Tafsir Balla Seck, la perle de la Tarikha dans le Fouta

Dans les terres envoûtantes du Fouta, au cœur de la région de Matam, dans la commune de Nabadji Civol, s’étend le légendaire village de Mogo Tafsir Balla, sanctuaire des disciples dévoués de la Hadra Léona Niassène. Fondé par le patriarche Pathé Bolé Thiam, ce village est gravé dans l’histoire pour avoir été le premier au Fouta à organiser la célébration du Maouloud, une tradition aujourd’hui profondément ancrée dans la communauté. C’est aussi l’un des rares villages wolof au cœur du Fouta. Sous l’impulsion de l’illustre érudit et wali, Tafsir Balla Seck, Mogo Tafsir Balla devint le berceau de cette célébration dans toute la région.
Tafsir Balla Seck naquit en 1861 à Mogo Tafsir Balla, alors appelé Fété Niébé, un nom effacé par le temps pour honorer celui qui, par son savoir et son engagement, éleva sa communauté. Fils d’Amadou Mbadé et d’Absa Seck, son enfance fut marquée par une profonde tragédie : il perdit très tôt son père et son unique oncle, le laissant orphelin. Ce vide affectif éveilla en lui une soif inextinguible de connaissance, une quête spirituelle destinée à combler ce manque. Encore jeune, il quitta son foyer pour entamer un voyage initiatique à travers le Fouta, avide de se former dans les terres du Damga.
Son chemin le mena vers l’érudit Cheikh Ndiaye, établi près de Kébémer. C’est auprès de ce maître qu’il apprit le Coran et son exégèse, ce qui lui valut plus tard le titre honorifique de « Tafsir ». Dévoué corps et âme à son guide, il le servit fidèlement durant de longues années, se forgeant une réputation d’élève appliqué et loyal. Un jour, Cheikh Ndiaye lui confia la mission de collecter du Hadiya, une tâche qui allait changer le cours de son destin et l’amener à Tivaouane pour une rencontre décisive.
À Tivaouane, Tafsir Balla croisa la route du grand érudit El Hadji Abdoulaye Niass, qui revenait de Fès pour rendre visite à son ami El Hadji Malick Sy. Lors de leur discussion empreinte de sagesse, les paroles d’El Hadji Abdoulaye résonnèrent profondément en lui : « Tout Moukhadam de la Tarikha Tidjaniya qui demande de la Hadiya sera écarté du chemin. » Ces mots furent pour Tafsir Balla une révélation. Touché par la justesse de cette vérité, il comprit que sa quête spirituelle ne pourrait s’accomplir qu’auprès de cet homme. Malgré le trouble suscité par cette remise en question, il prit une décision radicale : renoncer à la collecte de Hadiya et rejoindre El Hadji Abdoulaye Niass à Kaolack pour se consacrer entièrement à son enseignement.
De retour auprès de Cheikh Ndiaye, Tafsir Balla demanda ses bénédictions avant de rentrer brièvement à Mogo. Fidèle à sa promesse, il entreprit ensuite un périple de douze jours vers Léona Niassène. Là, sous la tutelle bienveillante d’El Hadji Abdoulaye Niass, il poursuivit sa quête de savoir, approfondissant sa compréhension des sciences islamiques. Son ardeur, son dévouement exemplaire et sa piété furent bientôt récompensés : en 1914, il reçut une Ijaza et fut nommé Moukhadam par son maître, un signe de la confiance absolue que celui-ci lui accordait.
De retour à Mogo, Tafsir Balla se consacra à la propagation de la Tarikha Tidjaniya dans sa communauté, transformant peu à peu les cœurs et les esprits. Avec une pédagogie bienveillante et une patience infinie, il guida les habitants sur le chemin de la droiture, initiant de nombreux adeptes à la voie de la Tidjaniya. Sous son impulsion, les pratiques contraires à l’islam furent abandonnées, et Mogo devint un centre spirituel rayonnant. En 1918, sur ordre d’El Hadji Abdoulaye Niass, il instaura la tradition du Maouloud, érigeant ainsi le village en phare spirituel pour toute la région. Les localités voisines telles que Danthiady et Hoore Foonde suivirent cet exemple, et bientôt, le Fouta entier s’imprégna de la célébration de la naissance du Prophète (PSL).
L’amour et la dévotion de Tafsir Balla Seck envers son maître, El Hadji Abdoulaye Niass, étaient sans bornes. Leur lien transcendait la relation conventionnelle entre guide et disciple ; c’était une communion des âmes, empreinte de sincérité et de respect. À chaque rencontre, des larmes de joie et de gratitude coulaient, symboles de cet attachement spirituel unique. El Hadji Abdoulaye, conscient du potentiel de son disciple, lui confia une mission d’envergure : représenter la Khadra Niassène au Fouta, faisant de Tafsir Balla un guide spirituel incontesté dans toute la région.
Au Fouta, Tafsir Balla déploya des efforts inlassables pour propager la Tarikha, établissant des représentants dans chaque localité et guidant les populations sur le chemin du soufisme. Grâce à cette organisation minutieuse et à son sens du devoir, la Tidjaniya s’enracina solidement dans les villages et villes du Fouta, de Podor à Kanel, de Linguère à Kaédi.
Avec l’âge, après avoir accompli une grande partie de sa mission, Tafsir Balla Seck se retira dans son village natal, confiant à son frère spirituel, Tafsir Moustapha Thiam de Taïba Ngueyenne, le grand-père de Ahmed Iyane Thiam, le soin de poursuivre son œuvre. Ce dernier, fidèle et dévoué, assuma cette tâche avec une loyauté exemplaire. Lors de son dernier Gamou, Tafsir Balla annonça à ses fidèles qu’il se préparait pour un long voyage, un départ définitif. Vingt jours après cette célébration, un vendredi de l’année 1949, il rendit son âme, laissant une empreinte indélébile sur l’histoire spirituelle de sa région.
La succession de Tafsir Balla fut assurée par son fils, El Hadji Abdoulaye Seck, de 1949 à 1990, puis par El Hadji Cheikhou Oumar Seck, de 1990 à 2001, le sage et Wali El Hadji Amath Seck de 2001 à 2022. Aujourd’hui, El Hadji Fall Seck veille sur l’héritage spirituel de Mogo, perpétuant la lumière allumée par son aïeul.
Seydi Diallo enseignant à l’IEF de Guinguinéo
Sur la photo, son fils Tafsir Ahmad Balla Seck
