Retraités contre le nouveau Code du travail : le Front syndical accuse le ministre Dianté de « forcing » et durcit le ton

Les associations nationales de retraités du Sénégal montent au créneau contre le nouveau Code du travail et le Code unique de sécurité sociale. Réunies à Dakar avec le Front syndical pour la défense du travail, elles dénoncent des modifications opérées, selon elles, sans concertation et qui menaceraient l’autonomie de gestion de l’Institution de prévoyance retraite du Sénégal (IPRES). Plusieurs actions sont annoncées, dont une grève générale de 72 heures et des marches à travers le pays.

Le front de la contestation s’élargit. Après les centrales syndicales, les associations de retraités se mobilisent à leur tour contre les nouvelles dispositions du Code du travail et du Code unique de sécurité sociale, récemment adoptées par l’Assemblée nationale et pas encore promulguées.

Une réunion nationale s’est tenue à Dakar sous la présidence de Mody Guiro, premier vice-président du Conseil d’administration de l’IPRES, secrétaire général de la CNTS et membre du Conseil d’administration du Bureau international du Travail (BIT). La rencontre a réuni les représentants de plusieurs organisations de retraités, notamment l’Association des Retraités du Sénégal (ARS), l’Association Générale des Allocataires des Régimes de Retraite (AGARR), l’Amicale des Travailleurs de l’IPRES à la Retraite (ATIR), l’Association des Retraités, Veuves et Orphelins du Sénégal (ARVOS), l’ARIVPAPE, l’Union Nationale des Retraités du Sénégal (UNARSEN) et l’Association Nationale des Retraités de la Sonatel (ANARS).

Le ministre Dianté directement mis en cause

Au cœur de la contestation : la méthode ayant conduit à l’adoption des nouveaux textes. Le Front syndical, qui regroupe 12 centrales syndicales, accuse le ministre du Travail, de la Fonction publique et de la Réforme du service public, Mamadou Lamine Dianté, d’avoir rompu le principe de consultation et introduit, « en catimini », des modifications substantielles dans les textes.

Pour les organisations mobilisées, le vote à l’Assemblée nationale s’est déroulé dans un contexte de « forcing », alors que les nouvelles dispositions soulèvent de sérieuses inquiétudes concernant la protection sociale, les droits des travailleurs et surtout l’autonomie de gestion de l’IPRES.

La crainte d’un retour sur l’autonomie de l’IPRES

Les retraités redoutent notamment une remise en cause de l’autonomie acquise par l’institution dans les années 1990, sous l’impulsion de feu Madia Diop.

« Si on permet aujourd’hui à l’État de pouvoir nommer le DG de l’IPRES ou de le dégommer, donc on ne voit plus la responsabilité du conseil d’administration. La situation qu’on est en train de vivre avec le régime actuel est grave », dénoncent-ils.

Les organisations de retraités évoquent également le précédent de 1991, période durant laquelle, rappellent-elles, l’État nommait directement le directeur général et aurait puisé dans les ressources de l’institution pour financer la campagne agricole. Une situation qui avait, selon elles, contribué à une cessation de paiement.

Les retraités mettent également en avant les sommes que l’État devrait actuellement à l’IPRES, estimées à plus de 100 milliards de francs CFA.

Une grève de 72 heures en préparation

Face à ce qu’elles considèrent comme une menace sur les acquis sociaux, les organisations réunies à Dakar ont décidé de durcir leur mobilisation.

Dans leur résolution, le Front syndical et les associations de retraités annoncent plusieurs actions, parmi lesquelles :

  • une demande d’audience auprès du président de la République, Bassirou Diomaye Faye ;
  • la saisine du Bureau international du Travail (BIT) ;
  • une grève générale de 72 heures, après le mouvement de 24 heures observé le 10 juillet dernier ;
  • l’organisation de marches sur l’ensemble du territoire national ;
  • des rencontres d’information et de sensibilisation avec les délégués syndicaux d’entreprise.

La mobilisation intervient alors que les organisations de retraités disent vouloir préserver les acquis en matière de protection sociale et empêcher toute remise en cause de la gouvernance autonome des institutions de retraite.

Avec cette nouvelle alliance entre retraités et centrales syndicales, la contestation du nouveau Code du travail et du Code unique de sécurité sociale prend une nouvelle dimension. Les organisations mobilisées entendent désormais porter le dossier au plus haut niveau de l’État et sur la scène internationale.

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