Fonds politiques : Abdourahmane Diouf charge le président de l’Assemblée nationale et dénonce un « double discours »

Le débat sur la réforme des crédits spéciaux, communément appelés « fonds politiques », prend une nouvelle tournure politique. Abdourahmane Diouf, Superviseur général adjoint de KIIRAAY – Les Patriotes Républicains, accuse la majorité parlementaire de vouloir restreindre ces crédits aux seules questions de défense, de sécurité et de renseignement, au détriment des dimensions sociale, humanitaire et religieuse.

La polémique autour de la réforme des crédits spéciaux est loin de s’estomper. Dans une déclaration au vitriol, Abdourahmane Diouf s’en prend directement au président de l’Assemblée nationale et à la majorité parlementaire, qu’il accuse de tenir « un double discours » sur la réforme des fonds politiques.

Selon le responsable de KIIRAAY – Les Patriotes Républicains, la proposition de loi portée par l’Assemblée nationale serait en contradiction avec le discours tenu par son président lors de ses récentes visites auprès de différents foyers religieux.

Une bataille autour de la définition des « crédits spéciaux »

Pour étayer son argumentaire, Abdourahmane Diouf s’appuie notamment sur une lecture comparative des textes proposés par l’Assemblée nationale et des amendements apportés par l’Exécutif. Il cite ainsi l’article 2 de la proposition parlementaire, qui définit les crédits spéciaux comme des crédits budgétaires destinés « exclusivement » au financement des dépenses relatives à la défense nationale, à la sécurité intérieure et extérieure de l’État ainsi qu’aux activités de renseignement. Pour le responsable politique, cette formulation exclut de fait les dépenses à caractère social, humanitaire ou religieux.

À l’inverse, relève-t-il, l’amendement de l’Exécutif élargit le champ d’utilisation des crédits spéciaux en y intégrant notamment « la préservation de l’ordre social », les « valeurs africaines de solidarité, d’entraide et de cohésion sociale », ainsi que les situations d’urgence humanitaire et de détresse sociale.

« Tout est dans l’humain ! », soutient Abdourahmane Diouf, qui estime que l’approche gouvernementale serait davantage conforme aux réalités sociales et culturelles du Sénégal.

L’article 4 au cœur des critiques

Le même débat se retrouve, selon lui, à l’article 4. La proposition de l’Assemblée nationale limite les dépenses pouvant relever des crédits spéciaux à des situations liées à la sécurité publique, à la sûreté et à la défense nationale, aux opérations sensibles, à la protection des sources ou encore aux actions diplomatiques et de renseignement.

L’amendement de l’Exécutif introduit, lui, d’autres dimensions : protection de l’ordre public, préservation de l’ordre social et des intérêts fondamentaux de la Nation, mais aussi valeurs humanitaires, d’entraide, de solidarité et de discrétion.

Pour Abdourahmane Diouf, cette différence traduit deux conceptions radicalement opposées. « Là où la proposition de l’Assemblée nationale réduit les crédits spéciaux à une pure opération technique et froide de gestion, les amendements de l’Exécutif humanisent et socialisent l’utilisation des fonds », affirme-t-il.

« Une proposition anti-sociale et anti-religieuse »

Le responsable de KIIRAAY concentre particulièrement ses critiques sur l’article 5 de la proposition parlementaire, qui prévoit l’exclusion des dépenses à caractère social, politique et des dépenses de fonctionnement courant des institutions.

À ses yeux, cette disposition, combinée aux restrictions prévues à l’article 2, revient à fermer totalement la porte aux interventions sociales et religieuses. Il qualifie ainsi la proposition de loi d’« anti-sociale, anti-religieuse, anti-politique, anti-culturelle » et estime qu’elle serait « totalement déconnectée de nos réalités sénégalaises ».

Pour lui, le texte porterait atteinte aux principes traditionnels de solidarité et au vivre-ensemble, tout en constituant une tentative de « neutraliser les capacités d’action du président de la République ».

Le président de l’Assemblée nationale accusé de « double standard »

Au-delà du contenu de la réforme, Abdourahmane Diouf s’attaque également à la pratique passée du président de l’Assemblée nationale, qu’il accuse d’avoir lui-même largement utilisé les crédits spéciaux lorsqu’il occupait les fonctions de Premier ministre.

« L’ancien Premier ministre a utilisé à fond et sans réserve ses crédits spéciaux, versus fonds politiques, pendant deux ans », affirme-t-il, estimant que les restrictions qu’il souhaite désormais imposer n’auraient pas été appliquées à sa propre gestion.

Le responsable de KIIRAAY s’interroge également sur les procédures ayant encadré l’utilisation de ces fonds et dénonce ce qu’il considère comme une absence de contrôle suffisamment clair.

Il voit ainsi dans la réforme proposée une forme de « double standard » : des règles restrictives pour le président de la République aujourd’hui, alors que, selon lui, les mêmes limites n’auraient pas été observées hier.

La question des foyers religieux

Autre inquiétude soulevée : les conséquences de la réforme sur les bénéficiaires des interventions sociales traditionnellement effectuées à partir de ces fonds. Abdourahmane Diouf estime que les nouvelles règles pourraient exposer davantage les destinataires et porter atteinte à leur dignité et à leur intimité.

Il juge, dès lors, que les amendements proposés par l’Exécutif constituent une tentative de préserver la dimension sociale et solidaire des crédits spéciaux, tout en maintenant les exigences de transparence et de contrôle liées à la gestion des finances publiques.

« Assumez votre discrimination »

En conclusion, le responsable de KIIRAAY adresse un message particulièrement virulent au président de l’Assemblée nationale.

« Au président de l’Assemblée nationale, leader de la majorité désaxée, assumez votre discrimination de nos foyers religieux dans le fléchage des fonds politiques », lance-t-il, estimant que le décalage entre les positions défendues au Parlement et le discours tenu auprès des guides religieux révèle un « double discours ».

Pour Abdourahmane Diouf, l’enjeu dépasse donc la seule question des crédits spéciaux. Il s’agit, selon lui, d’un débat sur la conception même de la République, de la solidarité nationale et du rapport entre les institutions et les réalités sociales et religieuses du Sénégal.

Son mot d’ordre tient en une formule : « La République ! Rien que la République ! »

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