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Éducation : Accords, environnement scolaire, numérique à l’école, Mamadou Talla dit tout

C’est un ministre heureux du dénouement de la crise scolaire liée à la longue grève des enseignants que nous avons trouvé à son domicile, à Dakar, le samedi 5 mars courant. La rencontre a permis de faire un tour global sur le secteur de l’éducation au Sénégal. Sans détour, Mamadou Talla, dans cet entretien exclusif, s’est félicité de l’accord trouvé avec les syndicats d’enseignants. Après avoir salué et souligné l’action du Chef de l’État dans la recherche d’une issue heureuse à la crise scolaire, le Ministre de l’Éducation nationale estime que ces accords historiques doivent se traduire par une stabilité dans le secteur de l’éducation et de la formation pendant plusieurs années. Il précise qu’il n’y aura pas de prolongement de l’année scolaire.

Monsieur le Ministre, après des mois de crise marqués par la grève des enseignants, le Gouvernement a pu trouver un accord avec ces derniers. Quel est le sentiment qui vous anime aujourd’hui ?

D’abord, rendre grâce à Dieu et son Prophète (Psl). C’est un sentiment du devoir accompli à tous les niveaux. Dans l’histoire du Sénégal, je pense que c’est rare de voir un Gouvernement accéder à des revendications jusqu’à atteindre cette enveloppe financière. Et c’est le lieu de remercier et de féliciter le Chef de l’État qui a fait preuve de générosité et de volonté. Pour son Excellence le Président Macky Sall, l’éducation n’a pas de prix ; mais a un coût. Un sentiment de satisfaction également pour l’attitude responsable des représentants syndicaux qui étaient à la table de négociation avec nous. Je voudrais aussi saluer l’engagement et la mobilisation des partenaires comme le Comité national du dialogue social, les membres de la société civile actifs dans l’éducation, les fédérations des parents d’élèves et les nombreuses bonnes volontés qui ont apporté leur concours décisif. Une mention spéciale au Gouvernement, notamment aux Ministres des Finances et du Budget, à celui de la Fonction publique et du Renouveau du service public, au Ministre du Travail mais aussi mon collègue de l’Emploi, de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Insertion. C’est d’autant plus rassurant quand on sait que l’apaisement de l’espace scolaire a toujours été pour nous la première priorité sur l’ensemble des cinq priorités que j’avais définies. Quand le système éducatif est bloqué, quand on arrive à un dénouement, on ne peut être que soulagé. Car, à un moment, on a vu les parents se lever et manifester, les élèves sortir pour dire qu’ils veulent étudier. Toute la communauté éducative, notamment les enseignants, ont fait preuve de responsabilité. La société civile, le ministère, le Gouvernement, nous avons tous tiré vers la même direction.

Que répondez-vous à ceux qui pensent que c’est encore un accord sur un autre accord (référence à celui de 2018) ?

À mon avis, il n’y a aucune ambiguïté sur les accords que nous avons signés. Pas du tout. Le Gouvernement a pris des engagements fermes après une analyse fine de ses contraintes et de ses possibilités budgétaires. Des simulations claires ont été faites par des services techniques et des échéanciers précis sont fixés. S’agissant des accords de 2018, ils ont été respectés, surtout pour le volet financier. Donc je ne pense pas que ce soit un accord sur un accord.

Que peut-on retenir exactement de ces accords que le Gouvernement vient de signer avec les syndicats d’enseignants en termes d’avancées ?

On peut noter des avancées significatives dans l’amélioration des conditions de vie des enseignants. Tous les segments du régime indemnitaire des enseignants ont été améliorés. Des augmentations de 100 % et parfois de 220 % ont été notées. Pour être concret, à titre d’exemple, l’instituteur obtient une augmentation de 80 000 FCfa au minimum, le professeur obtient des augmentions qui varient entre 150 000 FCfa et 195 000 FCfa, l’Inspecteur aura des augmentations qui frôlent les 350 000 FCfa, c’est inédit. Les administrateurs scolaires n’ont pas été oubliés. Il s’agit des inspecteurs d’académie, des inspecteurs de l’éducation et de la formation (Ief), des secrétaires généraux, des proviseurs, des censeurs, des intendants, des chefs des travaux, surveillants généraux, des directeurs d’école, etc. ; en un mot, tous les segments des fonctions dirigeantes. Ces actions montrent à suffisance que le Président de la République accorde une grande importance à l’éducation des jeunes de son peuple et que l’éducation est et demeure une priorité de premier ordre pour l’État du Sénégal.

Pensez-vous que ces avancées constituent une réponse adéquate à la stabilisation de l’espace scolaire ?

Au regard des efforts louables faits par le Gouvernement, nous estimons que ces accords historiques doivent se traduire par une stabilité dans le secteur de l’éducation et de la formation pendant plusieurs années. En tout cas, c’est notre souhait et nous travaillerons pour gagner ce pari.

La base syndicale des enseignants a exprimé quelques doutes sur l’application des nouvelles mesures financières. Quelles sont les assurances à fournir sur cette question ?

L’État du Sénégal a toujours honoré tous les engagements financiers de 2018. Des assurances, si je devrais en donner, je leur donne rendez-vous à la fin du mois de mai sur leur bulletin de salaire comme indiqué par le Ministre des Finances et du Budget.

Qu’en est-il de la question des indemnités liées aux examens qui, très souvent, constituent un problème ?

Il y a eu beaucoup d’avancées sur le plan du traitement des indemnités de manière globale. Il faut reconnaître que des dispositions sont prises concernant les indemnités des examens. Même dans l’accord de 2018, tous les engagements financiers avaient été respectés. En ce qui concerne le paiement des indemnités de correction aux différents examens, on avait convenu de payer ces indemnités au plus tard le 30 novembre de chaque année. Nous l’avons respecté. Dans le passé, ce paiement a été source de perturbation, ce qui n’est plus le cas maintenant. Malgré toute cette batterie de mesures, on a revu tous les segments du régime indemnitaire des enseignants. Il restait une partie qui concernait la revalorisation de l’indemnité des examens. Là également, le Gouvernement est ouvert au dialogue puisque ça concerne le budget de fonctionnement du ministère de l’Éducation nationale. Nous avons tenu une rencontre avec l’ensemble des acteurs et nous allons vers la hausse de ces indemnités. Une première rencontre a été tenue. Nous allons nous revoir encore, car c’est un décret qui fixe ces indemnités. Je peux dire que nous allons vers une révision de cette indemnité. Je rappelle que ce décret qui fixe ces indemnités existe depuis 2009 et a été modifié en 2017. Nous allons réviser ce décret. C’est dire que nous sommes dans une logique de compréhension, d’ouverture, tout en restant dans la soutenabilité, car quand on prend un engagement, on doit le respecter.

Le temps perdu durant cette crise reste aussi une équation pour les acteurs de la communauté éducative. Avez-vous évalué la situation ?

Conformément aux instructions du Chef de l’État lors du Conseil des Ministres du 2 mars dernier, nous avons mis en place un dispositif d’évaluation de l’impact des perturbations dans le déroulement des enseignements-apprentissages scolaires. Cette étude a révélé qu’environ 28 jours (à la date du 18 février dernier) ont été perdus. Et c’est surtout dans le moyen secondaire que la grève a été plus ou moins ressentie, principalement à la fin du mois de janvier et le mois de février. Nous avons convoqué tous les inspecteurs d’académies (IA) pour faire le point par académie. En réalité, depuis cinq ans, cette année scolaire (2021-2022) est la plus longue avec 1270 heures de cours prévus alors que la norme internationale, selon la Banque mondiale et Unesco, est de 900 à 1000 heures. Donc vous comprendrez qu’il n’y a aucun risque pour les élèves qui sont dans les classes d’examen, ni pour ceux qui sont dans les classes intermédiaires. L’expérience du ministère de l’Éducation nationale dans les situations d’urgence sera encore de mise pour une bonne prise en charge de l’intérêt de l’élève. Aujourd’hui, avec le réaménagement de l’année, la réduction des vacances de fin de second semestre, le dispositif numérique, nous sommes en mesure de dire que nous allons dépasser largement les 900 heures qui étaient prévues comme d’habitude. Nous ne sommes pas inquiets pour le quantum horaire, car l’année scolaire se poursuit jusqu’au 31 juillet prochain. Donc il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

Comment tout cela doit se traduire dans la pratique ?

Après de larges concertations avec les acteurs administratifs et pédagogiques, nous avons pris quelques mesures. Il s’agit du réajustement des programmes scolaires ; le réaménagement du calendrier des examens scolaires ainsi qu’il suit : pour le Cfee, l’examen est prévu les 22 et 23 juin 2022, le Bfem à partir du 21 juillet 2022. En ce qui concerne le Bac, le ministère de l’Éducation nationale, en concertation avec le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, retiendra une date de commun accord. Les compositions du 1er semestre pour le moyen secondaire se dérouleront du 6 au 13 avril 2022. La tenue des compositions du 2ème trimestre est fixée à partir du 24 mars pour l’élémentaire. Pour le 2ème trimestre, les congés seront réduits. Les classes vaqueront du vendredi 1er avril à 18h au mardi 5 avril 2022 à 8h. Ces dispositions seront accompagnées par le déploiement des ressources numériques à travers nos plateformes comme promet.education.sn, canaleducation.sn et sur la chaîne de télévision Canal Éducation, etc. Elles seront aussi appuyées par des séances de renforcement pédagogique et de remédiation ; la systématisation de l’encadrement des élèves en classe d’examen et la mise en place d’un dispositif de suivi-évaluation.

Que pensez-vous d’un report des examens et d’un prolongement de l’année scolaire comme le préconisent les élèves ?

Il n’y aura pas de prolongement de l’année scolaire. Elle se terminera le 31 juillet comme prévu. Les examens et les évaluations ont subi quelques réaménagements. Rassurez-vous. Le Sénégal a déjà démontré à la face du monde sa capacité à être résilient dans le domaine de l’éducation avec la crise sanitaire liée à la Covid-19.

Monsieur le Ministre, le statut de certains enseignants reste encore une préoccupation dans le secteur. Qu’est-ce qui est en train d’être fait dans ce sens ?

Il faut rappeler qu’avec le Président Macky Sall, c’est la titularisation intégrale. Notre ambition est de régulariser tous les corps pour que chaque enseignant soit revalorisé et motivé. Depuis 2019, chaque année, c’est pratiquement, 2500 à 3000 nouveaux enseignants qu’on recrute. Avant même qu’on nous donne l’autorisation de recruter en urgence, dès le mois de janvier, le Président de la République nous avait instruit de regarder le déficit en tables-bancs et en enseignants dans le système. Cette étude que nous avions faite, pour une durée de cinq ans, nous orientait vers le recrutement de 4700 nouveaux enseignants cette année. Le Président de la République nous a instruit d’en recruter 5 000. Ce nombre nous permet de régler le gap ne serait-ce que dans l’élémentaire. On peut dire qu’aujourd’hui, on est à l’aise. Dans le moyen secondaire, des réaménagements sont en cours. Des concours s’organisent au niveau de la Fastef, des formations à distance à l’Ugb. Ça nous permettrait, à termes, d’être à l’aise. Par contre, ce qu’il faut signaler, c’est que nous avons pratiquement 457 000 nouveaux élèves chaque année en Ci au public et au privé. Ce qui appelle un nombre d’enseignants élevé, sans oublier les classes, les tables-bancs. C’est ce problème structurel qu’il faut régler. Alors que chaque année, sur les 457 000 élèves qui arrivent, nous n’avons que 50 000 en moyenne qui arrivent à avoir le Baccalauréat. Ça veut dire que c’est en amont qu’il faut se préparer pour avoir suffisamment d’enseignants pour que cette demande extrêmement importante qui nous vient de la communauté, ne pose problème comme la création des abris provisoires. C’est ce que nous vivons au Sénégal, au Burkina Faso, au Mali et partout. Nous avons plus de 10 000 établissements dans le public, c’est beaucoup. Mais chaque année, nous ouvrons des classes, des écoles dans l’élémentaire, des collèges, des lycées, mais la demande est forte. Néanmoins, c’est une chance pour nous.

Mais qu’en est-il exactement du sort des enseignants décisionnaires et des maîtres d’éducation physiquv e et sportive (Eps) ?

Il faut préciser que nous avons trouvé un problème assez complexe lié aux enseignants qui s’étaient inscrits à titre privé pour la formation à la Fastef et au Centre national d’éducation physique et sportive (Cneps) de Thiès. Ils ont eu un diplôme mais qui n’était pas une commande de l’État. Malgré cela, quand il s’est agi de recruter 5 000 enseignants, nous avons pris tous ceux qui ont leur diplôme professionnel venant de la Fastef et du Cneps de Thiès. C’est un passif social qui a été réglé et est derrière nous. La Fonction publique est en train de trouver une solution pour les décisionnaires. Comme vous le savez, dans la Fonction publique, il y a des décisionnaires aussi bien dans l’éducation que dans les autres secteurs. Le ministère de la Fonction publique a tenu plusieurs réunions sur cette question. Nous allons vers le règlement de ce problème des décisionnaires. Pour les maîtres d’Eps, le ministère des Sports a aussi pris cette question à bras-le-corps. On va vers la résolution définitive de cette situation.

L’école sénégalaise est encore marquée par le phénomène des abris provisoires malgré les efforts entrepris par l’État. Comment y mettre un terme et quelles sont les politiques développées sur le terrain ?

Le rôle de l’État est d’offrir une éducation de qualité à tous les enfants sans distinction, mais il faut le reconnaître, la demande est forte et diversifiée. On accueille, chaque année, plus de 450 000 nouveaux élèves (public et privé) en CI. Point n’est besoin de rappeler que l’État ne crée pas d’abris provisoires. Dans la quasi-totalité des cas, c’est la communauté qui les crée. Ensuite, les services déconcentrés remontent les demandes et l’État planifie dans un programme de résorption avec l’appui des partenaires publics et privés (Ppp) et de bonnes volontés. À mon humble avis, entre construire un abri provisoire et abandonner les enfants dans la rue, le choix judicieux est d’avoir les élèves à l’école. Je précise qu’avec le lot 1, nous avons remplacé 94 % des 1800 salles prévues, 65 000 mètres-linéaires de mur de clôture sur les 70 000 prévus ont été réalisés compte non tenu des blocs d’hygiène et administratif. S’y ajoute aussi que le lot 3 avec la construction de 1524 salles, de 50 000 mètres-linéaires de mur et des blocs d’hygiène et administratif a démarré. Le coût global de ces 2 lots est estimé à 65 milliards de FCfa. On lancera également bientôt un autre lot ; c’est pour vous dire que l’État est résolument engagé pour le remplacement de ces abris, compte non tenu des constructions de nouvelles écoles, de collèges et de lycées chaque année à partir du Budget consolidé d’investissement (Bci).

Le niveau des enseignants soulève aussi un débat au sein de l’opinion. On parle surtout de la formation initiale et du temps qu’on y consacre aujourd’hui. Quelle appréciation faites-vous de ce sujet ?

Écoutez, au Sénégal, on accède à l’enseignement par voie de concours, sauf cas exceptionnel comme ce qu’on a vécu l’année dernière (5 000 enseignants) pour résorber le gap. Le niveau minimum requis depuis 2015 est le Baccalauréat pour participer au concours d’entrée dans nos écoles de formation des instituteurs. En plus, c’est l’un des concours les plus sélectifs.

On parle de plus en plus de la digitalisation des enseignements-apprentissages et de la généralisation du multilinguisme dans le système notamment dans le préscolaire et l’élémentaire. Où en est-on ?

Avec la Covid-19, il est évident que le numérique s’est avéré indispensable dans beaucoup de domaines, principalement dans l’éducation. Conformément à la volonté du Chef de l’État, outre le Simen (Système d’information du ministère de l’Éducation nationale), nous avons mis en place un projet, « Promet » (Projet du ministère de l’Éducation nationale pour le développement du télé-enseignement à l’école). Et dans quelques jours, vous allez assister à un déploiement intense de la plateforme promet.education.sn qui offre énormément de possibilités pour les élèves, les enseignants et même les parents d’élèves.

le soleil

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