Chérif Younouss Aïdara de Baghère, le miracle qui illimina la Casamance.

Né en 1835 à Abéché, au Tchad, Chérif Younouss Ibn Abdel Wahab Aïdara, noble descendant de l’Imam Ali et de Fatima, la fille bien-aimée du Prophète Muhammad (PSL), émergea tel un astre lumineux dans les cieux de la Casamance. Portant avec grâce et ferveur l’héritage illustre de ses ancêtres, il fut très tôt plongé dans la lumière spirituelle de la Tarikha Tidjaniya sous la guidance d’El Hadji Ishaqa, éminent savant de Tombouctou. Ce maître, initié par Muhammad Al Kabir, fils de Cheikh Ahmad Tidiane, transmit à Chérif Younouss une légitimité incontestable dans le monde du soufisme.
Avant de s’établir en Casamance, Chérif Younouss parcourut de nombreux territoires de la sous-région, de Bagdad à Lagos, en passant par le Walo, le Baol. Son objectif était clair : propager l’islam et perpétuer l’enseignement coranique dans des terres encore dominées par le paganisme et l’animisme. Ces voyages lui permirent de nouer des alliances stratégiques et de convertir de nombreuses populations. Dans chaque contrée qu’il traversait, il laissait derrière lui des disciples et des communautés qui poursuivaient son œuvre.
En Casamance, il s’établit d’abord à Bambadiong, berceau spirituel niché dans le Pakao, à quelques kilomètres de Sédhiou. Ce village fut un point d’ancrage important sous la bénédiction de Chérif Moulaye Aïdara, le premier chérif à fouler le sol du Pakao. Entre Chérif Younouss et Chérif Moulaye naquit une relation fraternelle, empreinte de respect et d’amour divin. Lorsque Chérif Moulaye quitta ce monde, Chérif Younouss honora sa mémoire en épousant ses deux veuves, respectant ainsi ses dernières volontés. Après neuf années d’intenses activités spirituelles à Bambadiong, il répondit à l’appel divin et s’en alla vers Sandiniéry en 1886, où son œuvre de propagation de l’islam connut une nouvelle dimension.
Sandiniéry devint le théâtre de nombreux prodiges. Chérif Younouss y accomplit de grands miracles, touchant le cœur des populations et renforçant sa position de guide. Sa mission ne se limita pas à l’enseignement spirituel, mais s’étendit à la conversion des âmes et à l’établissement d’alliances solides. Son mariage avec Diénaba Baldé, fille du roi Moussa Molo Baldé, scella une victoire spirituelle. Par cette union, il établit son autorité dans les terres du Fouladou, apportant la lumière de l’islam dans des villages comme Mambounkou, Saré Bouko, et Ndorma.
Son chemin croisa celui d’Abdou Ndiaye, ancien sergent de l’armée portugaise, qui vint humblement à lui après une défaite militaire. Sous la protection de Chérif Younouss, Abdou Ndiaye trouva non seulement réconfort, mais aussi victoire. En guise de reconnaissance, il offrit à Chérif Younouss une dotation de bétail et devint un allié fidèle dans ses tournées religieuses, où ils répandirent ensemble l’islam dans les cantons du Souna Balmadou, du Brassou, ainsi qu’en Guinée portugaise.
En 1911, Chérif Younouss arriva à Baghère, dans l’actuel département de Goudomp, village que les récits populaires disaient hanté par des djinns. Grâce à sa spiritualité et ses prières, il réussit à les chasser, suscitant l’admiration des habitants. Le jour où les djinns quittèrent Baghère, des cris mystiques résonnèrent dans l’air, marquant cet événement extraordinaire. Ce miracle demeura gravé dans les mémoires, témoignant de la grandeur spirituelle de Chérif Younouss, et Baghère devint un lieu de lumière.
Sous sa guidance, Baghère se transforma en un centre rayonnant de savoir, avec des écoles coraniques établies dans les villages environnants comme Bantandiang, Tabadiang, Diouboudou, Tanaff, et Bissassou. Ses disciples, choisis avec soin, perpétuèrent la tradition du savoir sacré. C’est à Baghère que fut célébré le premier Gamou de la Casamance, marquant la naissance du Prophète (PSL), événement qui attira des foules venues rendre hommage au meilleur des créatures.
Grâce à son charisme et à sa sagesse, Chérif Younouss gagna le respect des rois et des chefs de la région, consolidant l’islam dans le Fouladou et au-delà.
Sa vie spirituelle fut marquée par une amitié profonde avec le Grand El Hadji Malick Sy. Bien que séparés par la distance géographique, leurs cœurs étaient unis dans leur quête de la vérité divine. Leur correspondance, empreinte de sagesse et de conseils, reste une source d’inspiration pour leurs disciples. El Hadji Malick Sy écrivit dans un de ses ouvrages : « Younouss Aïdara est un signe parmi les signes de Dieu. »
De même, Cheikh Cheikh Ahmadou Bamba lui vouait une réelle admiration. Ce dernier avait dit au temps de Chérif Yunuss Aïdara que : « celui qui se rend en Casamance sans passer à Baghère, n’est pas encore arrivé en Casamance»
En quittant ce monde en 1917, Chérif Younouss laissa un héritage spirituel indélébile. Son fils, Chérif Bachir Aïdara, poursuivit son œuvre en fondant la grande mosquée de Ziguinchor dans les années 1930, faisant de ce lieu un phare pour la Casamance. Les premiers Gamous organisés par Chérif Bachir témoignent de la continuité de l’œuvre de son père, perpétuée avec dévotion.
Aujourd’hui, Chérif Cheikh Ahmad Tidiane Ibn Bachir Aïdara porte dignement le flambeau en tant que Khalif à Baghère
Le nom de son grand-père résonne à travers le temps, évoquant des miracles, des enseignements et une foi inébranlable. Baghère, où tant de cœurs furent touchés, demeure un lieu de pèlerinage, et son héritage brille comme un phare guidant les âmes vers la lumière éternelle de l’islam.
Seydi Diallo enseignant à l’IEF de Guinguinéo
Sur la photo, c’est son fils Chérif Bachir Aïdara.
