À l’occasion de la rentrée solennelle des Cours et Tribunaux, tenue ce jeudi en présence du Chef de l’État, des autorités judiciaires, des membres du gouvernement, des partenaires institutionnels et du monde universitaire, les plus hautes autorités judiciaires du pays ont livré des messages forts sur l’avenir de la justice, entre respect des droits humains, égalité des citoyens et transition numérique maîtrisée.

Le droit humain, socle de l’État de droit
Dans son allocution, le Président de la Cour suprême, Mamadou Mansour Mbaye, a recentré le débat sur la place fondamentale du droit humain dans toute société démocratique. Il a rappelé que le droit ne saurait être dissocié de la dignité humaine et que l’égalité devant la loi demeure le fondement même de la justice. Pour le magistrat, le droit humain ne relève ni d’un contexte passager ni d’une conjoncture politique. Il s’inscrit dans une perspective durable, universelle et intemporelle. « Le droit humain est indissociable de l’égalité de l’humanité », a-t-il insisté, appelant à une justice protectrice, inclusive et respectueuse des droits fondamentaux de chaque citoyen. Face aux mutations sociales, technologiques et économiques rapides, Mamadou Mansour Mbaye a souligné la responsabilité particulière du juge, appelé à préserver ces principes avec indépendance, rigueur et conscience.

Justice, éducation et responsabilité citoyenne
Le Président de la Cour suprême a également mis en lumière le rôle essentiel de l’éducation juridique et de la sensibilisation des citoyens au droit, notamment chez les jeunes. Selon lui, la justice ne peut être pleinement efficace sans une meilleure compréhension des règles juridiques par la population. Il a plaidé pour un renforcement des mécanismes d’accompagnement éducatif, estimant que la prévention, l’information et la pédagogie constituent des leviers majeurs pour réduire les injustices et renforcer la confiance des citoyens envers l’institution judiciaire.

Numérisation de la justice : opportunités et vigilance
Abordant les enjeux contemporains, le Président de la Cour suprême a évoqué la transformation numérique de la justice, appelant à une modernisation responsable. Si le numérique peut améliorer l’efficacité et l’accès à la justice, il ne doit jamais affaiblir les principes fondamentaux du droit ni la dimension humaine de l’acte de juger. La justice, a-t-il rappelé, a pour mission essentielle de servir l’humanité à travers le droit, de protéger les plus vulnérables et de consolider l’État de droit.

Jean-Louis Toupane met en garde contre les dérives du numérique
Prenant la parole à son tour, le procureur général près la Cour suprême, Jean-Louis Toupane, a mis en garde contre les risques liés à une numérisation mal maîtrisée des institutions judiciaires. Reconnaissant que le numérique offre de réelles opportunités en matière d’efficacité et de modernisation, il a toutefois insisté sur la nécessité d’une vigilance accrue face aux risques d’exclusion et de déséquilibre. « La modernisation ne doit pas créer de nouvelles formes d’injustice », a-t-il averti, soulignant le danger de marginalisation des populations vulnérables peu familiarisées avec les outils numériques ou dépourvues d’un accès stable aux technologies. Selon lui, une justice excessivement numérisée, sans accompagnement humain suffisant, pourrait accentuer les inégalités d’accès au droit et éloigner le justiciable du juge.

Éthique, libertés et confiance citoyenne
Jean-Louis Toupane a également insisté sur les enjeux éthiques liés à cette transition : protection des données personnelles, transparence des algorithmes, fiabilité des outils numériques et respect des libertés individuelles. Au-delà du numérique, il a replacé son propos dans une réflexion globale sur l’avenir de la justice et de l’État de droit, rappelant le rôle central du juge comme garant des libertés et de la cohésion sociale.
En conclusion, le procureur général a appelé à une approche équilibrée et progressive de la modernisation de la justice, fondée sur la formation des acteurs judiciaires, l’accompagnement des citoyens et le maintien d’un lien humain fort entre le juge et le justiciable. « Une modernisation réussie est celle qui renforce la confiance du citoyen dans l’institution judiciaire, sans laisser personne au bord du chemin », a-t-il conclu.
