Matam : à Thilogne, une ferme intégrée veut transformer 40 hectares en moteur d’emploi et de souveraineté alimentaire

Après Saint-Louis, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Dr Cheikhou Oumar Ba, a poursuivi vendredi sa tournée de suivi de la campagne agricole 2026 à Matam. À Thilogne, il a découvert une ferme intégrée de 40 hectares portée par la SCOOP El Hadji Mama Thiam. Maraîchage, arboriculture, pisciculture, cultures pluviales et production fourragère s’y côtoient avec une ambition : produire davantage, créer des emplois et valoriser durablement les ressources du territoire.

À Thilogne, l’agriculture prend une nouvelle dimension. Créée en 2019, la ferme intégrée de la SCOOP El Hadji Mama Thiam entend démontrer qu’une exploitation agricole peut devenir à la fois un espace de production, un outil d’insertion et un levier de développement local.

Sur un domaine de 40 hectares, dont une partie est actuellement exploitée, la structure développe plusieurs activités complémentaires : maraîchage, arboriculture, cultures pluviales, production fourragère et pisciculture.

Maïs, arachide, niébé, oseille, pastèque, mangue, papaye, moringa, agrumes, banane et Maralfalfa figurent notamment parmi les productions développées sur le site. Un bassin est également consacré à l’élevage de tilapia.

Un modèle agricole intégré

La particularité de la ferme réside dans la complémentarité entre ses différentes composantes. L’objectif est de construire un système de production plus résilient, dans lequel agriculture, élevage et pisciculture peuvent se renforcer mutuellement.

La production de Maralfalfa contribue notamment à l’alimentation du bétail, tandis que les ressources issues de la pisciculture peuvent être valorisées dans le système d’irrigation et de fertilisation.

Cette approche s’inscrit dans une logique d’agroécologie et de valorisation maximale des ressources locales.

Le défi majeur de l’eau

Mais pour changer véritablement d’échelle, la ferme doit encore relever une contrainte majeure : l’accès sécurisé à l’eau.

Les mini-forages actuellement disponibles ne permettent pas de couvrir pleinement les besoins de l’exploitation, particulièrement durant les mois de mars, avril et mai, marqués par un stress hydrique plus important.

Les responsables de la ferme plaident ainsi pour la réalisation d’un forage profond d’environ 180 mètres, accompagné d’un système de pompage solaire et d’ouvrages de stockage et de distribution.

Le projet prévoit également l’installation de deux pivots d’irrigation solaires, chacun pouvant couvrir environ 15 hectares, ainsi que la construction d’un bassin de stockage.

Ces infrastructures permettraient d’étendre progressivement les superficies exploitées et d’intensifier notamment les productions horticoles.

Une première expérience encourageante avec l’oignon

La ferme dispose déjà d’une expérience dans la production d’oignon. Sur un hectare, une première campagne a permis d’obtenir environ 25 tonnes de production avec une quantité limitée de semences.

La récolte ayant été rapidement écoulée, les responsables y voient un signal encourageant quant aux débouchés commerciaux des productions locales.

L’ambition est désormais d’augmenter progressivement les superficies consacrées à l’oignon et à la pomme de terre, tout en poursuivant le développement de l’arboriculture, de la pastèque et des cultures fourragères.

L’agriculture comme réponse à l’emploi des jeunes

Au-delà de la production, la ferme porte également une ambition sociale et économique : offrir des opportunités d’emploi aux jeunes et aux femmes. Depuis sa création, la structure génère plusieurs emplois permanents. Lors des campagnes agricoles, les besoins en main-d’œuvre augmentent et plusieurs dizaines de personnes peuvent être mobilisées pour les travaux de pépinière, d’entretien et de récolte. L’extension des superficies devrait permettre d’accroître davantage ce potentiel d’emplois saisonniers et permanents.

Pour les promoteurs, l’agriculture peut ainsi constituer une réponse concrète aux enjeux d’insertion et contribuer à maintenir les jeunes dans leurs territoires.

Cheikhou Oumar Ba : « La souveraineté alimentaire doit se traduire par des réalisations concrètes »

Au terme de sa visite, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Dr Cheikhou Oumar Ba, a salué une initiative qui illustre, selon lui, la nécessité de partir des réalités du terrain pour construire la souveraineté alimentaire. « La souveraineté alimentaire ne doit pas rester une simple ambition théorique ou un discours. Elle doit se traduire par des réalisations concrètes dans nos territoires. » Le ministre a insisté sur l’importance d’identifier et de mieux accompagner les initiatives locales susceptibles de contribuer à la transformation du secteur agricole. Il a également annoncé la volonté de mobiliser les instruments disponibles pour soutenir et faire émerger davantage de projets de cette nature.

Agriculture et élevage : renforcer les complémentarités

La visite de Thilogne a également mis en lumière la nécessité de renforcer l’intégration entre agriculture et élevage, particulièrement dans une région où l’activité pastorale occupe une place importante. Le développement des cultures fourragères, notamment du Maralfalfa, peut contribuer à améliorer l’alimentation du bétail et à réduire certaines difficultés rencontrées au cours de l’année. L’objectif affiché est donc de favoriser progressivement l’émergence de fermes intégrées, associant production végétale, élevage, pisciculture, valorisation des ressources naturelles et création d’emplois.

Les besoins pour passer à l’échelle

Pour permettre à la ferme de franchir un nouveau cap, plusieurs besoins ont été identifiés : sécurisation de l’eau, mécanisation, accès aux intrants, protection phytosanitaire, conservation des productions et renforcement des capacités techniques. La réalisation du forage profond, l’installation du pompage solaire, l’acquisition d’un tracteur et d’équipements agricoles ainsi que la mise en place d’une chambre froide figurent parmi les principales attentes. La transformation du moringa et des produits issus de l’arboriculture constitue également une piste pour diversifier les revenus et créer davantage de valeur ajoutée localement.

Thilogne, illustration du potentiel agricole de Matam

À travers cette étape de Thilogne, la tournée de suivi de la campagne agricole 2026 met en lumière le potentiel des initiatives portées directement par les acteurs des territoires.

Les 40 hectares de la SCOOP El Hadji Mama Thiam représentent ainsi davantage qu’une superficie agricole. Ils incarnent une ambition : produire localement, créer des emplois, valoriser les ressources naturelles et contribuer à la souveraineté alimentaire. Pour l’État, l’enjeu consiste désormais à identifier ces initiatives, à les accompagner et à créer les conditions de leur changement d’échelle.

À Matam, la tournée agricole se poursuit donc au plus près du terrain, avec une même démarche : écouter les producteurs, identifier les contraintes, valoriser les expériences locales et apporter des réponses concrètes pour faire de l’agriculture un moteur du développement territorial.

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