Saraya / Bembou – Accord minier de Kharakhena : des irrégularités dénoncées et une signature contestée

L’accord d’exploitation minière conclu autour du site aurifère de Kharakhena, dans la commune de Bembou (département de Saraya), continue de susciter une vive controverse au sein des populations locales. Présenté comme une solution pour encadrer l’orpaillage artisanal, le protocole révèle, à l’examen, de nombreuses irrégularités et soulève de sérieuses interrogations sur le respect des droits des communautés concernées.

Selon les informations recueillies, cet accord prévoit la cession de 9 hectares à des orpailleurs regroupés au sein du GIE Kharakhena, avec un dispositif de partage des revenus accordant 80 % aux orpailleurs, 15 % à l’entreprise minière, 5 % à l’État, ainsi qu’un paiement de 100 000 FCFA par puits d’or (« damba »). Un schéma qui, loin de faire consensus, est aujourd’hui largement contesté sur le terrain.

Un processus jugé opaque et peu inclusif


De nombreux orpailleurs dénoncent un manque criant de transparence dans l’élaboration du protocole. Ils affirment n’avoir été ni consultés, ni associés aux discussions, alors même qu’ils constituent les premiers concernés par l’exploitation du site. La création du GIE, présentée comme un outil d’inclusion, est perçue par plusieurs acteurs comme un mécanisme imposé d’en haut, servant davantage des intérêts particuliers que ceux de la communauté dans son ensemble.

« Nous n’avons jamais été réunis pour discuter des termes de cet accord. Tout s’est fait sans nous », confie un orpailleur sous couvert d’anonymat. Pour lui, le protocole « ne protège pas les populations, mais légalise une nouvelle forme d’exclusion ».

Une signature politiquement et moralement problématique


L’un des points les plus sensibles de ce dossier demeure la signature du protocole par un député, en l’occurrence le député PASTEF de Saraya. Pour de nombreux habitants, cette démarche constitue une grave entorse au rôle de représentant du peuple. Un député, rappellent-ils, n’a ni mandat légal ni légitimité morale pour signer un accord d’exploitation minière engageant les ressources naturelles et l’avenir économique des populations, surtout lorsque celles-ci dénoncent un accord conclu « sur leur dos ». Une telle signature est perçue comme une caution politique donnée à un dispositif contesté, sans garanties suffisantes pour les communautés locales.

« Un député est censé défendre les populations, pas parapher des accords qui les fragilisent », martèle un notable local. « Ce genre de protocole doit faire l’objet de larges concertations communautaires et relever exclusivement des autorités administratives et techniques compétentes. »

Un accord sans base juridique claire


Autre zone d’ombre : l’absence, à ce stade, de toute mesure officielle autorisant l’application effective de l’accord. Le protocole, bien que signé à Dakar et déposé au ministère des Mines, ne repose sur aucune décision administrative claire permettant son exécution. Cette situation alimente la confusion, les tensions sociales et le risque de conflits ouverts entre orpailleurs, autorités locales et entreprise minière.

Plusieurs acteurs demandent ainsi au ministère des Mines de suspendre toute reconnaissance du protocole, d’auditer le processus ayant conduit à sa signature et d’organiser de véritables concertations inclusives, associant l’ensemble des orpailleurs, les chefs de village, les élus locaux et la société civile.

Des populations dans l’attente de justice et de clarté


En l’état, l’accord de Kharakhena apparaît moins comme une solution durable que comme un facteur supplémentaire de division. Les populations exigent la révision totale du protocole, la clarification des responsabilités et le respect du principe fondamental selon lequel aucune décision concernant les ressources naturelles ne doit être prise sans le consentement éclairé des communautés locales.

Dans un contexte où la gouvernance minière est déjà source de fortes tensions dans le département de Saraya, ce dossier pose une question centrale : qui protège réellement les populations face aux intérêts miniers ?

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