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Saraya/Orpaillage artisanal : entre rêves d’or et dépendance aux stupéfiants‎‎

‎À Saraya, capitale sénégalaise de l’orpaillage artisanal, le rêve d’une fortune rapide se mêle à une réalité plus sombre : la consommation massive de stupéfiants. Sur les sites aurifères, où l’effort physique est intense et les conditions de travail précaires, le tramadol, le chanvre indien et parfois même la cocaïne sont devenus le « carburant » quotidien de nombreux orpailleurs.‎‎

Sous un soleil accablant, des dizaines de jeunes, pelles et pioches à la main, creusent sans relâche à la recherche du métal jaune. Mais derrière cette énergie se cache une dépendance inquiétante.‎« Le tramadol, c’est notre carburant. Sans ça, on ne peut pas tenir toute la journée dans les trous », confie un jeune orpailleur, le visage couvert de poussière.‎‎À Tenkhoto, comme dans d’autres sites, beaucoup reconnaissent consommer ce puissant antidouleur pour supporter la fatigue, descendre dans les puits ou encore tenter des incursions dans les périmètres miniers.
« Chaque jour, nous descendons dans les galeries sans matériel adapté. Beaucoup prennent du tramadol pour tenir », témoigne un autre orpailleur.‎‎Cette consommation n’est pas sans conséquences.

Dans la zone de Massawa, où se trouve une fosse sécurisée de la société Sabodala Gold Operations (SGO), des orpailleurs clandestins, souvent sous l’effet de stupéfiants, multiplient les intrusions. Ces incursions ont déjà coûté la vie une dizaine de personnes en deux ans, tout en mettant en danger les employés de l’entreprise.‎‎« Nous recevons régulièrement des patients en crise. Au début, nous pensions à des crises épileptiques, mais nous avons compris que c’était lié aux doses élevées de tramadol. Nous les mettons en observation pour les réhydrater », explique l’infirmier chef de poste de Tenkhoto.‎‎

Au-delà des pertes humaines, l’orpaillage illégal engendre vols de minerai, violences et pollution. « Les prix augmentent, l’eau est polluée et les jeunes abandonnent l’école », alerte Bintou Keïta, restauratrice à Tenkhoto.‎‎Un consommateur rencontré dans son restaurant ajoute : « Ici, un comprimé coûte 1 000 F CFA. C’est cher, mais ça aide à être endurant. Pour aller voler dans la fosse, il faut être sous produit. Moi je n’ai jamais pris ce risque, mais beaucoup le font. »‎‎Ces pratiques alimentent l’insécurité et attirent trafiquants et réseaux criminels. Bagarres, agressions, vols de minerais et règlements de comptes deviennent monnaie courante.‎‎ Pour les acteurs locaux, l’État doit agir vite.

« L’orpaillage artisanal est une réalité sociale et économique. Mais il faut l’encadrer et surtout mettre en place des programmes de sensibilisation et de suivi médical pour les orpailleurs », plaide un responsable associatif.‎‎Les services de santé de la région alertent sur les effets destructeurs : dépendances, troubles mentaux, accidents mortels. « Les jeunes se droguent pour avoir de la force, mais ils détruisent leur avenir et fragilisent tout le tissu social », déplore un agent de santé de Saraya.

‎‎Les forces de défense, de leur côté, multiplient les patrouilles. Elles ont récemment intercepté plusieurs trafiquants de nationalité étrangère avec une importante quantité de tramadol.‎‎Au-delà de la lutte contre la drogue, un enjeu crucial reste la protection des entreprises et des communautés riveraines. Les intrusions dans les sites industriels comme Massawa compromettent la sécurité des travailleurs, freinent les investissements et exposent la région à une spirale de violences. Ces derniers jours, plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des groupes d’orpailleurs pénétrant de force dans le site de Massawa, une menace claire pour l’entreprise et ses employés.‎‎ Il est donc nécessaire que les autorités, les leaders communautaires et les partenaires privés s’engagent ensemble à :‎‎

– sécuriser les périmètres miniers pour protéger les employés et les infrastructures ;‎‎

– créer des zones d’orpaillage encadrées afin de formaliser l’activité et réduire les intrusions ;‎‎

– lutter contre la circulation des stupéfiants par une répression ciblée des trafiquants ;‎‎renforcer la sensibilisation et le suivi sanitaire pour briser le cycle de dépendance.‎‎

À Saraya, l’or fait rêver, mais il enferme aussi des milliers de jeunes dans un cercle vicieux où la drogue sert de moteur quotidien, au prix de leur santé, de leur avenir et de la sécurité des entreprises minières.‎‎Pour sortir de cette impasse, un encadrement urgent de l’orpaillage artisanal s’impose, afin que l’exploitation du métal jaune profite réellement au développement local, plutôt que de nourrir insécurité, dépendances et pertes humaines.‎‎‎

Fily CISSOKHO

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