La régulation des jeux d’argent en Afrique connaît une profonde mutation. Dans plusieurs pays, cette mission autrefois strictement régalienne est désormais partagée, voire confiée, à des prestataires privés étrangers. Parmi eux, la société française SharpVision s’impose comme un acteur incontournable, suscitant à la fois espoirs et inquiétudes.

Des recettes fiscales en forte hausse
SharpVision fournit aux États des plateformes numériques capables de centraliser les données du secteur : montants des mises, transactions financières, profils des joueurs. Grâce à ce suivi en temps réel, les régulateurs publics peuvent contrôler plus efficacement les opérateurs et optimiser la collecte fiscale.
Au Bénin, l’introduction de ce système aurait permis de tripler les recettes issues des jeux de hasard, selon des sources locales. Mais derrière ce succès immédiat se profile une dépendance technique préoccupante : celle d’États contraints de s’appuyer sur un opérateur étranger pour surveiller un secteur stratégique.
Une implantation en pleine expansion
Déjà présente au Mali, au Bénin, en Guinée, au Ghana et en Afrique du Sud, SharpVision multiplie les contrats en Afrique. Ses solutions deviennent rapidement incontournables, plaçant l’entreprise française au cœur du fonctionnement des régulateurs. Une dynamique qui alimente le débat sur la perte progressive d’autonomie des autorités nationales.

Des contrats sans transparence
La question des modalités d’attribution de ces marchés reste sensible. Dans plusieurs pays, aucun appel d’offres public n’a été publié, laissant penser que les accords ont été conclus de gré à gré. Une opacité qui nourrit les interrogations sur la gouvernance d’un secteur où les enjeux financiers sont considérables.
Souveraineté numérique et conflits d’intérêts
Les plateformes de SharpVision donnent accès à une masse de données sensibles : flux financiers quotidiens, comportements des joueurs, transactions en ligne. Les observateurs s’interrogent : ces données sont-elles réellement maîtrisées par les États ou bien transitent-elles vers l’opérateur étranger ?
La polémique s’amplifie avec les liens entre SharpVision et Honoré Gaming, une autre société française spécialisée dans les plateformes de paris. Dans certains pays, Honoré agit comme opérateur technique tandis que SharpVision assure la supervision de la régulation. Un chevauchement qui fait planer le risque d’un conflit d’intérêts majeur.
Un enjeu de souveraineté pour l’Afrique
L’essor de SharpVision illustre une tendance plus large : faute de moyens techniques ou de volonté politique, certains États africains délèguent des missions régaliennes à des prestataires privés étrangers. Si ces partenariats génèrent des recettes fiscales immédiates, ils posent la question cruciale de la souveraineté et de l’indépendance à long terme.
Le débat est désormais lancé : l’Afrique peut-elle durablement confier la régulation des jeux d’argent à des sociétés étrangères sans mettre en péril son autonomie ?
