Un Conseil interministériel sur les infrastructures s’est tenu ce jeudi 21 mai 2026 au Building administratif Président Mamadou Dia, sous la présidence du Premier ministre Ousmane Sonko. Cette réunion de haut niveau a permis de dresser un diagnostic approfondi des blocages affectant le portefeuille national d’infrastructures et d’arrêter onze mesures destinées à accélérer leur mise en service, leur achèvement ou leur valorisation.

Un portefeuille de 245 projets et actifs sous revue
Les données consolidées par les départements ministériels font état de 245 actifs et projets d’infrastructures, répartis en quatre grandes catégories :
- 30 infrastructures achevées mais non mises en service, dont 25 bloquées, représentant 279 milliards FCFA d’investissements gelés ;
- 23 actifs déjà en service mais susceptibles de recyclage ou de valorisation, estimés à 1 065 milliards FCFA ;
- 94 projets en cours de réalisation, dont 62 bloqués, pour un montant global de 5 227 milliards FCFA, nécessitant encore 973 milliards FCFA pour achèvement ;
- 97 biens immobiliers et fonciers valorisables, dont 91 situés à Dakar, évalués à 132 milliards FCFA (12,1 milliards FCFA pour leur rénovation).
Des blocages structurels multiples
L’analyse met en évidence des blocages d’ordre :
- financier (58 % des cas sur les projets en cours) : insuffisance de crédits, retards de paiement ou absence de financement ;
- technique (19 %) : défauts de coordination, problèmes de raccordement (eau, électricité, télécoms), équipements incomplets ;
- juridique (15 %) : litiges, contrats suspendus, absence de cadre institutionnel ;
- opérationnel (8 %) : absence de modèle de gestion ou de mise en exploitation malgré l’achèvement.
Le gouvernement souligne également 13 projets achevés ou quasi achevés mais non opérationnels, illustrant un déficit de gouvernance et de planification de l’exploitation.
Onze mesures structurantes pour une nouvelle gouvernance des actifs publics
Le Premier ministre a arrêté un ensemble de mesures articulées autour de deux axes : une gouvernance renforcée et une stratégie de valorisation des actifs publics.
1. Mise en place d’une Task Force interministérielle
Un comité inclusif, placé sous sa présidence, sera créé pour :
- finaliser l’inventaire des infrastructures ;
- suivre l’exécution des décisions ;
- élaborer une feuille de route d’ici le 30 juin 2026 ;
- définir les modèles de gestion et les responsabilités.
2. Accélération de la mise en service des infrastructures achevées
Plusieurs projets prioritaires sont ciblés :
- infrastructures portuaires et maritimes (Foundiougne, Soumbédioune, Ndangane, etc.) ;
- Maisons de la Jeunesse et de la Citoyenneté dans plusieurs régions ;
- fermes villageoises et agropoles ;
- infrastructures sportives et culturelles.
Le gouvernement privilégie les partenariats public-privé pour leur exploitation.
3. Reprise des projets bloqués
Parmi les projets concernés figurent notamment :
- l’Université du Sine-Saloum ;
- les Espaces numériques ouverts (ENO) ;
- des aéroports régionaux ;
- le terminal à conteneurs de Ndayane ;
- l’hôpital Aristide Le Dantec.
4. Nouvelle stratégie de valorisation des actifs publics
Le gouvernement entend transformer les infrastructures sous-utilisées en sources de revenus à travers :
- concessions et baux emphytéotiques ;
- location et cession de droits d’usage ;
- partenariats public-privé via des structures comme le FONSIS, la SOGEPA, ou encore la COSIVRA ;
- réaffectation et synergies interministérielles.
5. Optimisation du patrimoine diplomatique et des infrastructures stratégiques
Le gouvernement prévoit également la valorisation :
- du patrimoine immobilier des missions diplomatiques ;
- des infrastructures de transport, sanitaires et universitaires ;
- des sites naturels et parcs nationaux ;
- ainsi que de certains actifs des armées, notamment le centre aéré de Guéréo.
Une nouvelle doctrine de l’investissement public
À travers ces décisions, les autorités affichent une volonté claire : mettre fin aux infrastructures inachevées ou inutilisées et instaurer une culture de performance, de responsabilité et de rentabilisation des investissements publics.
Cette réforme structurelle marque une étape importante vers une gestion plus intégrée et plus efficace du patrimoine public, dans un contexte de rationalisation budgétaire et de recherche de nouveaux leviers de croissance.
