
Lors d’un Conseil interministériel inédit, tenu ce 23 mai 2025 , le gouvernement a présenté une série de mesures structurantes pour faire de l’ESS un levier clé du développement économique et social.
Le gouvernement sénégalais a franchi un cap important dans sa politique économique en consacrant, pour la première fois, un Conseil interministériel exclusivement dédié à l’économie sociale et solidaire (ESS). Présidée par le Premier ministre Ousmane Sonko, la réunion du 21 mai a permis d’acter plusieurs mesures destinées à structurer ce secteur souvent marginalisé, mais au rôle socio-économique crucial.

L’ESS regroupe une diversité d’acteurs — coopératives, mutuelles, associations, groupements d’intérêt économique (GIE) — qui participent activement à l’économie nationale. En zones rurales, ces structures concentrent près de 70 % des emplois non agricoles. En milieu urbain, elles représentent une part importante de l’économie informelle. Pourtant, elles souffrent d’un manque de reconnaissance institutionnelle, de financements adaptés et d’un accompagnement technique limité.

« Ce Conseil est un signal fort. Nous avons désormais une boussole claire pour renforcer l’ESS et lui donner les moyens de son ambition », a déclaré le ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire, Alioune Dione, à l’issue de la rencontre.
Cinq grands axes ont été retenus :
• Gouvernance renforcée : La mise en place du Conseil national de l’ESS et l’adoption prochaine des décrets d’application de la loi d’orientation de 2021.
• Structuration du secteur : Création d’un fichier unique des organisations de l’ESS pour mieux les formaliser et les accompagner.
• Accès au financement : Lancement d’un fonds dédié à l’ESS, mobilisation des instruments de finance islamique et inclusive.
• Formation et professionnalisation : Déploiement d’un programme national de renforcement des capacités.
• Commandes publiques : Réservation d’un quota de marchés publics pour les structures de l’ESS.

Le gouvernement entend également organiser des assises nationales de l’ESS d’ici la fin de l’année, avec une large participation des acteurs de terrain, des collectivités territoriales et des partenaires techniques et financiers.
« L’ESS est un pilier de notre souveraineté économique. Elle porte des valeurs de solidarité, de justice sociale et d’ancrage territorial. Il était temps qu’elle soit reconnue à sa juste valeur », a souligné le Premier ministre.

Sur le terrain, les acteurs saluent cette initiative mais restent prudents. « Ce sont des annonces encourageantes, mais nous attendons des actes concrets. Il faut aller vite pour que ces mesures ne restent pas lettre morte », confie Fatoumata Diouf, présidente d’une coopérative agricole à Kolda.
Ce tournant stratégique pourrait, s’il est bien mis en œuvre, repositionner l’ESS comme un véritable levier de transformation structurelle de l’économie sénégalaise.

