Le climat au sein du Cadre unitaire syndical des enseignants du moyen et du secondaire (CUSEMS) est loin d’être apaisé. Le syndicat traverse une crise interne aiguë, désormais portée devant la justice, autour d’un présumé détournement de 30 millions de F CFA lié à l’organisation d’un congrès.

L’affaire oppose principalement deux anciens responsables : Ndongo Sarr, ancien secrétaire général du syndicat, et Bassirou Biaye, aujourd’hui prévenu pour diffamation après avoir publiquement accusé son collègue de falsification de signature et de détournement de fonds.
Des accusations publiques à l’origine du conflit
Tout est parti d’une publication sur un groupe WhatsApp d’enseignants en septembre 2025. Bassirou Biaye y affirme que Ndongo Sarr aurait falsifié la signature du trésorier de l’époque, Alioune Diouf, afin de procéder au décaissement de 30 millions de F CFA. Dans son message, il soutenait que ce retrait était irrégulier et dénonçait un “vol de bien commun”, des propos qui ont conduit Ndongo Sarr à engager une procédure pour diffamation et à réclamer 5 millions de F CFA de dommages et intérêts.
Bassirou Biaye assume ses accusations devant le tribunal
Devant le tribunal correctionnel de Dakar, Bassirou Biaye a confirmé ses propos. Il explique avoir réagi après avoir été interpellé sur le décaissement dans un groupe d’enseignants : « Ndongo Sarr a falsifié la signature d’Alioune Diouf pour accéder aux fonds… 30 millions en un seul coup, c’est choquant. »
Selon lui, la procédure normale n’aurait pas été respectée, rappelant l’exigence de double signature entre le trésorier et son adjoint pour toute opération bancaire. Il affirme également que l’ancien secrétaire général avait promis de rembourser les sommes, sans que cela ne soit suivi d’effet.
La défense de Ndongo Sarr : un décaissement régulier pour le congrès
De son côté, Ndongo Sarr rejette les accusations de détournement. Il reconnaît avoir procédé au décaissement, mais affirme que l’opération était parfaitement légale et liée à l’organisation d’un congrès syndical. Selon lui 25 millions de F CFA étaient destinés à l’organisation du congrès et 5 millions de F CFA au fonctionnement du syndicat Il soutient également avoir la qualité et l’habilitation nécessaires pour signer les chèques au nom de la structure.
Le témoignage clé du trésorier de l’époque
Entendu comme témoin, Alioune Diouf a contredit cette version. Il affirme avoir découvert le retrait lors de la consultation d’un relevé bancaire, sans en avoir été informé au préalable. Il parle clairement de falsification de signature et indique que le collectif avait saisi la justice, ajoutant que les fonds n’ont jamais été restitués malgré des promesses initiales.
Une co-signature qui disculpe partiellement la défense
Fait important dans le dossier : la trésorière adjointe de l’époque, Binta Gueye, a partiellement confirmé la version de Ndongo Sarr. Elle affirme avoir co-signé le chèque et participé au retrait des fonds avec lui, expliquant que le décaissement intervenait dans un contexte d’urgence organisationnelle à un mois du congrès. La défense, assurée par Me Adama Fall, plaide au contraire la relaxe de Bassirou Biaye, estimant qu’il n’a fait que relayer une information dans un souci de transparence syndicale. L’avocat a également annoncé une plainte en retour contre son adversaire. Le parquet, pour sa part, a requis l’application stricte de la loi pénale. Le tribunal rendra sa décision le 2 juillet 2026.
Cette affaire, au-delà du contentieux financier, met en lumière les tensions internes et les fragilités de gouvernance au sein d’un syndicat influent du secteur éducatif sénégalais.
Par imam chroniqueur
Babacar Diop
