurs opèrent la nuit ou se cachent pour extraire du minerai dans des zones interdites », explique-t-il. Il souligne également les difficultés liées à l’identification des personnes présentes sur le site. « Des cartes consulaires ont été envisagées, mais leur application reste insuffisante. Sans contrôle strict, les règles ne sont pas respectées. »

‎Les autorités locales ont pourtant fixé des horaires d’activité, de 8h à 16h, avec des jours de pause hebdomadaire. « Mais ces consignes sont largement ignorées », regrette Ibrahima Keita, qui appelle à un renforcement du dispositif sécuritaire, notamment par l’installation d’une brigade de gendarmerie et d’un poste de contrôle.

Sur le terrain, les agents de sécurité affirment être régulièrement pris pour cible. Martin Jonas Ndécky, superviseur de la sécurité du site, témoigne : « Presque tous les agents ont subi des agressions. Personnellement, j’ai été attaqué à la machette récemment. » Il évoque également des jets de pierres et d’autres violences. « Dans certaines zones, on peut compter des centaines, voire plus d’un millier de personnes. Lorsque nous tentons de confisquer du matériel, nous sommes immédiatement pris à partie. »

‎Pour ce responsable, la situation dépasse désormais le cadre local. « Nous faisons face à un problème majeur qui pose des enjeux de sécurité. Plusieurs plaintes ont été déposées, et nous avons sollicité à plusieurs reprises l’appui des forces de défense et de sécurité, mais la situation persiste. »

La proximité de la frontière malienne et la facilité d’accès au site favorisent cette affluence. « Les infrastructures sur place permettent aux mineurs de s’installer durablement. La route reliant le Mali à Kédougou passe à proximité, ce qui facilite les déplacements », précise-t-il.

‎À Karakhéna, la ruée vers l’or continue ainsi de s’intensifier, dans un contexte marqué par l’insécurité, les accidents et les difficultés de régulation. Les acteurs locaux appellent à une réponse plus ferme des autorités pour reprendre le contrôle de ce site stratégique.




‎Fily cissokho

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