KOLDA : UNE PLATEFORME AGRO-COMMERCIALE AU SERVICE DE TOUTE LA CHAINE DE VALEUR, DE LA PRODUCTION A LA CONSOMMATION

        A Kolda, la plateforme agro-commerciale veut répondre collectivement à l’un des principaux défis du monde rural : trouver des débouchés durables aux productions locales. De la production à la transformation, en passant par le stockage, la commercialisation et la distribution, le dispositif rassemble 1 118 acteurs autour d’un même objectif : mieux organiser les filières et rapprocher les producteurs des consommateurs.

   Sous l’égide du Forum Civil, la plateforme s’inscrit dans une dynamique de structuration des acteurs des différentes chaînes de valeur agricoles. Elle réunit des producteurs, des transformateurs, des commerçants et d’autres opérateurs intervenant dans plusieurs secteurs : maraîchage, aviculture, apiculture et filière cajou. Dans une région où l’activité économique repose en grande partie sur l’agriculture et l’élevage, l’écoulement des productions reste la question centrale. Produire davantage ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir conserver, transformer, transporter, vendre et distribuer dans de bonnes conditions.

Tout commence par la production. Dans les exploitations maraîchères, les producteurs cultivent différentes spéculations destinées au marché local. En aviculture, ils s’investissent dans l’élevage et la production de volailles. L’apiculture fournit du miel et d’autres produits de la ruche, tandis que la filière cajou constitue une autre activité importante pour les producteurs de la région.

L’accompagnement mis en place dans le cadre de la plateforme intervient donc en amont de la commercialisation. Selon M. Aboubacar Camara, le Forum Civil accompagne les acteurs à travers plusieurs actions : formation, dotation en équipements et en unités de production, mise à disposition de tricycles. Ces équipements pèsent dans le fonctionnement quotidien des exploitations. Le transport est un maillon essentiel entre le lieu de production et les points de collecte, de transformation ou de vente. Le tricycle sert au déplacement des intrants, au transport des récoltes ou à l’acheminement des produits vers les marchés. Une fois les produits récoltés ou obtenus, une autre étape commence : la transformation.

Elle permet de prolonger la durée de conservation, de diversifier l’offre et surtout d’apporter une valeur ajoutée. Un produit agricole vendu à l’état brut ne génère pas les mêmes possibilités économiques qu’un produit transformé, conditionné et prêt à être commercialisé. Dans cette logique, les unités de production et de transformation accompagnées dans le cadre de la plateforme constituent un maillon important de la chaîne.

Les acteurs peuvent ainsi mieux valoriser leurs productions. Dans le domaine agricole, cela passe par le tri, le nettoyage, le conditionnement ou la transformation selon la nature du produit. Dans les filières avicole et apicole, la valorisation peut concerner la préparation, le conditionnement et la présentation des produits destinés aux consommateurs.

La formation occupe ici une place essentielle. Elle permet aux acteurs de renforcer leurs connaissances et d’améliorer leurs pratiques en matière de production, de transformation, de gestion et de commercialisation. L’enjeu n’est donc plus seulement de produire, mais de produire en fonction des besoins du marché et de présenter des produits qui répondent aux attentes des consommateurs.

Pour de nombreux producteurs, l’absence de débouchés suffisamment structurés peut entraîner des difficultés d’écoulement. Lorsque plusieurs producteurs arrivent sur le marché au même moment avec des produits similaires, les capacités de vente deviennent limitées. S’y ajoutent parfois les problèmes de transport, de stockage, d’information sur les prix et de mise en relation avec les acheteurs.

La plateforme agro-commerciale cherche précisément à réduire ces contraintes en favorisant la mise en réseau des acteurs. Cette organisation permet aux producteurs de ne plus travailler de manière isolée. Ils peuvent échanger sur leurs productions, identifier les besoins du marché, rechercher des acheteurs et établir des relations avec les transformateurs et les commerçants.

La mise en réseau devient ainsi un outil de commercialisation. Le producteur identifie plus facilement les opportunités, tandis que le commerçant ou l’acheteur dispose d’un accès facilité à une offre organisée. « La mise en réseau permet de faciliter la commercialisation », souligne M. Aboubacar Camaradu Forum Civil. Cette approche transforme progressivement la relation entre les différents acteurs. Le producteur n’est plus uniquement celui qui fournit une matière première. Il devient un maillon d’une chaîne où interviennent également les transformateurs, transporteurs, commerçants et distributeurs.

Après la production et la transformation vient la distribution. Elle consiste à acheminer les produits vers les différents points où ils peuvent être vendus ou consommés. Cette phase nécessite une organisation logistique. Les produits doivent être collectés, transportés et, lorsque cela est nécessaire, stockés avant d’atteindre leur destination finale. Dans ce processus, les tricycles mis à la disposition de certains acteurs facilitent le transport de proximité. Ils permettent notamment de relier les zones de production aux marchés, aux unités de transformation ou aux points de vente. La distribution est donc un élément déterminant de la chaîne de valeur. Un produit disponible dans une exploitation mais difficile à transporter vers le consommateur reste confronté au même problème : celui de l’accès au marché. La plateforme cherche ainsi à rapprocher les différents maillons afin que la production se transforme effectivement en revenus pour les acteurs. A cette organisation traditionnelle s’ajoute désormais une nouvelle dimension : la commercialisation en ligne.

Pour un producteur, présenter ses produits en ligne constitue un moyen supplémentaire de rechercher des clients. Pour le consommateur, elle permet de découvrir plus facilement l’offre disponible et, selon les dispositifs mis en place, de commander les produits sans nécessairement se déplacer jusqu’au lieu de production.

La digitalisation apparaît ainsi comme un prolongement de la mise en réseau. Après avoir rapproché physiquement les acteurs, la plateforme cherche également à les rapprocher par les outils numériques. Cette évolution peut contribuer à diversifier les circuits de commercialisation et à réduire la dépendance à l’égard des circuits traditionnels.

Au bout de cette chaîne se trouve le consommateur. C’est à lui que sont destinés les produits issus des exploitations et des unités de transformation.

L’efficacité de la chaîne dépend donc de la capacité des différents acteurs à travailler ensemble. C’est pourquoi la plateforme agro-commerciale ne se limite pas à une simple mise en relation entre producteurs et acheteurs. Elle vise à créer un environnement dans lequel les acteurs peuvent coordonner leurs activités, partager des informations et rechercher collectivement des solutions aux difficultés rencontrées. Cette démarche qui bénéficie de l’accompagnement de la Coopération espagnole est mise en œuvre à travers le consortium constitué autour du Forum Civil dans les zones de Kolda et de Sédhiou, en partenariat avec l’Association Guné.

Avec ses 1 118 membres, la plateforme représente un réseau important d’acteurs économiques. Sa particularité réside dans la diversité des profils qui la composent : producteurs maraîchers, aviculteurs, apiculteurs, acteurs de la filière cajou, transformateurs, commerçants et autres intervenants de la chaîne. Cette diversité constitue un levier pour développer des relations économiques entre les différents maillons.

L’enjeu est également que la valeur créée par les productions locales profite davantage aux acteurs de la région. Car derrière la question de la commercialisation se trouve celle des revenus. Lorsque le producteur rencontre des difficultés pour écouler sa production, c’est toute la chaîne économique qui est fragilisée. À l’inverse, lorsque les débouchés sont mieux organisés, les perspectives de valorisation des productions deviennent plus importantes.

L’expérience de la plateforme agro-commerciale de Kolda repose ainsi sur une approche intégrée. Il ne s’agit pas uniquement de soutenir la production, mais de prendre en compte l’ensemble du parcours du produit jusqu’à sa consommation.  

La plateforme agro-commerciale de Kolda se positionne ainsi comme un espace de connexion entre le producteur et le consommateur, mais aussi comme un outil de structuration des chaînes de valeur. Son ambition : faire en sorte que les produits issus des terroirs de Kolda et de la Casamance trouvent plus facilement leur place sur les marchés, tout en renforçant les capacités économiques de ceux qui les produisent et les transforment.

Mamadou TAMBOURA
Correspondant permanent

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