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Accès à l’information : le juge Ibrahima Hamidou Dème annonce une plainte contre le Premier ministre et le ministre des Finances

Dakar – Le juge Ibrahima Hamidou Dème a tenu, ce mercredi 28 janvier 2026, une déclaration de presse au cours de laquelle il a dénoncé le non-respect par les plus hautes autorités de l’État de la loi n°2025-15 du 4 septembre 2025 relative à l’accès à l’information. Estimant que ce manquement constitue une violation grave de la loi et un recul préoccupant en matière de transparence, il a annoncé son intention de déposer plainte contre le Premier ministre ainsi que le ministre des Finances et du Budget.

Revenant sur le contexte politique issu de l’élection présidentielle du 24 mars 2024, le juge Dème a rappelé que le choix exprimé par le peuple sénégalais traduisait une aspiration forte à la rupture, à l’éthique publique et à une gouvernance fondée sur la responsabilité et la transparence. Selon lui, cette exigence démocratique devait se traduire par une lutte plus résolue contre les infractions économiques et financières, à travers des mécanismes à la fois répressifs et préventifs.

C’est dans cette perspective qu’il a situé l’importance de la loi sur l’accès à l’information, longtemps réclamée par la société civile et présentée par le gouvernement comme une avancée majeure pour la démocratie. Cette loi vise notamment à garantir aux citoyens un accès effectif à des informations publiques fiables, afin de renforcer le contrôle citoyen et d’assainir le débat public.

Dans un souci qu’il qualifie de pédagogique et citoyen, le juge Ibrahima Hamidou Dème indique avoir saisi, le 8 janvier 2026, la Présidence de la République, la Primature et le ministère des Finances par des courriers officiels. L’objet de sa démarche portait exclusivement sur la communication du montant exact des fonds spéciaux alloués au Président de la République et au Premier ministre pour les exercices budgétaires 2025 et 2026. Il précise que sa demande ne concernait ni l’utilisation ni la destination de ces fonds, mais uniquement leur montant, régulièrement sujet à spéculations dans l’opinion publique.

Or, plus de quinze jours après l’introduction de la demande, aucun des trois organes saisis n’a donné suite, ni par une réponse positive, ni par un refus motivé. Une situation que le magistrat considère comme une violation caractérisée des articles 17, 18 et 19 de la loi, lesquels encadrent strictement les délais de réponse des administrations publiques aux demandes d’information.

Pour le juge Dème, ce silence administratif est d’autant plus préoccupant qu’il émane des plus hautes autorités de l’État, pourtant garantes de l’application des lois. Il y voit une persistance des pratiques d’opacité du passé, en contradiction avec les engagements de rupture affichés par les nouvelles autorités.

Il établit par ailleurs un lien direct entre la rétention d’informations publiques et la prolifération des fausses nouvelles. Selon lui, en refusant de fournir des données officielles sur des sujets sensibles, l’État crée un vide informationnel propice aux rumeurs et à la désinformation, tout en poursuivant paradoxalement des citoyens pour diffusion de fausses nouvelles.

Estimant que la crédibilité de la lutte contre la désinformation passe par l’exemplarité de l’État, le juge Ibrahima Dème annonce avoir décidé d’activer les mécanismes de sanction prévus par la loi sur l’accès à l’information. Il entend ainsi déposer plainte contre le Premier ministre et le ministre des Finances et du Budget pour refus d’accès à l’information, infraction prévue et punie par l’article 30 du texte.

Enfin, il a rappelé que la redevabilité constitue, selon lui, un principe fondamental de toute démocratie. « On ne peut exercer de hautes fonctions publiques sans accepter l’obligation de rendre compte dans la transparence », a-t-il souligné, insistant sur le caractère crucial de cette exigence dans un pays confronté à de nombreux défis sociaux et économiques.

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