Le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a pris part à la rentrée solennelle de la Conférence du Stage du Barreau du Sénégal, un rendez-vous majeur qui met en lumière le rôle central de la justice dans la consolidation de l’État de droit.

Dans une allocution dense et structurée, le Chef de l’État a rappelé que la justice constitue un pilier fondamental du projet national, en ce qu’elle fonde la confiance citoyenne, protège les droits et garantit l’équilibre démocratique. Face aux attentes exprimées, il a assuré que les réformes engagées se poursuivent avec méthode et détermination, dans une dynamique collective portée par le gouvernement.

Une justice à renforcer en profondeur
Le Président a insisté sur la nécessité de consolider l’indépendance du pouvoir judiciaire, d’améliorer les conditions d’exercice des acteurs du droit et d’investir massivement dans la formation. Dans cette perspective, il a salué la pose de la première pierre de l’École des Avocats, symbole d’une volonté de modernisation et de professionnalisation du secteur. « Cet acte n’est pas seulement symbolique. Il exprime une volonté ferme de doter notre pays d’un instrument de formation moderne », a-t-il déclaré, soulignant qu’une justice forte repose avant tout sur des acteurs rigoureusement formés et éthiquement irréprochables.

Un déficit préoccupant en ressources humaines
Le Chef de l’État n’a pas éludé les difficultés structurelles du système judiciaire. Il a dressé un constat sans concession : le Sénégal compte actuellement 530 magistrats, 472 greffiers et 439 avocats inscrits au tableau de l’Ordre, soit environ un magistrat pour 100 000 habitants. Un déficit jugé significatif, qui appelle des réponses urgentes, notamment à travers l’ouverture des concours, l’accélération des recrutements et le renforcement des capacités de formation. Pour le Président, l’ambition d’un État de droit ne saurait se concrétiser sans un investissement soutenu dans le capital humain.
L’indépendance judiciaire, pilier démocratique
Fidèle à sa doctrine « Jub, Jubal, Jubanti » (droiture, transparence, réforme), Bassirou Diomaye Faye a réaffirmé avec force que l’indépendance de la justice constitue une exigence démocratique incontournable. « Une justice indépendante n’est pas un slogan, c’est une exigence démocratique, économique et sociétale », a-t-il martelé, tout en saluant le rôle des avocats, qualifiés de « défenseurs des libertés » et de « garants du contradictoire ».

Un regard lucide sur les mutations internationales
Au-delà du cadre national, le Président a exprimé ses préoccupations face aux dérives du système international : affaiblissement du multilatéralisme, banalisation du recours à la force et fragilisation des normes juridiques. Dans ce contexte, il a réaffirmé l’attachement du Sénégal au respect du droit international et au règlement pacifique des différends, tout en insistant sur la nécessité de défendre les intérêts nationaux dans un cadre légal et éthique.

Une justice au cœur du projet présidentiel
Rappelant que la réforme de la justice figurait déjà au cœur de son programme électoral, le Chef de l’État a évoqué les Assises de la Justice comme point de départ d’un diagnostic global du secteur. « Aucun développement durable ne peut être envisagé sans une justice forte et crédible », a-t-il souligné, appelant à une mobilisation collective pour bâtir une justice accessible, équitable et digne de la confiance des citoyens.

L’espace OHADA et les enjeux émergents
Le Président a également salué l’élection du Bâtonnier sénégalais à la tête de la Conférence des Barreaux de l’espace OHADA, mettant en avant la singularité de cet espace juridique intégré regroupant dix-sept pays africains. Dans un registre plus prospectif, il a attiré l’attention sur le développement du droit du sport, à l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse prévus à Dakar. Il a appelé à un encadrement juridique renforcé pour garantir transparence, bonne gouvernance et prévention des conflits dans ce secteur en pleine expansion.

Une feuille de route assumée
Au-delà de son caractère protocolaire, cette intervention présidentielle s’apparente à une véritable feuille de route pour la refondation du système judiciaire sénégalais. Entre diagnostic lucide, ambition réformatrice et ouverture sur les enjeux internationaux, Bassirou Diomaye Faye trace les contours d’une justice appelée à jouer un rôle central dans la transformation durable du pays.
