Après cinq jours de tournée dans la région de Ziguinchor, le ministre des Forces armées, Yankhoba Diémé, dresse un bilan positif de sa mission. Entre message de paix, annonces sur les infrastructures, hommage aux forces de défense et de sécurité et clarification de ses positions politiques, le ministre a également répondu aux accusations de « trahison » portées contre lui.

Envoyé par le président de la République auprès des autorités religieuses et coutumières de Casamance, Yankhoba Diémé vient de boucler une visite de proximité qui l’a conduit dans plusieurs localités de la région de Ziguinchor. Une tournée placée, selon lui, sous le signe de la paix, du développement et de l’écoute des populations. La dernière étape de son périple l’a conduit dans l’arrondissement de Kataba 1, à l’occasion de la ziara de Chérif Mahfouz Aidara. Le khalife général des chérifs y a formulé des prières pour la paix définitive en Casamance et la stabilité du Sénégal.
Le ministre a indiqué avoir recueilli les préoccupations des autorités religieuses, coutumières et communautaires rencontrées au cours de sa tournée. Des doléances qui, pour la plupart, s’inscrivent déjà dans le cadre du Plan Diomaye pour la Casamance. En tant que fils de la région, il entend jouer le rôle de relais entre les populations et le chef de l’État.

La route Bona-Diouloulou au cœur des priorités
Sur le volet du développement, Yankhoba Diémé a évoqué plusieurs chantiers considérés comme prioritaires pour le désenclavement de la région. Il a notamment annoncé que le président de la République a demandé au ministère des Infrastructures de finaliser l’étude de faisabilité de la route Bona-Diouloulou, avec l’intégration du tronçon Kataba-Dar Salam. Le ministre a également rendu hommage aux forces de défense et de sécurité pour leur engagement dans la stabilisation de la Casamance. Il estime que les efforts consentis sur le terrain ont contribué à pacifier et à apaiser une région longtemps confrontée au conflit.
« Ils disaient que je ne pourrais plus revenir en Casamance »
Cette tournée a aussi été l’occasion pour Yankhoba Diémé de répondre à ceux qui prédisaient un rejet de sa personne dans la région à la suite de ses choix politiques. Natif de Casamance, où il a grandi et effectué sa scolarité jusqu’au baccalauréat, le ministre s’est félicité de l’accueil reçu à Ziguinchor, Bignona et Sindian, dans son Fogny natal.
Il a particulièrement salué la jeunesse de Bignona, qui, selon lui, n’a pas répondu aux appels au boycott et aux tentatives de mobilisation contre sa tournée. Il accuse certains responsables politiques adverses d’avoir tenté de créer la confusion en diffusant notamment de « vieilles vidéos ».

Accusations de « trahison » : Yankhoba Diémé contre-attaque
La question politique a occupé une place importante dans son bilan. Yankhoba Diémé est notamment revenu sur la polémique née de propos qui lui ont valu des accusations de « trahison » envers la Casamance. Selon lui, ses déclarations ont été sorties de leur contexte et découpées de manière à ne retenir qu’une partie de son raisonnement. Pour répondre à ses détracteurs, le ministre s’est livré à une démonstration en trois temps.
La thèse, d’abord : certains considèrent que ses choix politiques auraient privé la Casamance d’une possibilité de voir l’un de ses fils accéder à la magistrature suprême.
L’antithèse, ensuite : Yankhoba Diémé s’interroge sur la cohérence de ce raisonnement. Si le fait de ne pas privilégier un candidat casamançais constituait une « trahison », alors comment qualifier le choix effectué en 2024 par les responsables politiques qui ont porté la candidature de Bassirou Diomaye Faye plutôt que celle d’un fils de la Casamance ?
La synthèse, enfin : pour le ministre, il n’y a eu de trahison dans aucun des deux cas. Le choix de Bassirou Diomaye Faye répondait, selon lui, à la conviction qu’il s’agissait du meilleur choix pour le Sénégal.

« Pas de pierres, mais du travail de terrain »
Face aux jeunes et militants de son mouvement politique Kiraï, Yankhoba Diémé a également appelé à éviter toute forme de violence, qu’elle soit physique ou verbale. « Je vous appelle à ne pas vous occuper à jeter de pierre à qui que ce soit », a-t-il lancé, invitant ses partisans à privilégier le travail politique de proximité. Son mot d’ordre : aller sur le terrain, construire les structures du mouvement et convaincre les citoyens, « de porte à porte, de mosquée à mosquée, d’église à église ».

Le ministre assume son engagement politique
Interpellé sur son implication politique alors qu’il occupe le portefeuille des Forces armées, Yankhoba Diémé assume son engagement. Il rappelle avoir exercé comme technocrate avant son entrée en politique et revendique désormais son rôle au sein de Kiraï. Mais il estime qu’il faut distinguer l’engagement politique de ses responsabilités institutionnelles. À ce titre, il souligne que le ministère des Forces armées a historiquement été confié majoritairement à des civils. Il insiste surtout sur la distinction entre la stratégie militaire, qui relève de l’armée, et la politique globale de sécurité, sur laquelle le ministre peut, selon lui, communiquer avec les citoyens.
Au terme de cette tournée, Yankhoba Diémé présente ainsi son action gouvernementale comme un « devoir sacerdotal », fondé sur la planification, la protection des citoyens et l’action concrète sur le terrain. Une manière pour le ministre de réaffirmer à la fois son ancrage casamançais, son engagement politique et sa volonté de défendre son bilan au sein du gouvernement.
