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Ziguinchor/Exploration des Érudits Tidjanes du Sénégal: À la rencontre des lieutenants de Cheikh Ahmad Tidiane cachés dans nos 14 régions

Imam Cheikh Fansou Bodian, le guide des âmes à Bignona

El Hadji Ousmane Fansou Bodian, figure éminente de l’Islam en Casamance, a marqué la région de son empreinte indélébile par ses actions en faveur de l’éducation et de la vulgarisation de la foi. Né en 1942 à Diégoune, il fut initié dès son jeune âge à l’apprentissage du Coran par son père, Arfang Mamadou Kyang Bodian. Porté par une soif de savoir insatiable, le jeune Fansou s’immergea dans les écrits classiques tels que le Lakhdari, l’Asmamiya et l’Ibnou Mouhaibi, qu’il maîtrisa avec brio dès l’âge de 14 ans, témoignant ainsi de sa précocité intellectuelle.

Sa quête de connaissance le conduisit à quitter Diégoune pour poursuivre ses études à Bignona, puis à Sédhiou, avant de s’envoler vers la Mauritanie. Sous la tutelle du Chérif Mohamed Al Hafize Ben Harech Allawi Aïdara, il approfondit son savoir, achevant l’étude du Rissala en 1961. De retour à Diégoune, il s’imprégna des réalités culturelles locales tout en cultivant sa pratique spirituelle.

Son séjour à Kaolack fut décisif : là, il rencontra la noble famille Niassène et s’inspira de la sagesse intemporelle de Cheikh Ibrahima Niass et de sa lignée. Initié à la Tarikha Tidjaniya, cette expérience enrichit sa piété et nourrît son désir d’unir les diverses traditions islamiques du Sénégal. Cette influence le poussa à poursuivre ses études à Dakar, à l’école franco-arabe d’El Hadj Ibrahima Niasse, où il obtint son Baccalauréat en 1964. Grâce à l’ouverture de la famille Niassène sur le monde, il parcourut divers pays tels que la Mauritanie, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, où il décrocha une licence en 1970.

De retour en Casamance, Imam Fansou Bodian se consacra avec ferveur à l’éducation et à la promotion de la langue arabe. En 1972, il inaugura sa première école à Bignona, dans des huttes installées chez lui, avant que les bâtiments de la mission catholique ne deviennent des classes en 1975, illustrant ainsi son esprit d’ouverture. Il initia la création de plus de 300 écoles à Bignona et dans les régions avoisinantes, formant plus de 350 enseignants et accueillant plus de 12 650 élèves. Ses écoles se distinguèrent par une approche novatrice : au-delà de la mémorisation du Coran, les élèves apprenaient à lire, parler et traduire l’arabe dans leur langue maternelle, préparant ainsi des maîtres pour les villages reculés tout en promouvant l’alphabétisation des jeunes filles.

La collaboration avec les villages fut essentielle à la réussite de son projet éducatif. Imam Fansou se déplaçait personnellement pour proposer l’ouverture d’une école, ou une délégation villageoise venait témoigner de son désir. Les villages prenaient alors en charge la construction des salles de classe, tandis que chaque parent d’élève s’acquittait d’une modeste contribution pour le salaire du maître.

Grâce à l’essor des écoles dans plusieurs localités du département de Bignona, il gagna en visibilité et fit la connaissance de Serigne Cheikh Mouhamadou Mourtada Mbacké, fils cadet du fondateur du Mouridisme, Cheikh Ahmadou Bamba. Le soutien du marabout mouride fut déterminant, notamment lorsqu’il lui offrit un terrain pour établir l’école Al Azhar, en hommage à la grande université islamique du Caire.

Parallèlement à son œuvre éducative, il joua un rôle clé dans la quête de paix en Casamance. En tant que médiateur, il rencontra régulièrement des leaders du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC), tels que Salif Sadio et César Atoute Badiate, et œuvra pour le dialogue interreligieux aux côtés du Cardinal Théodore Adrien Sarr, prônant l’unité, la tolérance et le pardon.

Imam Fansou Bodian est également l’initiateur du Gamou de Bignona, un événement annuel qu’il lança en 1990, devenu un rassemblement spirituel majeur attirant des fidèles de la sous-région, d’Europe et d’Amérique. Sa contribution à la diffusion de l’Islam est reconnue au-delà des frontières sénégalaises : en 1999, la Syrie lui décerna le diplôme de prêcheur international, et en 2000, il fut nommé Imam Ratib de Bignona.

Aujourd’hui encore, l’érudition, l’humilité et l’engagement d’Imam Fansou Bodian continuent d’inspirer les générations. Son œuvre éducative, sa quête de paix et son dévouement à la propagation de l’Islam font de lui une figure incontournable, non seulement en Casamance, mais dans toute l’Afrique de l’Ouest.

Seydi Diallo enseignant à l’IEF de Guinguinéo

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