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Tenez bons et Continuez !!! (Par Moustapha Petit Gueye)

Il est courant de dire que le système renait de ses cendres. On aura beau vouloir le changer ou le désintégrer, il trouvera toujours des subterfuges pour renaitre ou se réinventer. Notre pays a connu beaucoup de révolutionnaires, anti système, qui avaient fini dans le ventre du système. C’est un monstre qui attire ses pourfendeurs et finit par les bouffer. Qui plus est lorsqu’on détient le système, lorsqu’on est le système. Eh oui, le système c’est le pouvoir. Ses instruments sont l’argent des fonds politiques et du budget de l’Etat, le foncier, les nominations aux postes de responsabilité et le contrôle des forces de défense et de sécurité et de la justice. Le Président de la République et son Premier Ministre sont le système. C’est dans la manière de gérer leurs nouveaux leviers de pouvoir qu’ils vont perpétuer le système ou le transformer.  

Notre nouveau Président veut un changement systémique. Le changement systémique implique des transformations profondes et structurelles au plan social, économique, culturel, politique et même environnemental. Cela va demander du temps et de la persévérance. Toute initiative de changement systémique va rencontrer des résistances. C’est normal et naturel, les êtres humains préfèrent rester dans leurs privilèges et zones de confort. Nous avons tous une certaine immunité au changement. Les initiatives de changement systémique ne se négocient pas et ne peuvent pas être différées. Elles se mettent en œuvre ici et maintenant tout de suite. C’est dans l’action de changement que se produira le changement, pas dans l’intention. C’est l’action qui produira le résultat.

Depuis quelques semaines nous constatons des initiatives de dénigrement du Premier Ministre. S’il était resté opposant, je n’allais pas prendre ma plume pour l’encourager parce qu’il a survécu à tous les complots les uns plus inimaginables que les autres. A plusieurs reprises, il a été flingué et enseveli. A chaque fois, il s’est de lui-même ressuscité. En tant qu’opposant, Sonkoétait un expert de la survie et de la renaissance. Maintenant qu’il est au pouvoir et Premier Ministre, il a une nouvelle vulnérabilité ; il va falloir qu’il apprenne aussi à encaisser, à discerner et à esquiver pour continuer sa trajectoire. Les missiles ou les glaives vont venir de partout et souvent même simultanément. Pendant que Sonko est sous les missiles, on entend quelques « ninki nanka » tresser des lauriers au Président Diomaye tout en voulant stimuler son Ego contre son Premier Ministre. Ces francs-tireurs ont une stratégie pour isoler le Président pour pouvoir l’approcher et le ferrer. Sonkoles gêne, il représente un bouclier pour le président ; ils cherchent à se débarrasser de Sonko.  Leur stratégie est de casser le duo Diomaye-Sonko. Lorsque Sonko disparaitra, les courtisans et les griots vont revenir au-devant de la scène pour entourer Diomaye et ainsi ressusciter le système. Je suis quasiment sûr qu’ils sont en train de cuisiner leurs épouses, leurs marabouts et leurs parents dans les coulisses.

Mon papier est une alerte et un encouragement au Président de la République et au Premier Ministre. Il n’a jamais été vu nulle parts dans le monde un changement ou une transformation systémique se produire en 3 mois. Votre ambition va se réaliser dans le temps. N’ayez aucun complexe, travaillez en ayant à l’esprit le futur. Vous ferez le point à mi-mandat dans deux ans et demi et vous verrez quels réglages seraient nécessaires à faire, sinon continuez, soyez dans l’action et mettez en pratique l’ensemble de vos idées ; mêmes celles-là qui semblent être les plus osées. C’est dans l’audace qu’il y a le changement et la transformation systémique. Nos compatriotes ont développé une immunité au changement. Les changements sont naturellement inconfortables pour tout le monde. Nos mentalités ont été sabotées par la colonisation et les indépendances. La corruption est devenue un phénomène sociétal et s’est intégrée dans le ciment de notre cohésion sociale. Elle devenue un mode de vie pour socialiser, faire des largesses pour en retour recevoir des louanges et des appréciations positives qui finiront par être capitalisées sous forme d’électeurs. D’ailleurs il est socialement attendu que ceux sont nommés à des postes de responsabilité dans l’Etat soient riches et font des largesses. Transformer les mentalités pour en finir avec cette manière de travailler et de socialiser ne sera pas chose aisée, mais il faudra le faire. Le système a des tentacules jusque dans leciment de notre cohésion sociale. Certaines familles maraboutiques sont attributaires de centaines d’hectares destinés à l’agriculture. Les héritiers des guides religieux font des morcellements et vendent des terrains dont ils détournent ainsi l’objet de l’attribution initiale. Est-ce que ces terres seront récupérées et redistribuées aux cultivateurs? Beaucoup de jeunes deviennent des talibés agricoles et ne perçoivent aucun salaire pour leurs efforts. Est-ce qu’ils seront considérés comme des employés, payés et bancarisés ? Les donneurs de leçons et objecteurs de conscience les plus bavards ne veulent pas payer les impôts de leurs structures et cherchent des subterfuges pour faire reculer les services des impôts. Si cela aboutit, qui paiera alors les impôts dans ce pays ? Nos impôts sont familièrement appelés l’argent du contribuable ; ils doivent servir à financer les services de base et le bien-être collectif. Ce qui a toujours dérangé le peuple est le manque de transparence dans l’utilisation de l’argent du contribuable par les dirigeants. La perception la plus partagée est que nos dirigeants ont toujours utilisé l’argent du contribuable pour leurs privilèges et leur luxe de pacotille. Attention au peuple, ce concept fourre-tout dont il faut discerner plusieurs entités. Le peuple inféodé qui est d’accord avec ses dirigeants choisis pour lesquels il a voté ; il les défendra vaille que vaille contre vents et marrées ; le peuple déçu parce défait aux dernières élections et qui sera toujours en opposition de toute nouvelle initiative ; le peuple discerné qui souhaite la réussite des nouveaux dirigeants mais qui est alerte. Ce peuple discerné écoute et regarde espérant que les nouveaux dirigeants feront exactement ce qu’ils avaient promis de faire une fois élus. Ce peuple discerné est patient et silencieux mais il attend que les nouveaux dirigeants engagent sans délai les réformes de restructuration de l’administration publique, la rationalisation des agences, une nouvelle loi de finances qui diminuera le train de vie de l’Etat et réorientera les ressources publiques vers l’industrialisation, l’emploi des jeunes et le développement des terroirs. Le peuple n’est jamais homogène, il est hétérogène, versatile et dynamique. Tout le monde clame tout haut la nécessité de changements systémiques et personne ne veut se l’appliquer. Le changement systémique pour les autres et jamais pour soi. Les changements profonds nécessaires pour notre pays se feront dans la manière de penser, la manière d’être en relation et de socialiser aussi bien en famille que dans la société, dans notre manière de travailler, dans notre redevabilité vis-à-vis du service public et dans l’expression de notre citoyenneté et de notre patriotisme en tout temps et tous lieux. Le changement systémique, c’est aussi l’argent aux producteurs paysans. Est-ce qu’on aura une augmentation du prix au producteur à la fin de l’hivernage ? Si le prix du kilogramme d’arachide au producteur était fixé à 1000 francs CFA, je suis sûr que les foules de jeunes se déplaceraient vers les champs. Une tonne, Un million. L’espoir de devenir millionnaire à la fin de l’hivernage ne laissera aucun jeune en rade et réduirait certainement les départs vers barsax.

Tenez bons et continuez !!!

Petit GUEYE

Ancien Maire de Sokone

Coach de Leadership Transformationnel.

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