La Coalition Nationale de Transparence et de Suivi Budgétaire (CNTSB) tient depuis ce matin, à Dakar, une table ronde d’analyse budgétaire et de suivi des investissements publics dans des secteurs clés tels que l’agriculture et la sécurité alimentaire, la gestion des ressources naturelles, y compris pétrolières et gazières, ainsi que l’emploi des jeunes et la migration.
Cette rencontre de deux jours s’inscrit dans le cadre du Programme d’Appui à la Société Civile pour une meilleure Gouvernance (PASC), financé par l’Union Européenne. Elle vise à renforcer les initiatives de contrôle citoyen dans la gouvernance des finances publiques.
Présidant cette rencontre, Amadou Kanouté, président de CICODEV et de ladite coalition, a présenté les points saillants d’une étude qui a motivé la tenue de cet événement.
« Les résultats de l’étude que nous avons menée sur le terrain ne sont pas encourageants. Il faut dire que cette étude a été réalisée dans les régions de Sédhiou, Saint-Louis, Kédougou et Dakar. Elle a concerné plus de 25 projets publics. Dans ces quatre régions, les groupes de suivi budgétaire, qui ont travaillé avec l’équipe de consultants que nous avons engagée, ont constamment été confrontés à l’inaccessibilité de l’information budgétaire et à l’absence de données sur le taux de réalisation des projets.
Une tendance lourde que nous avons également notée, c’est que durant les premières années des projets analysés, il ne se passe pratiquement rien. Le taux d’exécution est quasi nul. Cela traduit un manque d’efficacité dans la mise en œuvre des projets et dans l’utilisation de nos ressources », a-t-il souligné.
Face à cette situation, plusieurs recommandations ont été formulées. « Les consultants ont proposé la mise en place de mécanismes de reddition de comptes permettant de suivre l’utilisation des ressources et les taux d’exécution des projets financés par les fonds publics. Ils recommandent aussi l’usage de plateformes digitales permettant de suivre l’état d’avancement des projets ou, à l’image de certains ministères, l’organisation de revues annuelles conjointes réunissant tous les acteurs pour faire le point sur les réalisations. Ce sont là des mécanismes de redevabilité qu’il nous faut propager à l’échelle nationale. Il faut les mettre en œuvre à tous les niveaux. »
Il a également souligné que l’information reste trop centralisée à Dakar : « Chaque fois que les groupes locaux de suivi budgétaire ont tenté d’obtenir des informations, on les a renvoyés à Dakar. L’information doit être accessible localement, surtout lorsque le projet concerne ces localités. Cela vaut autant pour le secteur public que pour le secteur privé. Les citoyens, les organisations de la société civile et les collectivités locales doivent pouvoir échanger sur ces problématiques », a conclu M. Kanouté.
En effet, le contrôle des finances publiques, longtemps limité aux aspects de régularité financière et comptable, s’est aujourd’hui élargi au contrôle de performance. Celui-ci porte non seulement sur des opérations financières spécifiques, mais aussi sur l’ensemble des activités du secteur public, y compris les systèmes d’organisation et d’administration, afin d’évaluer l’efficacité, l’efficience et l’économie de l’action publique.
Il convient de rappeler que cette table ronde ambitionne de mettre en lumière les effets réels des investissements publics sur la vie des populations, entre 2021 et 2023, dans les secteurs précités (agriculture, sécurité alimentaire, gestion des ressources naturelles, emploi des jeunes, migration) dans les régions de Sédhiou, Kédougou, Saint-Louis et Dakar. Elle vise également à formuler des recommandations pour alimenter le dialogue structuré sur la migration et l’emploi des jeunes, et pour améliorer le rendement des investissements publics dans la perspective de la formulation et de l’exécution du budget 2026.

