Kaolack – Campagne arachidière : entre espoirs portés par l’État et tensions persistantes à Nioro

Alors que la campagne de commercialisation de l’arachide se poursuit dans le centre du pays, les attentes des producteurs demeurent élevées, tandis que des tensions continuent de se manifester sur le terrain. À Kaolack, l’Union nationale des consommateurs du Sénégal (UNCS), pôle Centre, livre une lecture nuancée de la situation, saluant l’engagement de l’État tout en alertant sur des dysfonctionnements locaux préoccupants.

La récente tournée du Premier ministre, Ousmane Sonko, consacrée à la filière arachidière, a été perçue par de nombreux acteurs ruraux comme un signal politique fort. Selon l’UNCS, cette présence au contact direct des producteurs a ravivé l’espoir d’une meilleure prise en compte des réalités vécues par les paysans, souvent confrontés à des difficultés structurelles dans l’écoulement de leur production.

« La proximité avec les producteurs et l’écoute de leurs préoccupations constituent une étape essentielle vers des solutions durables », souligne Adnane Dème, coordonnateur du pôle Centre de l’UNCS. L’organisation estime toutefois que la réussite de la campagne ne saurait se limiter à des annonces, mais doit impérativement s’appuyer sur une gouvernance plus équitable et plus rigoureuse de la filière.

Une filière encore fragilisée

Sur le terrain, plusieurs griefs persistent. Le non-respect du prix plancher, l’insuffisance de points de collecte opérationnels, les lenteurs administratives et certaines pratiques spéculatives continuent de fragiliser les petits producteurs. Autant de manquements que l’UNCS juge incompatibles avec les objectifs de relance économique et de justice sociale affichés pour le monde rural.

Au-delà de ces dysfonctionnements techniques, le climat social dans certaines zones suscite également des inquiétudes. À Nioro du Rip, des producteurs dénoncent des comportements qu’ils qualifient d’intimidants de la part d’un responsable administratif local. Des témoignages évoquent une atmosphère de crainte dans des villages comme Thiaré et Diguiraye, affectant le bon déroulement de la campagne agricole.

La question cruciale de la confiance

Pour l’UNCS, ces accusations, si elles venaient à être confirmées, soulèvent une problématique plus large : celle de la relation entre l’administration et les producteurs. « Toute dérive contraire à l’éthique du service public fragilise la confiance et compromet les efforts de réforme engagés dans la filière », avertit l’organisation.

Face à cette situation, l’UNCS appelle les autorités compétentes à intervenir rapidement afin de garantir la protection des producteurs et de restaurer un climat serein. Elle plaide également pour un encadrement administratif plus humain, fondé sur l’accompagnement et le dialogue plutôt que sur la contrainte.

Vers une campagne apaisée ?

Malgré les tensions relevées, l’organisation se veut résolument constructive. Elle réaffirme sa disponibilité à collaborer avec les services techniques et l’ensemble des acteurs de la filière pour parvenir à une campagne de commercialisation de l’arachide équitable et réellement bénéfique aux producteurs.

Entre le volontarisme politique affiché au sommet de l’État et les réalités parfois difficiles sur le terrain, la campagne arachidière 2025 apparaît ainsi comme un test majeur pour la réforme de la filière et pour la crédibilité de l’action publique en milieu rural.

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