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Quand l’anti-système fait allégeance au système ! (Amadou Mbengue, PIT)

Le discours de l’anti-système a toujours exercé une grande fascination dans le paysage politique, surtout en période de crise ou de désillusion vis-à-vis de l’élite au pouvoir. Au Sénégal, le PASTEF, dirigé par Ousmane Sonko, s’est imposé comme le principal représentant de ce camp se réclamant de l’opposition radicale au système en place. Cependant, les événements récents révèlent une contradiction flagrante : alors que le parti se présente comme l’anti-système par
excellence, il semble de plus en plus collaborer avec les mêmes figures issues du « système » qu’il prétend combattre.

Un exemple frappant est celui de Mimi Touré. Ancienne Premier ministre et figure centrale de la gouvernance de Macky Sall, elle a occupé des rôles de premier plan sous ce régime qu’elle critique aujourd’hui. Sa rupture avec le président n’est intervenue qu’après la perte de la présidence de l’Assemblée nationale, une frustration personnelle plutôt qu’une opposition idéologique de fond. Ce rapprochement avec le PASTEF soulève des questions quant à la cohérence de la lutte anti-système, car elle incarne elle-même une partie intégrante du système qu’elle dénonce désormais.

Un autre cas est celui d’Amadou Tidiane Wone, qui fut l’un des plus fervents défenseurs de la nécessité de rajeunir la classe politique sénégalaise. Pourtant, malgré des années de critiques contre les élites en place, Wone, après avoir traversé tous les régimes successifs, se retrouve nommé dans des fonctions qui témoignent de sa proximité avec ce même système qu’il prétendait vouloir réformer. Cette nomination est un signal fort que l’anti-système, au lieu de se démarquer clairement, commence à composer avec des éléments du passé.

Mame Boye Diao est encore un autre exemple révélateur. Il fut un ardent défenseur de Macky Sall, notamment lors de la polémique autour du troisième mandat. Lors d’une rencontre des maires de la coalition BBY, il avait lancé avec arrogance : « Ceux qui ne sont pas d’accord avec notre démarche, je leur donne deux secondes pour vider la salle. » Pourtant, aujourd’hui, cet ancien pilier du régime de Macky Sall semble avoir basculé vers le pouvoir, reniant ainsi son engagement passé. Sa volte-face est le symbole d’un anti système qui recrute dans le système même qu’elle prétend combattre.

Ces exemples montrent que le populisme, au Sénégal comme ailleurs, peine à se maintenir dans la pureté de ses idéaux lorsqu’il s’agit de gagner en influence et en pouvoir. Le PASTEF, en intégrant des figures issues du système, brouille son message et soulève des interrogations légitimes sur la sincérité de sa démarche.
Qui sera le prochain à passer du camp du « système » à celui de l’anti-système ? Combien d’autres figures ayant servi les régimes passés rejoindront-elles le parti au pouvoir sous prétexte de divergences tardives ou opportunistes ?

Cette situation appelle à une réflexion profonde : peut-on véritablement être anti-système tout en collaborant avec ceux qui l’ont bâti ? La lutte contre un système nécessite une cohérence et une rigueur idéologique . Assurément, le PASTEF s’enlise dans des calculs politiques à court terme .
Le danger est que, à force de composer avec le système, l’anti-système finisse par lui ressembler davantage qu’il ne le pense.

Amadou Mbengue dit Vieux Mbengue secrétaire chargé des élections de la coordination PIT/Sénégal de Rufisque

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