En cette période de forte canicule, le département de Kolda est devenu le théâtre de feux de brousse récurrents et dévastateurs. Mais à Saré Yoba Mballo, la tragédie a pris une tournure apocalyptique. Alors que les fidèles s’apprêtaient à célébrer les derniers jours du mois sacré de Ramadan, un feu, surgi de nulle part et attisé par l’harmattan, s’est abattu sur les concessions.

En quelques heures, le village n’était plus qu’un champ de ruines. Greniers à mil calcinés, bétail emporté par les flammes et habitations en paille totalement dévastées : les populations, prises au dépourvu, ont tout perdu, ne sauvant que l’essentiel : leur vie. L’incendie qui a frappé Saré Yoba Mballo ne s’est pas arrêté au seuil des habitations. Dans sa course folle, attisée par des vents violents, le brasier a franchi les clôtures pour s’attaquer au patrimoine naturel et productif du village. Là où se dressaient jadis des manguiers séculaires, des citronniers et des anacardiers verdoyants, il ne reste aujourd’hui que des arbres carbonisés, dressant leurs branches noires vers le ciel. Les fruits constituaient un complément nutritionnel essentiel pour les enfants du village, particulièrement en cette période de soudure. La destruction des vergers signifie l’anéantissement des récoltes prochaines, privant les familles de revenus cruciaux issus de la vente des fruits sur les marchés locaux de la commune de Dialambéré. Ces arbres jouaient un rôle de rempart contre l’érosion et la chaleur. Leur disparition crée un vide écologique qui rend le village encore plus vulnérable aux aléas climatiques et à la canicule.
Dès l’annonce du sinistre, la cellule d’urgence de l’ONG ASHUDEB a activé un protocole d’intervention rapide. « Cette aide est le fruit d’une amitié sincère entre notre organisation et nos partenaires américains qui croient au développement à la base », a précisé le Directeur exécutif de l’ONG lors de la cérémonie de remise.

Le désastre qui a frappé la commune de Dialambéré a trouvé un écho particulier outre-Atlantique. Grâce au plaidoyer de l’ONG ASHUDEB, une vaste campagne de mobilisation a vu le jour sur le sol américain. Des Américains de tous horizons — des professionnels du secteur privé aux familles solidaires — ont répondu à l’appel pour financer et collecter les fonds nécessaires à cet appui massif. Cette mobilisation illustre la force de la diplomatie humanitaire de proximité.
Dans la région de Kolda, où l’enclavement de certains villages peut ralentir les secours, l’association a fait du temps son principal adversaire. Ce n’est pas seulement une aide qui a été acheminée, mais une véritable structure de soutien psychologique et matériel qui s’est installée au milieu des ruines encore fumantes de Saré Yoba Mballo. Pour les responsables de l’ASHUDEB, cette intervention s’inscrit dans le prolongement naturel de leur philosophie : le développement ne peut se faire sans sécurité humaine. En injectant ces ressources en nature, l’ONG évite aux familles de s’endetter pour remplacer leurs biens les plus élémentaires. « Notre mission ne s’arrête pas à la fourniture de matériel », explique Monsieur Mama Thierno Aidara, le Directeur exécutif : « Elle consiste à dire à ces populations qu’elles ne sont pas seules. Le feu a emporté leurs maisons, mais il ne doit pas emporter leur espoir. »

L’intervention à Saré Yoba Mballo n’est en réalité que la partie émergée de l’iceberg. Au-delà de cette intervention d’urgence, l’Association Humanitairepour le Développement à la Base (ASHUDEB) s’impose comme un acteur incontournable du paysage social à Kolda. Santé, éducation, autonomisation des femmes : c’est toute une stratégie multidimensionnelle au service des populations.
Sur place, la cérémonie de remise s’est transformée en un moment de communion intense. Les visages, marqués par la fatigue et la perte, se sont illuminés à la vue des représentants de l’ONG. Les prières et les remerciements des sages du village ont témoigné de l’impact de ce geste qui vient, selon les mots d’un l’Imam Ratib, « essuyer les larmes de tout un village ».

Par cet acte, l’ASHUDEB confirme son rôle de sentinelle sociale, capable de transformer une tragédie en un élan de solidarité structuré et salvateur. « Nous ne pouvions rester les bras croisés face à une telle détresse humaine. Notre intervention vise à redonner un semblant de dignité et de confort à ces pères et mères de famille qui ont tout perdu en un instant », a confié Monsieur Mame Thierno Aidara le directeur exécutif de l’association lors de la remise.
L’aide, estimée à une valeur financière très importante, se composait de biens de première nécessité essentiels à la survie quotidienne : de la literie ; des équipements ménagers ainsi que de la logistique. En somme ce sont des commodités que cette association caritive a mis à la disposition des populations de cette contrée reculée du Fouladou profond. Notamment des matelas de couchage et des nattes pour pallier l’urgence du sommeil à la belle étoile, des lots d’ustensiles de cuisine complets, divers outils et instruments de maison pour faciliter la reprise des activités domestiques constituent l’essentiel des dons.
L’arrivée du convoi humanitaire a été accueillie par des cris de joie et une émotion palpable. Pour ces populations de Sare Yoba Mballo, cet appui de l’ASHUDEB est bien plus qu’une simple distribution matérielle ; c’est un message d’espoir qui vient adoucir la douleur et la précarité nées de l’incendie.

Aujourd’hui, si les cendres sont encore chaudes dans les esprits, la solidarité agissante de l’ONG ASHUDEB permet d’envisager une reconstruction plus sereine. Cet élan de générosité rappelle toutefois l’urgence de renforcer les mécanismes de prévention contre les feux de brousse, un fléau qui continue de menacer le développement à la base dans le département de Kolda. Si l’intervention salvatrice de l’ONG ASHUDEB a permis de transformer la détresse de Saré Yoba Mballo en un élan d’espoir, elle marque surtout le point de départ d’une reconstruction nécessaire. La solidarité, bien que déterminante pour apaiser les souffrances immédiates, ne saurait occulter la vulnérabilité persistante des villages de la commune de Dialambéré dans le département de Kolda. Cette catastrophe agit comme un signal d’alarme etl’urgence n’est plus seulement à la réaction, mais à la prévention proactive. Sécuriser durablement le développement à la base devient un impératif de renforcement des mécanismes de lutte contre les feux de brousse, afin que plus jamais le travail de toute une vie ne disparaisse en une seule après-midi.
Mamadou TAMBOURA
Correspondant permanent
