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Cour des comptes : le dossier Intermaq révèle de graves dérives dans la gestion de 85 milliards FCFA

Paiements irréguliers, contrats contestés et matériel défaillant : le rapport provisoire de décembre 2025 met en lumière un système de dysfonctionnements profonds dans la gestion d’un programme agricole d’envergure. Un document de 291 pages qui suscite déjà de vives réactions. Le rapport provisoire n°027 de décembre 2025 de la Cour des comptes met en cause la gestion du programme Intermaq, censé contribuer à la modernisation de l’agriculture sénégalaise. À la lecture de ce rapport, plusieurs irrégularités majeures apparaissent, portant sur un volume financier estimé à plus de 85 milliards de FCFA.

Des paiements massifs sans contrôle suffisant

Parmi les constats les plus préoccupants figure un montant de 22 milliards de FCFA de paiements jugés indus. Selon les observations des magistrats financiers, ces sommes auraient été versées sur la base de factures validées sans vérification rigoureuse du service fait. Une pratique en contradiction avec les règles fondamentales de la gestion publique, qui exigent un contrôle préalable avant tout décaissement.

Ces manquements interrogent sur l’efficacité des mécanismes internes de contrôle et sur le rôle des ordonnateurs dans la chaîne de dépense.

Des flux financiers en espèces pointés du doigt

Le rapport évoque également des retraits en espèces estimés à 7,2 milliards de FCFA. Ces montants auraient été remis à un administrateur privé, dans des conditions jugées peu transparentes. Ce recours massif aux liquidités, inhabituel pour des opérations de cette envergure, soulève des inquiétudes en matière de traçabilité et de sécurisation des fonds publics.

Un contrat en dehors des normes juridiques

Autre point de préoccupation : la signature d’un contrat qualifié de non conforme aux règles en vigueur, notamment celles issues du droit des affaires de l’OHADA. Le rapport souligne des entorses aux procédures classiques de passation des marchés publics, notamment l’usage d’offres spontanées ayant contourné les organes de contrôle habilités.

Cette situation pose la question du respect du cadre réglementaire dans l’attribution des marchés liés aux grands programmes publics.

Des équipements inadaptés aux réalités du terrain

Au-delà des aspects financiers et juridiques, le rapport met en lumière les conséquences concrètes sur le terrain. Une partie du matériel acquis, notamment des tracteurs, serait défectueuse ou inadaptée aux besoins des exploitants agricoles. Dans certains cas, les équipements n’auraient jamais été livrés.

Ces défaillances ont contribué à fragiliser les bénéficiaires du programme, notamment les agriculteurs qui attendaient un appui concret pour améliorer leur productivité.

Un schéma déjà observé dans d’autres dossiers

Les magistrats relèvent des similitudes avec d’autres affaires de gestion publique, notamment celles liées à certains programmes d’électrification ou de numérique. Le recours à des circuits parallèles, la faiblesse des contrôles et les anomalies dans l’exécution des contrats apparaissent comme des éléments récurrents.

Une question centrale : la reddition des comptes

Ce rapport relance le débat sur la gouvernance des finances publiques et la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle et de sanction. Il met en évidence l’importance d’une gestion transparente et rigoureuse des ressources publiques, particulièrement dans des secteurs stratégiques comme l’agriculture.

En attendant la version définitive du rapport et d’éventuelles suites judiciaires ou administratives, ce dossier s’impose déjà comme un test majeur pour les institutions chargées de veiller à la bonne utilisation des deniers publics.

Entre dysfonctionnements administratifs, insuffisances de contrôle et impacts sociaux, l’affaire Intermaq illustre les défis persistants de la gestion publique au Sénégal, et la nécessité d’une réforme en profondeur des pratiques de gouvernance.

Par imam chroniqueur
Babacar Diop

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