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Blanchiment d’argent et escroquerie sur les deniers publics : une mécanique bien huilée mise à nu par la CENTIF !

En 2024, les atteintes aux deniers publics continuent de peser lourd dans le paysage des infractions financières. Parmi elles, l’escroquerie sur fonds publics combinée au blanchiment de capitaux constitue une menace croissante, aussi bien pour la gouvernance publique que pour la stabilité économique. Les derniers rapports de la CENTIF mettent en lumière des schémas complexes et bien rodés, à travers lesquels des personnes politiquement exposées (PPE) parviennent à détourner, dissimuler et recycler d’importants montants issus du Trésor public.

Une infraction de plus en plus répandue

L’escroquerie sur les deniers publics se distingue par l’utilisation de manœuvres frauduleuses pour obtenir des fonds de l’État sans justification légitime. En 2024, elle figure parmi les six infractions les plus préoccupantes selon la CENTIF. Si les procédés de base restent les mêmes – obtention indue de fonds publics – les circuits utilisés pour blanchir l’argent deviennent de plus en plus sophistiqués.

Un schéma type : manœuvres bancaires, prête-noms et sociétés écrans

Les typologies recensées par la CENTIF montrent une série d’opérations récurrentes : ouverture de multiples comptes bancaires, réception de virements publics sans cause économique, achats de bons de caisse et de dépôts à terme, nivellement de comptes à travers dépôts en espèces et chèques, etc. Ces opérations sont souvent réalisées au nom de sociétés commerciales ou civiles, et parfois au nom de simples particuliers, utilisés comme prête-noms.

Un élément clé de ces montages est le recours aux SCI (sociétés civiles immobilières), souvent non déclarées à l’administration fiscale. Ces entités servent de véhicules pour capter, dissimuler et redistribuer l’argent public détourné.

Le cas ALPHA : illustration d’un blanchiment à grande échelle

Parmi les dossiers récents traités, le cas de Monsieur ALPHA, une personne politiquement exposée, retient particulièrement l’attention. Entre 2017 et 2024, plusieurs dizaines de milliards de francs CFA ont transité sur ses comptes personnels, sans qu’aucune attribution de marché public ne puisse justifier ces virements. L’enquête de la CENTIF révèle que ces fonds provenaient directement d’une administration publique, et qu’ils ont été recyclés via des instruments financiers comme les bons de caisse, les dépôts à terme et les bons anonymes.

Plus troublant encore, une grande partie des fonds a été transférée à des SCI créées au nom des frères de M. ALPHA, mais dont il est en réalité le bénéficiaire effectif ultime. Ces SCI étaient inconnues de l’administration fiscale, ce qui a contribué à entretenir l’opacité du montage.

Des implications graves pour la gouvernance

Au-delà de la fraude individuelle, ces cas révèlent de graves défaillances systémiques. L’implication directe ou indirecte de PPE, l’utilisation de structures juridiques complexes, et la faiblesse des contrôles fiscaux créent un environnement propice à la grande corruption.

La CENTIF, en saisissant le Procureur du Pôle judiciaire financier (PJF), a permis la saisie conservatoire de plus d’une dizaine de milliards de FCFA, gelant temporairement les avoirs concernés. Mais cette intervention, bien qu’efficace, arrive après des années de transactions douteuses.

Que faire pour stopper l’hémorragie ?

Face à ces pratiques, plusieurs leviers doivent être activés :

Renforcer la surveillance des PPE et de leurs mouvements financiers ;

Encadrer la création et le fonctionnement des SCI, avec obligation de déclaration fiscale et transparence des bénéficiaires effectifs ;

Améliorer la coordination entre les institutions : banques, services fiscaux, justice, agences de passation de marchés ;

Former les acteurs du secteur financier à détecter les signaux faibles du blanchiment de capitaux ;

Mettre fin à l’impunité, par des poursuites systématiques et des sanctions exemplaires.

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