Dans une déclaration incisive rendue publique ce week-end, Thierno Bocoum, président du mouvement AGIR–Les Leaders, a vivement critiqué la gestion actuelle des finances publiques, qu’il assimile à une gouvernance guidée par une « déformation professionnelle ».
Pour l’ancien député, le pouvoir semble aujourd’hui confondre l’acte de gouverner avec l’art de prélever l’impôt, dans une logique technocratique incarnée, selon lui, par la forte présence des anciens inspecteurs des Impôts et Domaines aux commandes de l’État.
Thierno Bocoum s’interroge sur le sens réel de la récente hausse des recettes fiscales, que le gouvernement présente comme une victoire : « Le gouvernement se félicite d’avoir porté les recettes à 960,26 milliards FCFA au premier trimestre 2025, contre 860,82 milliards l’année précédente. » Une performance certes notable, mais qu’il juge déconnectée des urgences sociales et économiques du pays.
Car dans le même temps, souligne-t-il, les investissements publics s’effondrent : à peine 2,64 milliards FCFA d’investissements exécutés par l’État en T1 2025, et seulement 103,3 milliards toutes sources confondues — soit moins de 11 % du niveau de l’an passé.
« L’État encaisse davantage mais ne réinjecte rien dans l’économie réelle », déplore-t-il, fustigeant une gouvernance « qui prélève mais ne relance pas, encadre mais n’investit plus ».
Thierno Bocoum pointe également la hausse continue de la masse salariale (357 milliards FCFA) et le poids du service de la dette (225 milliards), deux postes budgétaires lourds qui absorbent l’essentiel des ressources, sans retour visible pour les populations.
Selon lui, « même l’entrée dans l’ère pétrolière n’aura été accompagnée d’aucun signal fort, d’aucune politique visible, d’aucune vision mobilisatrice ».
Il regrette l’absence d’un État stratège capable de transformer une embellie fiscale en levier de justice sociale et de développement partagé. Pour lui, les chantiers publics sont à l’arrêt, le BTP suffoque, les ménages s’appauvrissent — et pendant ce temps, l’administration tourne « sans impulsion ».
Sans remettre en cause la compétence des agents des Impôts, Thierno Bocoum alerte sur la « tentation dangereuse de faire d’une spécialité technique une méthode de gouvernement ». Le Sénégal, rappelle-t-il, « n’est pas un centre de collecte, c’est une nation ».
Et de conclure : « Il ne peut y avoir de projet national sans investissement, sans vision, sans redistribution. Gouverner, ce n’est pas équilibrer des bilans. Gouverner, c’est bâtir, c’est distribuer, c’est inspirer. »
