L’horizon de l’émergence économique sénégalais s’assombrit à nouveau, non pas sous le poids de la conjoncture internationale, mais sous les coups de boutoir de nos propres démons politiques. Alors que le peuple attend des solutions face à la cherté de la vie et à une dette publique élevée, la classe politique a choisi de retourner à ses jeux favoris : la conquête et la conservation du pouvoir pour elles-mêmes.

Le divorce, désormais acté, a été officialisé ce week-end au King Fahd Palace. La décision de réactiver la coalition Diamoye sans le parti détenant la majorité parlementaire marque une rupture nette. Cet événement scelle la fin de toute médiation possible. Nous entrons de plain-pied dans une séquence de confrontation ouverte. Les rivalités de positionnement vont désormais structurer la vie du gouvernement et de l’espace politique, reléguant au second plan l’indispensable projet de transformation économique et sociale.
Le Sénégal s’engage ainsi dans une période de turbulences politiques dont la dynamique économique, déjà éprouvée, fera les frais. La politique politicienne a, une fois de plus, pris le dessus sur l’urgence sociale. Jusqu’à quand resterons-nous prisonniers de cette boucle infernale où des querelles personnelles pour le pouvoir priment sur l’intérêt national ?
La cassure est désormais affichée à la tête de l’État. Une cohabitation est inévitable, mais de quelle nature sera-t-elle ? Notre système institutionnel, marqué par un hyperprésidentialisme hérité de l’histoire, ne permet pas une gestion bicéphale apaisée, surtout lorsque les deux têtes de l’exécutif – le Président et le Premier Ministre – nourrissent la même ambition pour la prochaine présidentielle.
Contrairement à d’autres régimes, le chef de l’État sénégalais concentre l’essentiel des leviers du pouvoir. Comme le rappelait Tocqueville, « c’est le pouvoir qui arrête le pouvoir ». Or, ici, les contre-pouvoirs sont quasiment inexistants durant le mandat présidentiel. Le Président peut, par décrets, contourner ou pousser à la démission un Premier ministre devenu encombrant. Dans ce contexte, impossible d’espérer une « cohabitation douce ». Nous risquons plutôt une dyarchie conflictuelle, un duel rude aux conséquences potentiellement dévastatrices pour la marche de la République.
Face à cette impasse, on peut craindre que le chef de l’État utilise les importants moyens financiers et matériels à sa disposition pour tenter de reconstruire une base électorale. En installant à des postes clés des responsables politiques en quête de reconnaissance, il pourrait tenter de peser sur les équilibres parlementaires et locaux. Toutefois, ces manœuvres, si elles perturbent le jeu politique, ne suffiront probablement pas à garantir un nouveau mandat.
Une question existentielle demeure : combien de temps encore le peuple sénégalais devra-t-il être pris en otage par ces rivalités ? Combien de temps le progrès économique et social sera-t-il sacrifié sur l’autel des ambitions personnelles ? Il est urgent de rompre avec cette logique infernale pour que l’émergence cesse d’être un mirage.

