A Kolda, la contestation gronde. Dans les communes de Dioulacolon et de Tankanto Escale, les habitants montent au créneau contre un projet de la SENELEC. Ils dénoncent ce qu’ils perçoivent comme « une tentative d’accaparement de leurs terres, au profit d’une future centrale électrique ».

Réunis en assemblée générale, les populations ont fait savoir qu’elles refusent catégoriquement toute cession de terres sans leur accord. Ce qui les ulcère avant tout, c’est la méthode : une procédure administrative qui, selon elles, s’est faite sans réelle concertation avec les communautés locales.
Le porte-parole du collectif, Ousmane Baldé, explique que la SENELEC aurait sollicité auprès des collectivités territoriales de Dioulacolon et de Tankanto Escale une emprise foncière d’environ 400 hectares pour abriter une centrale électrique.
Dans le détail, le secrétaire du comité de veille de Dioulacolon, basé dans la zone de Bantancountouyel, révèle que la demande d’occupation des terres a été transmise au maire de la commune par la Direction principale Qualité et Support, plus précisément le Département Qualité, Sécurité et Environnement de la SENELEC.

Le document serait daté du 7 juillet 2026 et aurait reçu un contreseing le 29 juillet suivant. Dans la foulée, les maires de Dioulacolon et de Tankanto Escale, accompagnés des commissions domaniales, ont effectué une visite sur le terrain pour examiner et valider l’assiette foncière envisagée.
Une visite qui n’est pas passée inaperçue. Les chefs de villages de la zone ont rapidement réagi. Après concertation, ils ont demandé une audience au maire de Dioulacolon afin d’exprimer leurs inquiétudes et d’en savoir plus sur les contours réels du projet.
Face à cette situation, les populations ont décidé de s’organiser. Un comité de veille estainsi mis en place lors d’une assemblée générale, avec un procès-verbal à l’appui, dès le 4 juillet 2026.

Aujourd’hui, le collectif affirme pouvoir compter sur « le soutien d’une quarantaine de villages, via leurs chefs, ainsi que sur des guides religieux et d’autres figures communautaires ».
Pour les contestataires, ces terres sont un patrimoine qui appartient aux populations locales. Ils refusent donc qu’elles soient cédées ou affectées sans une véritable discussion et sans prendre en compte les intérêts des communautés.
Les responsables du mouvement indiquent avoir tenté, en vain, de joindre le maire de Dioulacolon pour obtenir des éclaircissements et ouvrir un dialogue. Cette absence de réponse ne fait qu’attiser la colère dans les villages concernés.
Ousmane Baldé prévient : si aucune solution n’est trouvée, la mobilisation pourrait s’intensifier. Les contestataires se disent prêts à poursuivre leur combat jusqu’au bout, tout en espérant que leurs revendications seront enfin entendues.
Au-delà de la centrale électrique, c’est bien la question de la gestion des terres communautaires qui est au centre de la polémique. Les habitants de Dioulacolon et de Tankanto Escale réclament plus de transparence, une vraie concertation et des garanties solides avant toute décision irréversible sur ces 400 hectares.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la région de Kolda est secouée par ce type de tensions. Depuis plusieurs années, de nombreuses localités se mobilisent dès qu’un projet risque de bouleverser l’affectation des terres.
La commune de Dialambéré en est un exemple marquant. Dans un passé récent, les habitants s’étaient opposés à un projet d’infrastructures agricoles, craignant que de grandes superficies soient retirées à l’usage des communautés sans consultation suffisante.
Ces épisodes révèlent à quel point la question foncière reste sensible dans cette partie du Sénégal. La terre y est un pilier économique et social pour les populations rurales : agriculture, élevage et activités pastorales en dépendent directement. Dès qu’un projet d’aménagement est annoncé, la méfiance s’installe et la mobilisation suit.
La contestation actuelle autour de la centrale électrique s’inscrit donc dans un contexte régional déjà marqué par des tensions récurrentes sur le foncier. Pour les habitants, l’enjeu ne se limite pas à un simple projet : il s’agit de protéger leurs espaces de vie et leurs moyens de subsistance.
Reste à savoir si un dialogue finira par s’ouvrir entre les autorités locales, la SENELEC et les représentants des communautés. Pour l’instant, la situation demeure en suspens, et l’inquiétude, elle, ne faiblit pas.
Mamadou TAMBOURA
Correspondant permanent
