Lors de la prière de l’Aïd célébrée à la grande mosquée Moussanté de Thiès, l’imam ratib Tafsir Babacar Ndiour a livré un sermon à forte portée sociale et politique, abordant des questions de gouvernance publique, de représentation parlementaire et de gestion des finances de l’État.

Une interpellation directe des élus
Dans son message, l’imam a rappelé la mission fondamentale des députés siégeant à l’Assemblée nationale du Sénégal. Selon lui, un parlementaire ne doit pas se considérer comme le représentant d’un parti ou d’un leader politique, mais exclusivement comme celui du peuple.
Il a ainsi dénoncé certaines dérives du système électoral basé sur des listes nationales, qu’il estime parfois responsables de la promotion de profils insuffisamment préparés à exercer des responsabilités législatives. Cette situation contribuerait, selon lui, à affaiblir la qualité de la représentation démocratique.
Des critiques sur les dépenses publiques
L’imam a également insisté sur la nécessité de revoir le train de vie de l’État. Il s’est interrogé sur la pertinence de certaines dépenses institutionnelles, notamment l’acquisition de véhicules coûteux pour les structures publiques.
Dans son sermon, il a appelé à une meilleure rationalisation des ressources publiques, estimant que celles-ci doivent être prioritairement orientées vers les besoins essentiels des populations.
Appel à un audit des finances publiques
Dans une déclaration marquante, l’imam Ndiour a plaidé pour un audit global et rigoureux de la gestion des finances de l’État. Il a notamment évoqué le rôle que devraient jouer les institutions de contrôle comme l’OFNAC et la Cour des comptes du Sénégal dans l’évaluation du train de vie de l’administration publique.
Selon lui, la transparence et la reddition des comptes sont indispensables pour renforcer la confiance entre gouvernants et gouvernés, et garantir une gestion saine des ressources nationales.
La question sensible des bourses étudiantes
Abordant le volet social, le religieux a également évoqué la situation des étudiants, en particulier ceux issus de milieux modestes. Il a déploré les difficultés liées au paiement des bourses, qu’il considère comme un facteur aggravant les inégalités sociales et les tensions dans le pays.
Réactions et débat public
Ces déclarations, relayées dans l’espace public, ont suscité de nombreuses réactions. Certains saluent un discours courageux face aux enjeux de gouvernance, tandis que d’autres estiment que les prêches religieux devraient éviter les terrains politiques.
Un débat récurrent au Sénégal
Cet épisode relance une question sensible : la place des guides religieux dans le débat public. Entre engagement citoyen et neutralité spirituelle, les interventions des figures religieuses sur les questions d’État continuent de nourrir des discussions profondes au sein de la société.
Dans un contexte marqué par des attentes fortes en matière de transparence, de justice sociale et de bonne gouvernance, ce sermon illustre une fois de plus l’imbrication entre sphère religieuse et enjeux politiques dans l’espace public sénégalais.
Par imam chroniqueur
Babacar Diop
