Par Cheikh TOP professeur de philosophie au lycée de Diawara)

Le gouvernement continue de piétiner les principes fondamentaux de justice et de méritocratie en matière de recrutement des enseignants. Après avoir organisé un concours officiel qui a permis de recruter 3 000 enseignants, voilà qu’il annonce un recrutement direct de 2 000 autres, sans passer par un processus transparent et équitable. Une telle décision est non seulement injustifiable, mais elle constitue une offense à tous ceux qui ont dû se battre pour prouver leur compétence dans le cadre d’un concours rigoureux. Nous ne devrions jamais oublier l’objectif de départ car, se débarrasser des vieilles méthodes, est la seule raison pour laquelle, le peuple voulait changer de système. Et Friedrich Nietzsche le disait à sa façon: « Celui qui lutte contre des monstres doit veiller à ne pas devenir un monstre lui-même. » (Par-delà le bien et le mal)
Alors, pourquoi contourner le concours pour recruter directement ? Pourquoi ces 2 000 postes n’ont-ils pas fait l’objet d’un concours, comme les 3 000 premiers ? Comment justifier auprès des milliers de candidats recalés qu’ils ont été remplacés par des individus n’ayant pas eu à subir le même processus d’évaluation ? Le gouvernement n’est-il pas en train de trahir ses propres engagements initiaux, qui faisaient de la méritocratie un pilier central de son action ? La méritocratie ne doit pas être un principe creux, mais un fondement indiscutable de notre action publique.
De ce fait, l’organisation d’un concours est le mécanisme le plus juste et le plus rigoureux pour garantir que les postes reviennent à ceux qui possèdent les compétences requises Mais hélas ! Cette méthode, opaque par essence, ouvre grandement la porte au favoritisme, à l’influence politique et à des pratiques clientélistes. Cette volte-face est donc non seulement une régression, mais également une trahison des attentes des citoyens.
En agissant ainsi, le gouvernement prend le risque de favoriser les moins compétents au détriment des candidats les plus méritants. C’est une trahison totale de l’idéal républicain et de la promesse d’un système basé sur l’égalité des chances. « La justice consiste à donner à chacun ce qui lui est dû » martelait Aristote dans L’Éthique à Nicomaque.
L’histoire a déjà montré les conséquences désastreuses de la négligence en matière de justice sociale et de gouvernance. L’opportunité est aujourd’hui entre les mains du gouvernement actuel de tracer un chemin différent, où le mérite prime, et où la justice n’est pas un simple discours, mais une réalité vécue par tous. Il est donc impératif de souligner que l’inaction face aux erreurs du passé n’est pas une option. Le gouvernement actuel a une responsabilité morale et politique de ne pas répéter les mêmes pratiques défaillantes de ses prédécesseurs, en particulier en matière de recrutement des enseignants.
