La réforme introduisant les langues nationales dans le système éducatif sénégalais continue d’alimenter les réflexions au sein du monde académique. Spécialiste des langues nationales et auteur en langue mandinka, Nouha Biaye appelle les autorités à accorder une place centrale aux experts pour garantir la réussite de cette transformation pédagogique.

Selon lui, la principale interrogation porte sur la qualité de la formation des enseignants appelés à dispenser les cours en langues nationales. « La maîtrise de la transcription d’une langue ne peut pas se faire en deux semaines pour une personne qui doit ensuite former des élèves », soutient-il, mettant en avant les exigences scientifiques et méthodologiques liées à l’enseignement linguistique.
Une formation jugée insuffisante
Pour le spécialiste, la transcription et la codification des langues nationales obéissent à des règles strictes qui nécessitent un apprentissage approfondi. Une formation accélérée risquerait de produire des enseignants insuffisamment préparés, compromettant ainsi les objectifs pédagogiques de la réforme.
Il insiste sur la nécessité d’allonger la durée de formation afin de permettre aux enseignants d’acquérir à la fois les compétences linguistiques et les approches didactiques adaptées à l’enseignement en langue nationale.
Plaidoyer pour une implication accrue des spécialistes
Dans sa contribution, Nouha Biaye invite le ministre de l’Éducation nationale à associer davantage les linguistes, chercheurs et auteurs des différentes langues codifiées du pays à toutes les étapes du processus. Leur expertise, estime-t-il, constitue un levier essentiel pour bâtir une école véritablement inclusive et en phase avec les réalités sociolinguistiques du Sénégal.
Un enjeu stratégique pour la qualité de l’éducation
L’introduction des langues nationales est perçue par de nombreux acteurs comme un moyen de faciliter les apprentissages, notamment chez les jeunes élèves, en valorisant leur langue maternelle. Toutefois, plusieurs spécialistes rappellent que la réussite d’une telle réforme repose sur la rigueur scientifique, la qualité de la formation des enseignants et la disponibilité d’outils pédagogiques adaptés.
Pour Nouha Biaye, l’ambition doit dépasser la simple intégration des langues nationales : il s’agit de construire un système éducatif capable de former des apprenants compétents, enracinés dans leur culture et ouverts aux savoirs universels. Une perspective qui exige, selon lui, une collaboration étroite et structurée entre décideurs publics et experts linguistiques.

