
A trois jours de l’ouverture de la campagne présidentielle et en attendant de savoir ce que mijote notre élite politique toutes chapelles confondues, nous convions nos amis à remiser le débat politique pour nous intéresser à un fait de société très concret,, cette agressivité médiatique qui a fini de transformer cette banale maladie du « SITI »en un vaste marché thérapeutique qui occupe au quotidien d’authentiques tradipraticiens certes, mais aussi une foule de charlatans et usurpateurs uniquement soucieux de gains faciles.
LE SITI TRADITIONNEL
A l’origine, c’est la SYPHILIS qui était désignée dans nos communautés traditionnelles par la locution NDOXUM SITI. Il s’agissait d’une infection des parties génitales se transmettant par voie sexuelle et se caractérisant par la présence d’un chancre au niveau du sillon balano-prepuciel chez l’homme, au niveau des grandes lèvres vaginales chez la femme. Le bacille de SCHAUDIN qui en était responsable était identifié par le test sanguin de BORDET -WASSERMAN -BW .Sa localisation et son mode de transmission l’avaient fait classer par l’imagerie populaire dans le groupe des MALADIES HONTEUSES ,ce qui avait pour effet de retarder son diagnostic et sa prise en charge médicale, et aussi de favoriser son évolution vers les complications et séquelles.Ces complications tardives et héréditaires appelées SYPHILIS TERTIAIRE se manifestaient sous forme de douleurs articulaires aiguës et représentent de nos jours la forme la plus répandue de la maladie.
SYPHILIS, BLENNORRAGIE ou Gonococcie ou encore « Chaude -pisse »-Sopiss -et MALADIE DE NICOLAS-FAVRE constituaient le groupe dit des MALADIES VÉNÉRIENNES, puis,avec l’apparition du SIDA et de quelques autres affections, celui des MALADIES SEXUELLEMENT TRANSMISSIBLES -MST.
Classés dans la rubrique des MALADIES Tropicales, SYPHILIS, PIAN , LÈPRE et PALUDISME étaient durant des décennies à la charge d’une division spécialisée du ministère de la santé, le SERVICE DES GRANDES ENDEMIES dissous il y a un peu plus de vingt ans.
C’est cela, le SITI tel que nous l’avons connu il y a quelques décennies, une maladie alors sensible aux simples PÉNICILLINES.
LE « SITI » CONTEMPORAIN
De nos jours, avec une participation très active des média, cette maladie s’est bonifiée tant dans sa fréquence que dans son contenu pour devenir un gigantesque marché thérapeutique au même titre que celui des céphalées et courbatures -Paracetamol et dérivés – une source quotidienne d’exploitation de la crédulité et du désarroi de populations ne sachant pas trop où donner de la tête face à l’inaccessibilité des soins de qualité.
Il faut dire à propos de cette situation qu’elle engage davantage la responsabilité de nos autorités sanitaires que celle des média.Au Sénégal,en effet, une réglementation jusque là scrupuleusement respectée interdit aux professionnels diplômés de la santé que sont médecins , pharmaciens, chirurgiens-dentistes , infirmiers, Sages -femmes et industries pharmaceutiques toute publicité médiatique relative à leur activité, même en pratique libérale.Et paradoxalement, dans le même moment et dans le même pays, il est permis à n’importe quel quidam de d’enfermer dans le secret de sa cuisine, d’y concocter la médication de son cru et de la proposer directement à la consommation des populations par la voie des média sans avoir à justifier de ses compétences.Ou donc est le sérieux?
Une des conséquences d’une telle situation est illustrée par le cas du SITI qui est devenu un terme « fourre -tout »qui amalgame les douleurs articulaires de la SYPHILIS TERTIAIRE à celles des affections rhumatismales, des arthrites et arthroses, toutes les fièvres vespérales des paludismes chroniques, des anémies sévères, des carences vitaminiques, et aussi toutes les manifestations cutanées de maladies telles L’ECZÉMA, LE LICHEN PLAN,LES DERMATOSES microbiennes,parasitaires et allergiques. Cette large panoplie de symptomatologies qui préoccupent quotidiennement les populations est allègrement ramenée au SITI par des praticiens improvisés dont les moyens techniques et les connaissances cliniques ne permettent pas la pose d’un diagnostic différentiel. Pour l’exploitation de ce vaste marché lucratif, nombre de ces praticiens se contentent de formules -chocs faisant même parfois appel à des versets coraniques afin de mieux accrocher.Leurs carences se signalent dans le contenu de leur argumentaire, car assimiler par exemple le SITI dont la cause est microbienne et la crise hémorroïdaire imputable à une simple fragilisation capillaro-veineuse trahit une ignorance flagrante.
QUELLES SOLUTIONS ?
Chaque citoyen a le droit inaliénable de recourir à la médecine de son choix. En effet, l’élément capital de tout succès thérapeutique reste la confiance. Dès lors il convient de permettre à tout patient de recourir au praticien qu’il honore de sa confiance . Mais cela absout t’il nos autorités de leur devoir de protection de la sécurité sanitaire des populations ? Nous ne le pensons pas, dans la mesure où tout citoyen a le même droit inaliénable de mettre fin à ses jours,ce qui n’empêche en rien la communauté de combattre les tendances suicidaires. Il est clair qu’à défaut d’une législation capable de réglementer un secteur aussi sensible, nos autorités ont l’impérieux devoir de mettre les bouchées doubles dans ce processus de codification de la médecine traditionnelle entamé il y a plus de trente ans -centre Malengo -et qui peine à voir le bout du tunnel.
Si la dénonciation de la présence de centaines d’officines clandestines de pharmacie à TOUBA participe à l’assainissement du secteur sanitaire, la lutte contre ce fléau qui propose n’importe quoi à la consommation des populations devrait aussi être une préoccupation quotidienne de toute autorité sanitaire, du ministère à ses démembrements et aux pharmaciens d’officine. L’association des tradipraticiens -les vrais -elle même verrait ce combat d’un bon œil.
Laba Ba infirmier d’Etat à la retraite
