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Report de la présidentielle / Tensions politiques : à quelle opposition se fier ?

Le Sénégal est secoué par une crise politique qui a déjà causé des morts et de nombreux dégâts matériels. Une grande majorité de l’opposition et la société civile sont montées au créneau pour dénoncer ce qu’ils ont qualifié de « recul démocratique » et exigent le respect du calendrier électoral. Mais qui est à l’origine du report ? Cette question, qui est sur toutes les lèvres, ne devrait pourtant pas l’être.En effet, suite à la publication par le Conseil constitutionnel de la liste définitive des candidats qui doivent concourir à la magistrature suprême le 25 février prochain, les candidats éliminés, regroupés autour du « collectif des candidats spoliés », au nombre de 44 partis politiques, avaient tenu une conférence de presse le 21 janvier au siège de « Gueum Sa Bopp » pour contester la décision de cette haute juridiction et avaient exigé un processus électoral inclusif. 

Au siège de « Gueum Sa Bopp » pour contester étaient présents Cheikh Bara Dolli Mbacké, Aminata Touré, Cheikh Bamba Dièye,  Bougane Guèye Dani, Cheikh Tidiane Gadio, Aly Ngouille Ndiaye, Dr Abdourahmane Diouf, Mamadou Diop Decroix pour ne citer que ceux-là. Tour à tour, les 44 candidats spoliés ainsi que quelques candidats validés ont tous manifesté leur envie de combattre fermement pour recouvrer à ce qu’ils considèrent comme leur droit absolu de participer à l’élection présidentielle à venir. Ces candidats exigent “la suspension du processus électoral afin que certains candidats recalés puissent être inclus dans la course à la présidence.”

Aly Ngouille Ndiaye : « je conteste fermement… »


Prenant la parole, Aly Ngouille Ndiaye, un des rares candidats retenus et ancien ministre de l’Intérieur, n’a pas mis de gant pour démonter les arguments du conseil constitutionnel. 

Selon lui, « la décision du conseil constitutionnel se basant sur le considérant 35 pour invalider certaines  candidatures, à mon avis, leurs explications les ont plus enfoncés ». Aly Ngouille Ndiaye assurait que la plus haute juridiction s’est basée sur des faits qui ne sont pas conformes au consensus autour duquel tous les acteurs politiques s’étaient mis d’accord lors des élections législatives en 2022. « Je conteste fermement. En 2019, j’ai moi-même supervisé des élections. En effet, j’avais mis en place un dispositif très rigoureux. Après ces élections, les acteurs politiques se sont réunis avec le ministère de l’Intérieur. Il avait été convenu que dorénavant, le critère discriminant serait une condition non négociable pour le rejet d’un parrain sur le fichier », avait-il dit. 

Bougane Guèye Dany : « le conseil constitutionnel est un organe qui prône l’injustice »

Le leader de « Gueum Sa Bopp », Bougane Guèye Dany, s’interroge sur les fichiers électoraux. Il affirme que des fichiers électoraux traînent dans les rues. « J’ai toujours dit qu’il n’y a pas qu’un seul fichier, mais plusieurs et aujourd’hui, nous avons la confirmation qu’il (Conseil Constitutionnel) ne travaille pas avec un seul fichier, mais plusieurs, plus grave encore, des fichiers se sont retrouvés dans les rues. Il y a des candidats qui sont passés et qui ont puisé dans ces fichiers-là. Récemment, le commissariat de Yeumbeul, a arrêté des gens sur l’affaire des parrainages et du fichier électoral. L’affaire a fini où ? » se questionne le leader « Gueum Sa Bopp ». 
Sans détour, Bougane Guèye Dany conclut en chargeant le conseil constitutionnel. « Le conseil constitutionnel est un organe qui prône l’injustice » et assure que « quand la Justice est au service de l’injustice, elle doit être combattue ».

Cheikh Tidiane Gadio : « Il faut arrêter ce processus… tout est arrangé et les résultats sont presque connus! »

De son côté, Cheikh Tidiane Gadio note que son dossier a été déclaré irrecevable, parce que ses partisans et lui l’ont fait déposer par leur mandataire, alors que, selon le Conseil constitutionnel, le dossier doit être déposé par le candidat lui-même, son représentant ou un mandataire ayant le pouvoir de représentation. « Notre mandataire a effectivement un pouvoir de représentation, car il a été désigné comme représentant du candidat », affirme-t-il. En dénonçant l’utilisation des clés USB, il se demande « comment se fait-il que nous ayons retrouvé plus de 3 300 prénoms et plus de 1 600 noms de famille modifiés dans notre fichier original ? De plus, parmi les 1 600 noms de famille modifiés, on nous a présenté un nom de famille qui n’existait pas du tout dans notre fichier : Tine (700 à 800) ».
Monsieur Gadio affirme que « les membres du Conseil constitutionnel, bien qu’assermentés, se sont transformés en ingénieurs informaticiens ». Il considère la clé USB comme l’outil le moins fiable pour les informaticiens. « C’est un peu archaïque pour le Sénégal de travailler avec des clés USB », déplore-t-il.
Selon lui, « il est injuste de laisser passer une telle injustice. Il faut arrêter ce processus. Nous devons nous battre pour trouver une solution. Il est hors de question d’accepter l’inacceptable. Si nous acceptons ce qui s’est passé aujourd’hui, cela signifie que les élections de demain sont déjà jouées, tout est arrangé et les résultats sont presque connus. Et cela n’est pas bon pour le Sénégal ».

Dr Abdourahmane Diouf : « Je ne suis pas dans la logique d’aller à des élections comme ça »

Le docteur Abdourahmane Diouf, interpellant la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et l’Union européenne, estime que les élections ne doivent pas se tenir sans eux.  ‘’Je ne suis pas dans la logique d’aller à des élections comme ça. Il faut qu’on nous réintègre… Nous n’acceptons pas qu’une victoire technique soit prononcée au soir du 25 février. Nous n’avons  pas abdiqué. Nous considérons que nous sommes toujours candidats’’, a-t-il dit appelant à la mobilisation tout en se montrant ouvert au dialogue. ‘’C’est un coup d’État électronique qui a été exécuté par un Conseil constitutionnel censé faire du droit, mais qui a essayé de faire de l’informatique et qui s’est montré très faible dans ce domaine’’, a-t-il ajouté.  Selon le président du parti Awalé, « plus d’un million d’électeurs risquent de ne pas voter le jour du scrutin. » Il avait ainsi profité de l’occasion pour lancer un appel aux observateurs de la Commission économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union européenne (UE). « Nous n’accepterons pas qu’une victoire technique soit officialisée au soir du 25 février, parce que les observateurs n’ont pas été capables de voir que nous allons vers un processus biaisé », avait declaré M. Diouf.

Mimi Touré : « le fichier électoral a été taillé sur mesure en fonction de la tête du candidat de BBY»

Pour sa part, Mimi Touré crie à ‘’un véritable scandale’’. Selon l’ancienne première ministre, ‘’le Sénégal fait la risée dans toute l’Afrique. C’était une décision politique orientée. Ça n’a rien à voir avec la loi’’, avait fustigé Aminata Touré, présidente de la coalition Mimi 2024. Selon elle, « ce qui se passe est une politique purement orientée et que le fichier électoral a été taillé sur mesure en fonction de la tête du candidat de BBY. »  

Sur ce, elle défie le Conseil constitutionnel d’ouvrir « les malles. » « Nous allons nous battre. Ce qui se passe n’a rien à voir avec le droit. Les Sénégalais doivent se mobiliser pour des élections transparentes. Nous les spoliés, nous n’allons pas rester les bras croisés ni nous résigner face à cette forfaiture », a indiqué l’ancienne Première ministre. Mimi Touré estime que le Conseil constitutionnel ajoute du « scandale au scandale. »

Des séries de rencontres et une lettre au président.

Pour rappel, le collectif avait dans ce cadre pu rencontrer les representatnts de l’UE à Dakar et le khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké. Ce dernier, d’après notre source, leur a conseillé de discuter entre acteurs autour d’une table et de parvenir à un consensus. Mais avant cette rencontre avec le Khalife, une partie de ce collectif avait écrit une lettre au président Macky Sall pour lui demander une reprise du contrôle des parrainages au niveau du Conseil constitutionnel. Dans une correspondance intitulée : « Élection présidentielle du 25 février 2024 : Requête aux fins d’une reprise du contrôle du parrainage suite aux graves manquements relevés lors du contrôle de validation », le « Collectif des Candidats Invalidés au Parrainage » demandait au Président Macky Sall d’user de ses prérogatives afin de rétablir, absolument, les candidats invalidés dans leurs droits. L’interpellant en tant que gardien de la Constitution, le collectif des candidats spoliés a sollicité du président de la République le rétablissement de ses membres dans leurs droits. « En effet, la présente vous est adressée au regard de vos prérogatives es qualité de « Clé de Voûte » des Institutions et de « Président du Conseil Supérieur de la Magistrature ». Et de poursuivre, « Excellence, Monsieur le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, notre Collectif vous saurait gré de bien vouloir user de vos prérogatives afin de rétablir, absolument, les candidats invalidés dans leurs droits. Le cas échéant, cela participera à la transparence et à la régularité du processus électoral dont l’objectif fondamental est de garantir l’expression du libre choix pour une meilleure acceptation du choix de la majorité. Par ailleurs, cela consolidera le principe constitutionnel relatif au respect et à la reconnaissance de l’opposition comme un rouage indispensable au bon fonctionnement du mécanisme démocratique de notre cher pays.

Manœuvres politiques pour un report de la présidentielle ?
Suite à cette interpellation, le président Macky Sall était resté silencieux jusqu’à ce qu’une conférence de presse soit organisée par le collectif poursuivant ainsi son offensive pour dénoncer l’injustice dont se disent victimes ses membres. Lesquels se présentent comme des acteurs légitimes et émérites de la scène politique nationale. Lors de cette conférence de presse, le collectif a annoncé un grand rassemblement national pour contester les dysfonctionnements notés lors du processus électoral, tels qu’un fichier électoral douteux, des clés USB endommagées et plus de 900 000 citoyens électeurs éliminés pour des raisons non conformes aux directives de la Direction générale des élections et du Conseil constitutionnel. Suite à ces requêtes, le président Macky Sall a invité le collectif au palais de la République Des candidats au nombre de 20, avaient décidé de se rendre à cette rencontre pour évoquer un dialogue autour du fichier électoral et du processus du parrainage.


Le 03 Février le chef de l’État acte le report.

Contre toute attente, le jour même de l’annonce du report, la quasi-totalité du « collectif des spoliés », a quelques exception près, a rué dans les brancards pour  dénoncer ce qu’ils avaient tous clamé haut et fort.  L’ancien Premier ministre Aminata Touré a fustigé sur les réseaux sociaux une « régression démocratique sans précédent » et appelé « les démocrates et les citoyens (à) se mobiliser pour défendre nos acquis démocratiques ».

« Nous rejetons systématiquement le décret (reportant la présidentielle). Nous donnons rendez-vous ce dimanche à tous les Sénégalais pour une marche » à Dakar, a déclaré Cheikh Tidiane Youm, un porte-parole du camp de l’opposition sur la radio privée RFM.

Lors de la récente conférence de presse organisée par le F24, Bougane Guèye Dany s’est attaqué aux critiques provenant de l’opposition, tout en appelant à une consolidation des forces vives du Sénégal pour contrer ce qu’il décrit comme une « énième forfaiture » du président Macky Sall.
« J’ai toujours affirmé que l’objectif du président est de se maintenir au pouvoir au moins deux ans », a-t-il déclaré, mettant en avant ses inquiétudes quant aux intentions réelles derrière l’abrogation du décret. Guèye a ajouté sur Tfm : « On s’attendait à ce qu’il évoque l’article 52, mais il a préféré abroger le décret portant convocation du corps électoral. »

« Le parti Awalé et la Coalition Abdourahmane2024 sont foncièrement contre toute idée de report de l’élection présidentielle. Malgré les gros ratés du Conseil Constitutionnel, il n’y a aucune crise qui justifie un report de l’élection présidentielle du 25 Février 2024. Comme nous l’avons toujours affirmé et de façon constante, le respect du calendrier républicain est sacré. Laissons le processus électoral se dérouler et que le meilleur gagne ! », a dit celui qui avait affirmé qu’il n’était pas dans la logique d’aller à des élections comme ça.

La suite on la connaît. Surfant sur cette vague, la société civile et des syndicats d’enseignants mettent en place ‘’aar sunu election’’ et initient une série  d’actions qui a déjà causé la mort de trois jeunes dont un élève et un étudiant. À quelle opposition faut-il alors se fier ? Celle d’avant 03 Février ou celle d’après ? Les  hommes politiques mettent-ils en avant leur propre intérêt ou celui du pays ? 

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