À Dodel, dans le département de Podor, l’hivernage ravive chaque année le même sentiment d’abandon. Entre pluies abondantes, montée des eaux et saturation du bac assurant la traversée du fleuve, les habitants de cette partie enclavée de l’île à Morphil lancent un nouvel appel aux autorités : la construction d’un pont pour désenclaver durablement la zone.

Dans cette commune du nord du Sénégal, rejoindre le diéri, vaste zone sylvo-pastorale, ou rallier le walo, espace agricole situé dans l’île à Morphil, devient un véritable défi dès les premières fortes pluies. Le fleuve gonfle, les déplacements se compliquent et les risques d’accidents augmentent.
Unique moyen de liaison entre l’île à Morphil et la Route nationale 2, le bac peine aujourd’hui à absorber l’affluence quotidienne des populations, du bétail et des marchandises. Sous une pluie battante, Daouda Wade, ancien conseiller rural et notable de Dodel, décrit une situation devenue, selon lui, insoutenable.
« Depuis des décennies, nous vivons l’enclavement. Chaque hivernage apporte son lot de difficultés », déplore-t-il, estimant que cette localité ne mérite plus de rester coupée du reste du pays.
Pour les habitants, les conséquences dépassent largement les simples difficultés de transport. Les agriculteurs dénoncent les longues distances imposées pour accéder à leurs terres situées dans le walo. Pendant ce temps, les cultures en pleine maturation restent vulnérables aux attaques d’oiseaux granivores, souvent avant même que les producteurs puissent traverser le fleuve pour intervenir.
Les jeunes de Dodel multiplient ainsi les manifestations et marches de protestation afin de réclamer la construction d’un pont entre Dodel 1 et Dodel 2. Selon eux, cet ouvrage permettrait non seulement de fluidifier la mobilité, mais surtout de réduire les nombreux cas de noyades enregistrés dans la zone.
Car au-delà de l’enclavement économique, la traversée du fleuve représente aussi un danger permanent pour les élèves. Chaque matin, des dizaines d’enfants et d’adolescents convergent vers les berges pour rejoindre les établissements scolaires situés sur la route nationale. Dans la précipitation, les embarcations sont souvent surchargées, provoquant régulièrement des chavirements dramatiques.
Parents d’élèves et habitants évoquent avec inquiétude ces accidents récurrents qui endeuillent parfois les familles durant l’année scolaire. Pour beaucoup, la construction d’un pont apparaît désormais comme une urgence sociale et sécuritaire.
Si les populations saluent les efforts entrepris ces dernières années pour améliorer le réseau routier dans le Fouta, elles estiment toutefois que le désenclavement de l’île à Morphil reste inachevé.
« Nous demandons aux nouvelles autorités de penser à notre situation. Un pont entre Dodel 1 et Dodel 2 changerait profondément la vie des populations », plaide Daouda Wade, qui évoque également le souhait de voir un jour une liaison établie entre Démette et Boghé, de l’autre côté de la frontière mauritanienne.
Dans cette partie du Fouta, où le fleuve nourrit autant qu’il isole, les habitants espèrent désormais que leurs voix finiront par franchir les eaux de l’oubli.
Par imam chroniqueur
Babacar Diop
